Les jésuites français dans la tourmente (1949-1951). Rapports Dhanis, affaire de Fourvière et encyclique Humani generis
Étienne Fouilloux Bernard Joassart s.j.Histoire - Recenseur : Michel Fédou s.j.
En juin 1950 cinq théologiens jésuites (dont le p. de Lubac et le p. Bouillard) furent interdits d’enseignement dans le théologat de Lyon-Fourvière. La décision, prise par le p. Janssens (alors Supérieur Général), doit être comprise sur le fond des controverses suscitées par la « nouvelle théologie » qui, réagissant contre la scolastique néothomiste, préconisait un retour aux « sources chrétiennes » en même temps qu’une confrontation aux grands problèmes du monde contemporain. Le présent livre rappelle ce contexte, mais, surtout, rapporte les événements qui précédèrent immédiatement la crise. Il raconte la visite officielle que le p. Édouard Dhanis effectua à Lyon-Fourvière au printemps 1949. Cette visite donna lieu à un premier rapport qui fut adressé au p. Janssens le 4 octobre de la même année. Mais le p. Dhanis en prépara aussi une seconde version, qui fut transmise au Saint-Office. Le livre donne le texte intégral des deux rapports. Ceux-ci dénoncent avant tout l’abandon du thomisme scolastique en philosophie, mais mettent aussi en garde contre les conséquences qui en résultent pour la théologie. Le p. Dhanis critique le type d’apologétique dont témoigne le P. de Lubac dans son écrit De la connaissance de Dieu. Il concède certes à ce théologien que le système de la « nature pure » n’est qu’une opinion théologique, mais souhaite néanmoins qu’une telle opinion soit imposée aux jeunes jésuites. Il dénonce aussi la conception de la « présence réelle » qui lui semble induite par un essai du p. de Montcheuil sur ce sujet. Il apparaît dès lors que la mesure de juin 1950 « se préparait depuis quelques mois, comme conséquence immédiate du rapport Dhanis » (p. 66). Or durant ces mêmes mois le Saint-Office élaborait une instruction sur les déviances françaises ; c’est cet écrit qui devint plus tard l’encyclique Humani generis. Il est toutefois notable que Pie xii, qui promulgua cette encyclique en août 1950, avait tenu à en exclure toute allusion à des personnes (aussi bien le p. de Lubac et le p. Bouillard estimèrent-ils n’avoir pas tenu les positions incriminées). Telle fut la « tourmente » que connurent les jésuites français dans ces années 1949-1951. Mais quelques années plus tard, en 1960, le p. de Lubac allait être désigné par Jean xxiii comme consulteur à la Commission théologique préparatoire du concile Vatican ii… — M. Fédou s.j.