Jean-Louis Vieillard-Baron, spécialiste connu et reconnu de l’histoire de la philosophie contemporaine, arpenteur des grands massifs de l’Idéalisme allemand comme des figures du spiritualisme français, offre ici un impressionnant vol. consacré à Bergson, qui vient couronner ses travaux précédents (entre autres : le « Que sais-je ? » consacré à Bergson, l’édition des Œuvres de Bergson en 2 t., et Le Secret de Bergson, aux éd. du Félin). Dans ce vol. centré sur la conception bergsonienne de Dieu et porté par la question « comment Bergson a-t-il (ou prend-il) sa place dans la pensée chrétienne ? » (p. 129, cf. aussi p. 11), l’A. offre une précieuse connaissance de première main du contexte de formation de la pensée de Bergson, du p. Gratry à Léon Ollé-Laprune, ainsi qu’un impressionnant panorama, tout en nuances, de la réception de l’ensemble de son œuvre, et en particulier des Deux Sources de la morale et de la religion (1932), depuis les lectures qu’en firent Lavelle, Nédoncelle et Madinier, jusqu’à ses interprètes les plus récents, Worms, Riquier, Waterlot et Feneuil. Cette double richesse fait de ce livre un réservoir d’indications bibliographiques et d’appréciations raisonnées et stimulantes. L’attention portée à la lente maturation des idées de Bergson sur Dieu, en amont des Deux Sources (2e part.) ainsi que le riche commentaire (3e part.) des articulations principales du passionnant dialogue entre Bergson et le p. Sertillanges (Avec Henri Bergson, Gallimard, 1941), conversation philosophique entre deux esprits dont la probité intellectuelle en fait un modèle de recherche commune sur Dieu, permettent de saisir l’angle sous lequel Bergson, selon la rigueur de son approche philosophique, s’est fait penseur de Dieu : penseur de « l’appel » lancé inlassablement par les figures morales « par-dessus nos cités humaines » depuis la « cité divine », cité « idéale » (Deux Sources, PUF, p. 67), penseur du « témoignage » mystique, émerveillé de « l’accord des mystiques entre eux » (ibid., p. 261), penseur de la « personnalité » de Dieu compris comme amour (ibid., p. 267), ainsi que de la « destinée » de l’homme (L’Énergie spirituelle, PUF, p. 23). À l’heure où la figure de celui qui s’est efforcé de penser la distinction entre société close et société ouverte, ainsi qu’entre religion statique et religion dynamique, se fait de plus en plus présente, attestant ainsi le besoin contemporain de renouveler la pensée de l’ouvert et du dynamique, ce vol. permettra de projeter de précieuses lumières sur ce vers quoi, ou celui vers qui se dirigent l’ouverture et la dynamique que Bergson s’est efforcé de penser au long de son œuvre – ainsi confiera-t-il, en 1933, au chanoine Étienne Magnin (cité p. 267) : « Je trouve beaucoup de philosophie dans le dogme de la communion des saints ». — D.R.