Faisant suite à une recherche universitaire et pluridisciplinaire (2022-2023) à l’Université de Fribourg (Suisse), Le secret et ses masques reprend les exposés du colloque théologique des 28 et 29 avril 2023. Le titre de l’ouvrage consacré aux abus sexuels exprime bien la question posée : l’abuseur qui a souvent imposé le silence à sa victime se cache sous son masque, la victime restant dans l’ombre et la souffrance dont elle pourrait ne jamais sortir. Le secret est présent dans la Bible, notamment concernant le Messie (Philippe Lefebvre). L’émouvant récit d’une victime d’abus est aussi celui d’un « empêchement d’être » et d’une « mise au tombeau » par l’abuseur dénommé « la Bête », mais une reconstruction réussit parfois à libérer la victime de ses chaînes » (Nicolas Scalbert).
Puis vient un épais dossier théologique (Luc-Thomas Somme) consacré au mensonge et à l’occultation de la vérité chez Augustin et Thomas d’Aquin, complété par quelques apports du Prince de Machiavel, de Torquato Accetto, de Baltasar Gracián et même de l’abbé Dinouart – L’art de se taire, principalement en matière de religion (p. 53-109). L’impression du lecteur est que cet ensemble massif est sorti tout droit d’un cours et qu’il manque d’une introduction et d’une conclusion montrant son rapport à la question centrale du livre.
Une 3e part., plus concrète, est consacrée au « secret médical » (Thierry Collaud), au « secret militaire » (Thierry Cambournac), et au « secret en droit canonique » (Astrid Kaptijn et Bruno Gonçalves). Il y est notamment question du secret de la confession. En annexe, on trouve une lettre du card. Mauro Piacenza, Pénitencier majeur, en réponse à une demande du p. Gonçalves concernant l’inviolabilité du sceau sacramentel, réaffirmée récemment par le pape François (21 juin 2019) au nom du respect du for interne. Selon le cardinal, cette position ne peut être comprise comme une attitude de tolérance envers les clercs abuseurs ; elle souligne l’importance de la protection des mineurs et des personnes vulnérables. — A.H.