Un catholicisme en rupture. Sacrements et ministères en France depuis 1950

Bruno Dumons
Histoire - Recenseur : Charles Scrive f.m.j.

Depuis plusieurs décennies, le déclin du catholicisme en France et plus largement en Occident interroge. Certains évoquent un « effondrement » et parlent de la « fin d’un monde ». D’autres se remettent en question. En réalité la « révolution anthropologique » de la fin du xxe s. a créé de profondes ruptures que Bruno Dumons, directeur de recherche au CNRS et diacre du diocèse de Lyon, tente d’analyser. En retraçant l’évolution de la pastorale des sacrements et des ministères depuis 1950, l’A. nous permet d’entrer dans les questionnements ecclésiaux du siècle dernier.

Concernant la pastorale sacramentelle, l’A. décrit l’effort considérable qui a été entrepris pour tenter d’adapter la pratique sacramentelle aux changements sociétaux. Avec la fin de l’époque post-tridentine l’Église a repensé l’anthropologie sacramentelle par le moyen d’une rénovation de la pastorale des sacrements, de l’initiation chrétienne à la guérison. Cependant « l’option prioritaire menée en faveur de l’évangélisation porte un coût sérieux à la sacramentalisation » (p. 67).

Concernant le mariage et la fécondité, l’A. nous retrace les premières initiatives de préparation au mariage ; il s’agissait de rénover les pratiques sacramentelles du mariage en redonnant une signification religieuse à des rites jusque-là essentiellement sociaux et culturels. Les préparations au mariage devaient notamment permettre aux futurs époux « d’entrer dans l’intelligence d’un amour commun et d’une foi chrétienne vécue à deux » (p. 85). Parallèlement, la problématique des divorces en croissance et la question pastorale des divorcés remariés sont restés des sujets épineux et souvent clivants. De même pour la régulation des naissances lorsque les nouveaux militants du CLER tentent de convaincre avec les « méthodes naturelles » pour rester en conformité avec le discours pontifical inscrit dans Humanae Vitae. Ici encore, le défi semble « davantage culturel et pastoral que théologique et dogmatique » ; la bataille entre les défenseurs d’un tridentinisme dépassé et les promoteurs d’un dialogue avec le monde moderne ne semble pas terminée.

Pour le sacrement de l’ordre enfin, sa rénovation intervient avec la sacramentalité de l’épiscopat et le renouveau du diaconat. Toutefois les tâtonnements sont nombreux, mettant en évidence une spécificité française, des divisions internes sur les objectifs, sans parler des clivages entre une vision pastorale humanitaire et une vision plus théologique, davantage liturgique.

Au terme de ce parcours thématique et historique, nous ne pouvons que constater l’immensité des efforts consentis pour rénover et adapter l’économie sacramentelle à l’ère du temps post-conciliaire. Aussi, face aux maigres résultats, se pose une question : « que se serait-il passé sans que l’on ne s’en aperçoive ? » Pour y répondre, l’A. met en évidence la force du subjectivisme, les courants du libéralisme qui ont marqué une rupture dans le rapport de l’homme contemporain aux grands moments de la vie humaine : la naissance, les unions, les formes de parenté, la vieillesse et la mort. Les repères anthropologiques traditionnels semblent avoir vacillé, provoquant le déclin inexorable non pas du « christianisme » mais de la « chrétienté », c’est-à-dire de son modèle sociétal. L’A. laisse son lecteur avec une piste d’évolution intéressante : « exister autrement sans rompre avec l’Église et ses sacrements » (p. 195). — C. Scrive f.m.j.

newsletter


la revue


La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

contact


Nouvelle revue théologique
Boulevard Saint-Michel, 24
1040 Bruxelles, Belgique
Tél. +32 (0)2 739 34 80