Significativement, la chronologie attendue est renversée dès le titre de ce bel ouvrage que nous a offert, il y a maintenant quelques années, Bernard Grasset, ajoutant une nouvelle page à une œuvre déjà abondante (poésie, traduction, essais). Ce n’est pas de Pascal puis de Nietzsche, ni de Nietzsche lecteur de Pascal qu’il s’agit, mais d’une convocation de ces deux grandes figures – « l’incroyant par excellence, le croyant par excellence » (p. 322) –, ainsi que de leur comparution sous la plume de l’A., qui se risque alors à l’exercice rhétorique de comparatio (ou synkrisis) : les thèmes parcourus, qui structurent l’ouvrage (culture, philosophie, vérité, homme, éthique, esthétique, pensée et religion, « de la mort de Dieu », être et vivre, temps et tragédie, volonté et amour, mystique) sont l’occasion d’un parallèle entre Nietzsche et Pascal. Le fondement de cette convocation réside dans l’indéniable proximité que ces deux auteurs entretiennent avec toute personne se confrontant à l’énigme de la condition humaine. La réussite et la force rhétorique d’un discours construit en parallèle supposent sans doute deux conditions de la part de celui qui s’y risque : tout d’abord, une fréquentation prolongée et une profonde intériorisation des deux figures que l’on s’essaye à rapprocher, pour se rendre capable de juger, de discerner le commun et le propre, car, « si le savoir est important, le discernement de l’esprit et du cœur l’est encore davantage » (p. 9) ; ensuite, il faut une plume capable de tirer profit de ce discernement et de l’exprimer avec force, pour emporter la conviction, dans une logique rhétorique de persuasion – et l’A. possède indéniablement ce sens de la formule qui permet de ressaisir en une phrase l’opposition qu’il travaille à discerner entre Nietzsche et Pascal, ainsi que le montre, par un effet d’accumulation, la conclusion de l’ouvrage. Ce sera au lecteur de ne pas s’en tenir à ces seules formules (« Nietzsche animalise l’homme, Pascal le spiritualise », « alors que Nietzsche veut déconvertir l’homme, Pascal en appelle à sa conversion », p. 308), mais à refaire, à l’aide de l’ample matière offerte par ce bel ouvrage, pour lui-même et par lui-même, le travail de comparatio. — D. Rabourdin

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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