Le génocide des Syriaques et le Vatican (1890-1920). i. Seyfo, le génocide des Syriaques
Fikri GabrielHistoire - Recenseur : André Haquin
Docteur en théologie de l’Université catholique de Louvain, prêtre de l’Église syriaque à Liège, l’A., né au Turabdin est le petit-fils d’un rescapé du génocide (« Seyfo ») des Syriaques. Après ce 1er vol., Fikri Gabriel vient d’en publier un 2d, consacré à l’Attitude du Vatican face au Seyfo. Décidé par les Jeunes Turcs de l’Empire ottoman, le génocide infligé aux Syriaques des diverses confessions chrétiennes (Église syriaque orthodoxe, Église syriaque catholique, Église chaldéenne nestorienne, Église chaldéenne catholique) s’est déroulé en deux phases, d’abord les massacres hamidiens de 1894 à 1896, ensuite les massacres de 1915 à 1918, en Irak et en Perse, au Turabdin, au Hakkâri, mais aussi à Diyarbakir, à Mossoul et au Caucase iranien. Cette 2e période de massacres s’est accompagnée de marches forcées des exilés qui périrent en grand nombre. Ce génocide n’est toujours pas reconnu par ceux qui l’ont perpétré. Il est étudié de manière détaillée, notamment à partir des Archives Secrètes du Vatican, étudiées et publiées par le jésuite belge Georges-Henri Ruyssen, des Archives de la Congrégation pour les Églises orientales et des Archives ecclésiastiques extraordinaires. Le Saint-Siège, tout en restant dans une position de neutralité, a soutenu les minorités chrétiennes de ces régions et recueilli les très nombreux documents épistolaires et les rapports rédigés par les Délégués apostoliques en poste.
Dans son récit l’A. évoque d’abord l’origine et l’évangélisation des Syriaques. Ensuite, il retrace le contexte géopolitique des Syriaques au xixe s. au sein de l’Empire ottoman, puis l’arrivée des Délégués apostoliques et les massacres hamidiens (1894-1896), puis ceux de Van (1908-1909), du Hakkâri et d’Ourmia (1900-1909) ainsi que d’Adana (1908-1909). Le long calvaire des Syriaques allait se poursuivre par des déportations et des massacres entre 1910 et 1914 dans les provinces du Hakkâri et d’Ourmia ainsi que dans celle de Diyabakir et au Turabdin. Il a culminé en 1915.
Comme le rappelle la préf. de Laurence van Yperseele, professeure d’histoire contemporaine à l’Université de Louvain, il y eut un triple génocide lors de la 1re guerre mondiale, celui des Arméniens qui a peut-être éclipsé les deux autres, celui des Syriaques et celui des Grecs pontiques. L’Empire ottoman était multiculturel et affaibli au début du xxe s. Les Jeunes Turcs au pouvoir se montrèrent particulièrement intransigeants et cruels pour les minorités ethniques, linguistiques et religieuses. Dans le vaste Empire à dominante musulmane, les minorités ont été de moins en moins supportées et leur sympathie pour d’autres pays comme la Russie, dans le camp des Alliés, n’a fait que compliquer leur situation. Les « usines de la mort » se sont organisées avec l’aide des bandes de Kurdes engagés par les Jeunes Turcs. Les grandes nations du clan allié ne se sont pas investies dans la défense de ces minorités. Les études historiques, sur la base des sources, se développent aujourd’hui non seulement pour faire vivre la mémoire des massacrés mais pour mieux appréhender la complexité des situations. — A. Haquin