Impulsions pour la théologie systématique. Contributions à la théologie fondamentale et à la dogmatique, dir. O. Riaudel
Karl Rahner s.j.Histoire de la pensée - Recenseur : Robert Cheaib
Le vol. 30 des Œuvres de Karl Rahner rassemble 52 contributions qui explorent une vaste étendue de la théologie systématique, abordant des thèmes cruciaux de la théologie fondamentale. L’A. examine également des problématiques dogmatiques. Les contributions sont opportunément regroupées en 9 part. qui suivent la subdivision de l’éd. allemande originale.
Les essais, apparemment éloignés les uns des autres, présentent néanmoins des caractéristiques générales qui les unissent et qui sont bien mises en évidence par Olivier Riaudel, qui a dirigé l’éd. et la trad. française et a rédigé la préf. Tout d’abord, la plupart de ces contributions sont des inédits en français. Certains textes sont même posthumes. Parallèlement à ces caractéristiques contextuelles, on observe dans ces textes un fil conducteur important : il s’agit de chercher à comprendre la relation entre Dieu et l’humain à travers une perspective qui prend en compte la finitude, la liberté et la transcendance de l’être humain dans le contexte de l’histoire du salut, mais aussi dans le contexte actuel de ses préoccupations et de l’évolution de la vision du monde et de l’homme. Les contributions ont en commun la marque typique de l’acte théologique de Rahner : une théologie qui ne craint pas la « fatigue du concept ». Il s’agit d’une théologie qui ne se contente pas de répéter les conclusions de la foi ou d’être une Denzinger-Theologie, mais parcourt le chemin de la réflexion pour comprendre et expliciter le quia derrière le quid de l’idée chrétienne.
Si l’on voulait mettre en évidence un fil rouge thématique qui traverse – tantôt explicitement, tantôt implicitement – un certain nombre de contributions, on pourrait retenir, sans trahir la richesse du vol., la question du sens. Au plus profond de notre existence d’êtres humains se trouve le savoir inquiétant de notre finitude en tant que créature. Nécessairement confronté à cette question du sens total (qu’elle soit thématisée ou reste transcendantale), l’homme – qui demeure un être de transcendance pour qui le sens ultime ne peut être saisi, maîtrisé ou analysé, mais réside dans le mystère absolu lui-même – doit y répondre dans sa vie concrète. La théologie chrétienne est appelée à se confronter au sens, à l’interroger et à se laisser interroger par lui de manière critique ; elle se doit d’expliciter l’association entre la question humaine du sens et la question sur Dieu. L’A. est catégorique : le sens doit être saisi comme étant identique à Dieu. Le sens se donne, mais jamais de manière pleinement saisissable et compréhensible. Il s’agit plutôt de s’abandonner avec amour au mystère, à l’incompréhensibilité même de Dieu. L’incompréhensibilité « n’est pas un attribut de Dieu parmi d’autres, mais l’attribut de ses attributs » (p. 164). L’A. transpose cette question dans sa réflexion christologique et sotériologique car si l’amour pour Jésus signifie le salut, il importe de savoir si et comment Jésus est le sens de notre vie. Le mystère de l’incarnation pose la question du sens non plus théoriquement, mais concrètement, dans la chair, dans l’histoire et dans l’expérience concrète de l’amour de Dieu indissociable de l’amour du prochain.
L’ensemble des contributions peut constituer une reprise de la pensée du théologien jésuite pour qui est déjà familier avec sa pensée autant qu’une intro. assez accessible au lecteur qui souhaite le découvrir. — R. Cheaib