Saint Jean de la Croix et le problème de l'expérience mystique. Introd. d'É. Poulat

J. Baruzi
Spiritualité - Recenseur : Noëlle Hausman scm
La thèse de Jean Baruzi, soutenue en 1924 à la Sorbonne, ouvrit au jeune professeur le Collège de France où il fut suppléant, puis successeur d'Alfred Loisy (sans jamais devenir moderniste pour autant). L'édition de 1931, republiée ici, fut «revue et augmentée» par l'auteur, qui ne fit, à ses multiples détracteurs, que des concessions de détail. On se réjouira, avec le préfacier, de voir l'ouvrage à partir duquel toutes les études sanjuanistes se situent dès lors, redevenir accessible à nos contemporains. Dans ses deux préfaces, Baruzi s'expliquait sur le sens de son travail: «nous demander quelle serait la signification métaphysique d'une expérience mystique d'où toute donnée partielle serait exclue» (50); ou encore: «j'ai constamment cherché à montrer qu'il y a une métaphysique sous-jacente à la construction et à l'expérience mystiques de Jean de la Croix» (27). Or, note É. Poulat, c'est là «tout le débat du siècle, sur la nature du mysticisme et les conditions de son intelligence» (17). Première «biographie critique du grand mystique espagnol», aux dires des Bollandistes de l'époque (18), l'ouvrage manquait encore d'une édition critique des OEuvres de Jean de la Croix, cependant lues dans le texte, sur les manuscrits jugés les meilleurs. Le résultat reste, à nos yeux, exceptionnel.
Les textes sont présentés, avec la dernière rigueur critique, dans un premier «livre» («rappelons-nous que nous sommes en face d'une ruine, que les manuscrits autographes font presque toujours défaut, que la Montée et la Nuit sont inachevées», 97). Le deuxième livre retrace la biographie, dans un magnifique effort de reconstitution où nous apparaît la figure que le troisième livre cherche à suivre dans son voyage intérieur («la relation de l'expérience à la doctrine»). Le livre IV forme la synthèse doctrinale, où «la négation (sanjuaniste) initiale», passant par la «critique des appréhensions distinctes», ouvre sur «l'expérience abyssale» et «l'état théopathique» - ce dernier chapitre étant sans doute le plus célèbre dans la controverse. Notons encore le plaisir qu'on retrouve au superbe français d'avant-guerre et combien la sympathie (ou la syntonie) pour le mystique espagnol affleure partout. Une grande thèse, qui ouvrait des chantiers que la théologie, pour ne rien dire de la philosophie, n'a guère fini de défricher. - N. Hausman, S.C.M.

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