Avec plusieurs dizaines d’ouvrages à son actif dont des traductions des Pères de l’Église syriaque, François Cassingena-Trévedy, normalien et docteur en théologie, nous offre avec ce dernier opus un texte à la fois méditatif, récréatif et liturgique. Conçu comme un journal de bord qui couvre une année, il est à la fois l’expression d’un amour profond de la nature dans ce qu’elle possède de plus aride et de plus austère (le plateau du Cézallier, au cœur de l’Auvergne, dans le Cantal) articulée à une réflexion personnelle et pertinente sur la beauté de la vie liturgique. Le titre même du livre, comme le précise Jean Mouttapa dans une introduction précieuse, ne se comprend qu’à l’orée de l’itinéraire de l’A. En effet, après avoir été moine bénédictin pendant 40 ans, mais aussi pêcheur 30 jours par an, l’A. a ressenti un appel impérieux qui est aussi une forme de renoncement au savoir et à la puissance intellectuelle ; devenir ou redevenir un « paysan », c.-à-d. un être proche de la nature qui la comprend avant de la transformer, qui vit au rythme des saisons et s’y adapte humblement en les respectant « religieusement », loin de l’artificialité du confort urbain ou des jugements péremptoires. Le livre qui ne présente pas d’architecture conceptuelle précise en dehors du déploiement du temps qui condense l’ensemble des règnes (minéral, animal, végétal, humain et ultimement divin) se lit comme une ode à l’humilité rurale. Cette thématique s’inscrit dans la continuité d’un certain regard sur la réalité de l’agriculture et du fait paysan – on songe à Éric Fottorino, J’ai vu la fin des paysans (Denoël, 2015). Dans un autre registre, on ressent à la lecture la proximité d’un Franck Bouysse et ses intrigues fortes dans un contexte rural souvent surprenant comme dans Grossir le ciel (La Manufacture, 2014). Plus encore, le livre possède d’indéniables accents franciscains qui rappellent les psaumes qui admirent la beauté de la création en rendant grâce à Dieu. Mais l’analogie la plus frappante réside certainement dans la convergence à la fois du statut et du style, de la méthode et du parcours ; le lecteur songe à l’œuvre d’un autre moine, trappiste celui-ci, Thomas Merton. Il y aurait certainement là un sujet d’étude tout à fait instructif et passionnant, montrant qu’à travers une œuvre existentielle et littéraire spécifique et originale, alternant érémitisme et cénobitisme, ces deux auteurs, moines et écrivains, se rapprochent en indiquant que la rencontre divine, si essentielle, prend souvent, pour notre plus grand bonheur, des chemins de traverse. — T. Le Goaziou