L’apostolicité des Écritures. Au fondement d’une exégèse catholique
Gabriel Rougevin-BavilleThéologie - Recenseur : Matthieu Bernard
Thomas d’Aquin n’a, comme ses contemporains, jamais rédigé de traité systématique sur l’Écriture sainte, bien qu’elle occupe une place centrale dans sa théologie. Cette étude de Gabriel Rougevin-Baville en recherche le « constitutif formel » et le découvre non pas, comme cela a été autrefois proposé, dans une approche psychologique de l’inspiration, appuyée sur la réflexion thomiste sur la prophétie : cette approche, si elle n’est pas sans valeur, ne suffit pas car le phénomène d’inspiration déborde le seul corpus biblique, et car, mettant au premier plan l’acte cognitif, il ne rend pas suffisamment compte du jugement pratique présidant à la rédaction des écrits. Il convient plutôt, plaide l’A., de privilégier le rôle des Apôtres : par le contact immédiat du Verbe incarné, qui ouvrit leur intelligence, ils furent habilités à reconnaître la Parole divine dans les Écritures d’Israël – leur conférant ainsi leur autorité – et à transmettre cette Parole par écrit.
La dimension ecclésiale de l’Écriture se trouve alors précisée, dans un dialogue critique avec Rahner (à la suite de Congar), permettant, espère l’A., de dépasser la circularité herméneutique entre l’Église et l’Écriture : car les apôtres sont auteurs et de l’Écriture, et de la Tradition. Il faudrait toutefois penser, selon nous, une circularité entre inspiration et apostolicité, pour rendre raison des enseignements apostoliques ne résultant pas d’un contact « immédiat » ou d’une « expérience corporelle, sensible » du Verbe incarné. On appréciera en tout cas la présentation des Apôtres comme d’éminents exégètes, nous reconduisant (manuductio) à l’exégèse spirituelle du Ressuscité.
La rédaction est claire et didactique. Bien documentée, l’étude tend parfois à niveler les débats d’interprétation. Basée sur une enquête lexicale, elle parcourt un ample corpus, incluant les commentaires d’Écriture. Sa relative concision ne permet pas de situer l’Aquinate dans l’héritage de ses prédécesseurs ou le dialogue avec ses contemporains. — M. Bernard