La quête du Christ historique

Anthony Giambrone
Histoire - Recenseur : Alain de Boudemange

L’ouvrage publié aux éd. des Belles Lettres est un recueil original, à la jonction entre l’exégèse et la théologie. Premier livre du frère Anthony Giambrone en langue française, il s’agit en réalité d’un recueil d’articles de l’A. publié dans des contextes variés et dans diverses langues, essentiellement autour des enjeux de l’exégèse moderne. L’A., élève de Joseph Fitzmyer et ancien assistant de J. P. Meier est depuis plusieurs années maintenant vice-directeur de l’École Biblique et Archéologique Française. Dans la grande tradition dominicaine, son projet vise, en définitive, à refonder une exégèse proprement catholique en l’inscrivant de manière dynamique dans la Tradition. L’ouvrage comprend plus de 500 p., dont une abondante bibliographie. Il est constitué de 3 parties, rassemblant chacune 5 art. d’inégales longueurs. L’ensemble est bien introduit, pédagogiquement, par une préface de Régis Burnet. Dans une 1re part. sur les « fondements historiques », le lecteur est immédiatement ramené au texte de Dei Verbum 19, resitué dans son contexte de rédaction. Dans les différents art. qui constituent cette 1re part., Giambrone présente et critique les grandes figures qui ont marqué les fondements de l’exégèse moderne : Schweitzer et Wrede, Bultman et Moltmann… Il évoque quelques courants plus récents qu’il apprécie sans les accueillir complètement, celui de Burridge et de la remise en valeur des évangiles comme bioi ou celui des exégètes qui valorisent le rôle de la mémoire. Il introduit aussi le courant de la christologie haute précoce porté par Bauckham et Hurtado, notamment dans la mise en valeur du témoignage oculaire. Dans une 2e part. intitulée « perspectives théologiques », l’A. se focalise sur des questions de théologie fondamentale. Le chap. 6 reprend la question des miracles. Plutôt que de s’inscrire dans le courant sceptique ou rationaliste, l’A. s’appuie sur Newman pour en mettre en valeur les enjeux dans la théologie chrétienne. Il continue au chap. 7 avec une relecture de l’exégèse moderne à partir des courants théologiques alexandrins et antiochiens, qui aboutit à pointer assez sévèrement les limites des travaux d’Hurtado d’un côté et de Bauckham de l’autre. Plus positivement, dans les trois chap. suivants, le l’A. développe, à la suite de Hengel, quelques progrès de la recherche récente, autour de l’histoire du judaïsme à l’époque du Second Temple et de son inscription dans le judaïsme beaucoup plus grande qu’on ne l’a trop souvent présenté. La 3e part. permet alors de déployer quelques aspects de la lecture des évangiles et surtout de la compréhension de la personne de Jésus-Christ sur ces bases reprécisées. On peut souligner en particulier les « trois thèses sur la science du Christ » que défend l’A. : l’affirmation de la conscience messianique de Jésus, enracinée dans son auto-identification avec les Écritures d’Israël, la revalorisation de la présentation de Jésus comme scribe et enseignant plutôt que comme prophète eschatologique et l’exploitation de l’herméneutique chalcédonienne comme cadre d’interprétation. Le livre se termine avec deux annexes : un « postlude anti-hegélien sur la religion de l’avenir et une critique sèche du livre de Paula Fredericksen, When Christian were Jews: The First Generation. L’ensemble de l’ouvrage impressionne par l’érudition de l’A., capable de convoquer les théologiens de l’antiquité comme ceux des deux derniers siècles, de les conjuguer avec la théologie de Saint Thomas d’Aquin mais aussi de les situer dans l’actualité de la recherche. Le défi, à n’en pas douter, est de taille, et la réflexion – au sens le plus fort du terme – de l’A., pour présenter à nouveaux frais les enjeux d’une exégèse et d’une théologie profondément catholique, est remarquable. La lecture de l’ouvrage reste cependant ardue, souvent difficile à suivre. Certains passages seront inaccessibles à un non-spécialiste de la question abordée. D’autres lignes se montrent polémiques ou critiques sans toujours faire vraiment droit à la pensée qui est combattue. La lecture reste cependant hautement stimulante et permet aux lecteurs francophones de découvrir un auteur et des questions qui, sans conteste, le méritent largement. La lecture attentive de l’ouvrage ouvrira la réflexion et proposera des chemins d’interprétations fondamentaux. — A. de Boudemange

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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