Pour conjurer les monstrueuses défigurations de la bonté (« une bonté exclusive, réservée aux siens […] mérite-t-elle cependant de s’appeler bonté ? », p. 17) autant que les sournoises invocations d’un bien à venir auquel s’adosseraient d’insidieuses violences au service de son avènement, Catherine Chalier, dans une exigence de « lucidité » face au « désespoir » – termes inauguraux de cet ouvrage – convoque 3 sources : la littérature, par la mémoire de cette « petite bonté » dont parle Vassili Grossman, bonté « privée, occasionnelle, sans idéologie », bonté qui semble « idiote » (p. 106-107) ; la tradition du hassidisme à travers la « remarquable » (p. 178) métaphore du « point de bonté » qui demeure indestructible là où la violence se déchaîne ; la philosophie d’Emmanuel Levinas, à travers sa méditation sur « l’alliance immémoriale avec le bien » qui habite le psychisme humain (p. 181). Autour de Grossman se tressent les références à la littérature concentrationnaire (Chalamov, Kertész, Pahor) et d’autres…