Saint François d’Assise et Saint Bonaventure

Romano Guardini
Histoire de la pensée - Recenseur : Matthieu Bernard

Ce petit recueil rassemble quatre conférences radiophoniques ou articles de revue spirituelle du théologien catholique, dont on ignore souvent qu’il consacra ses deux thèses à Bonaventure. La première étude esquisse une typologie de la sainteté. Il y eut les saints constituant la première Église, puis les saints « extraordinaires » qui sortirent du quotidien pour suivre le Christ, enfin les saints « de l’ordinaire » dont Romano Guardini discerne l’inspiration dans L’abandon à la providence divine de Jean de Caussade et qui évoquent les « saints de la porte d’à côté » du pape François, lecteur de Guardini. Cette figure de sainteté est en harmonie avec la vocation du laïc. Ce faisant, l’A. prescrit le remède aux tensions du monde moderne qu’il avait diagnostiquées dans deux grands ouvrages, explicitement évoqués : La fin des temps modernes et La puissance ; ce remède, c’est la sainteté.

Les deux articles suivants se penchent sur saint François, qui ne « traduit pas, mais rend présent le Christ » (p. 45), de manière simple et naturelle. Sa vie fut une série de ruptures réconciliées par la visée de l’unité ; elle s’accomplit dans un sacrifice semblable à celui du Christ, lorsque l’annonce de la nouveauté du Royaume ne fut pas acceptée. L’A. s’appuie beaucoup sur la Légende des trois compagnons, texte qui n’oppose pas François à l’Église hiérarchique, si bien qu’il peut conclure : « La vie dans le Royaume de Dieu a deux centres, celui de l’individualité dans l’Église et celui de la totalité de l’Église. (…) Les deux tendent vers une seule finalité et une seule unité, mais ils sont toujours distincts l’un de l’autre » (p. 77). On reconnaît ici la notion de polarité, l’un des concepts-clefs de la pensée de Guardini.

L’article sur saint Bonaventure est plus complexe et doit être lu avec recul critique. L’A. estime que le point de départ de la pensée bonaventurienne est la possibilité de la connaissance, dans une perspective augustino-platonicienne : ceci doit être a minima nuancé en raison de travaux plus récents, reconnaissant la valorisation du sensible selon l’influence d’Aristote et de François, et l’importance de l’Écriture sainte. Cette épistémologie bonaventurienne, estime à juste titre l’A., mobilise les notions de beauté et d’ordre et revêt une dimension existentielle. À la « sortie » de la Création répond donc le retour de l’Itinerarium mentis in Deum. Les notes du traducteur apportent des éclaircissements utiles. — M. Bernard

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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