À plus de trois siècles de distance, les éd. du Cerf, et notamment le p. Lionel Gentric, o.p., qui en a établi le texte, rendent un hommage mérité à la Bible de Port-Royal comme il l’indique dans sa présentation. La trad. a été commencée par Antoine Le Maistre de Sacy (1608-1658) et continuée par son frère Louis-Isaac (1613-1684). C’est l’éd. de Laurent-Étienne Rondet (Paris, 1759) publiée par Guillaume Desprez, plus proche du français contemporain, qui a été choisie comme texte de référence.

La Bible de Port-Royal « a été la plus lue et la plus aimée » des traductions françaises de la Bible (p. i). Les écrivains des 18e et 19e s. comme Stendhal, Hugo et Rimbaud l’avaient sur leur table. Cette bible ambitionnait « d’accorder la majesté du style à la majesté de Dieu » (p. i). Elle a contribué à la formation du français classique. Elle fut une œuvre collective, toujours perfectible et inachevée, dont chaque réédition remettait le texte sous l’œil des érudits. La « perfection » de cette bible était à la mesure de la confiance qu’avaient les traducteurs et les commentateurs en la « vérité de la parole de Dieu » (p. ii). Le premier groupe de travail (1657) rassemblait Antoine Arnauld, Pierre Nicole, Antoine Le Maistre de Sacy et son frère Louis-Isaac. Blaise Pascal fut associé à la réflexion des traducteurs. Le but était de traduire à partir de la Vulgate de St Jérôme, devenue la Bible de référence en monde catholique depuis le concile de Trente, sans toutefois se priver de consulter le texte hébreu et le texte grec, ainsi que les traductions disponibles. Les destinataires étaient, selon les Messieurs de Port-Royal, tous les baptisés. Antoine le Maistre a dirigé ce premier chantier. Louis-Isaac prit le relais à la mort de son frère en 1658.

C’est le NT, dit de Mons, qui parut d’abord en 1666. Ce fut un succès de librairie, mais aussi l’occasion d’une condamnation de l’Index créé en 1564, qui ne prévoyait pas qu’une traduction française pût être destinée à tous les baptisés, laïques compris. Louis-Isaac fut arrêté le 13 mai 1666 et enfermé à la Bastille. Durant ce séjour d’un an et demi, il acheva la traduction de l’AT. Il retrouva la liberté en 1669 et révisa la trad. et les commentaires réalisés pour chaque livre à partir des Pères de l’Église. Il publia 9 vol. de l’AT jusqu’à sa mort en 1684. Pierre Thomas du Fossé poursuivit la publication. Il ne put rédiger les notes brèves, destinées à remplacer les commentaires de chacun des livres.

En 1759 paraît l’éd. de la Bible de Port-Royal en 3 T., présentée ici, « plus simple, plus littérale, plus fidèle, plus exacte » que les éd. précédentes (p. v). Elle est conforme au texte de la Vulgate et aura une belle postérité au 19e s. Les éd. du Cerf reproduisent les titres de l’éd. de 1759, proposés pour chaque chap., sans toutefois reprendre les notes. Le texte de la bible est regroupé par péricopes ou « unités de sens », plutôt que par versets comme faisait l’éd. de 1759. L’intro. du Cerf s’achève ainsi. Elle aurait pu donner d’autres précisions qu’on trouvera dans B. Chédozeau, La Bible de Port-Royal. Un siècle d’or de la Bible en France (1650-1768) (Classiques Garnier, 2024) ou dans P.-M. Bogaert (dir.), Les Bibles en français. Histoire illustrée du Moyen Âge à nos jours (Brepols, 1991).

Les titres de chaque psaume ou de chaque chap. d’un livre, repris par la présente éd., donnent un résumé du contenu et soulignent les liens entre les deux Testaments. Ainsi pour le Ps. 22 : « David dans ce cantique compare le Seigneur à un pasteur qui a soin de ses brebis ; il le remercie de l’avoir protégé contre ses ennemis, et déclare qu’il a mis en lui sa confiance. Ce cantique convient particulièrement aux chrétiens, puisqu’ils sont les brebis du souverain pasteur qui est J.-C. même. Jn 3 : Nicodème vient trouver J.-C. Instruction que J.-C. lui donne. Réponse de S. Jean à ses disciples. Rm 6 : Le baptisé mort au péché ne doit plus y revivre. Le chrétien fidèle n’est plus sous la loi, mais sous la grâce : il doit se donner tout à Dieu. Le fruit du péché est la mort ; le fruit de la justice est la vie éternelle. Ap. 21 : Nouveau monde : nouvelle Jérusalem. Fin des maux. Récompense des saints. Supplice des méchants. Description de la Jérusalem céleste. » — A.H.

newsletter


la revue


La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

contact


Nouvelle revue théologique
Boulevard Saint-Michel, 24
1040 Bruxelles, Belgique