Science et foi, les grandes controverses. Galilée, Darwin, Einstein
Florian LaguensHistoire de la pensée - Recenseur : Marie-Isabelle Etienne o.p.
Florian Laguens, philosophe et physicien, enseignant à l’IPC et aux Bernardins, veut concilier par les sciences humaines deux modes de connaissance qui se sont heurtés au cours des siècles dans leur prétention à un absolu holistique : les sciences appliquées et la foi catholique. Sa méthode est originale : à la base un parcours historique pour dire l’épaisseur réelle des problèmes à partir des textes, au sommet la mise en perspective par la philosophie des richesses conjuguées de points de vue aux langages disjoints.
À l’issue de ce parcours documenté et accessible on comprend que l’humilité fait la vérité des deux démarches : la science y perd l’illusion d’arriver à tout connaître et se résigne à proposer un nouveau modèle dès que le sien est convaincu d’inadéquation au réel, et la foi voit son objectif divin s’éloigner et grandir insaisissable plus elle s’en approche, livrant toutes deux à une confiance émerveillée. Belle convergence déjà.
L’A. propose un parcours à 3 volets convoquant chaque fois plusieurs hommes de science dont un prêtre à trois moments bouleversés de l’histoire, tout en soulignant l’auto-censure que s’imposent les courageux concepteurs face au pouvoir redouté de l’Église, jusqu’à ce que la science triomphante semble prendre le dessus.
1) L’homme au centre, c’en est fini ? C’est aux xvie et xviie s. l’ébranlement de la thèse géocentrique, controverse que l’A. décrit avec 3 acteurs principaux : Galilée, Descartes et le prêtre Gassendi. Il met en évidence l’ébranlement conjoint de la doctrine catholique. 2) D’où vient l’homme ? On assiste au xixe et début xxe s. à un nouveau séisme, avec la théorie de l’évolution promue par Darwin qui bouscule gravement la doctrine catholique et sa lecture de la Bible par une interprétation résolument matérialiste. Un siècle plus tard, à rebours, le jésuite et scientifique Teilhard de Chardin lui aussi évolutionniste, spiritualise toute chose dans un vaste système frôlant le panthéisme auquel l’Église ne donnera pas son aval. 3) Qu’est l’homme perdu entre un infiniment grand et un infiniment petit, tous deux mouvants ? C’est avec les figures présentées d’Einstein et du prêtre Lemaître la révolution de la physique aux xxe-xxie s. : relativité et mécanique quantique bouleversent notre connaissance de l’univers et de l’homme « bulle éphémère » dont l’esprit s’affronte à un réel frappé d’indétermination et échappant aux sens. La science se découvre ainsi une dimension de « foi », et propose par ailleurs un scénario de big bang originel associable à des récits croyants.
C’est alors que la philosophie des sciences avec Pepper et Kuhn apporte son regard critique sur des théories scientifiques par essence hypothétiques, relativisant leur approche du réel, tandis que le Magistère de l’Église sans rien lâcher des fondements de la foi, cherche un pacte avec la science. L’A. prône ici avec justesse la philosophie-sagesse comme clé d’intégration de ces deux discours, tous deux à contre-courant du relativisme moderne.
On aurait aimé que ce bon parcours, forcément sommaire et sélectif, ayant dû faire l’impasse sur des acteurs historiques majeurs, traite des développements plus récents des sciences physiques, et mentionne la tendance de ces scientifiques à adopter ce regard universel pour rejoindre tout le réel. — M.-I. Etienne o.p.