Le burn-out, une urgence pastorale

Pascal Ide
Le burn-out (BO) touche aujourd'hui une bonne part de la population active. Un premier article l'a décrit et proposé une grille de lecture inédite pour expliquer autant sa nature que son origine: dans le contexte d'une société du trop-plein, il serait une pathologie du don de soi. Ce second article l'applique à la pastorale des prêtres, mais aussi des religieux et des agents pastoraux. Après avoir résumé une étude exemplaire conduite en 2004-2005 sur les prêtres du diocèse de Padoue, il montre que le prêtre est particulièrement exposé au BO. Après s'être mis à l'écoute de l'Écriture, il propose pour y remédier une série de moyens organisés à partir des trois moments du don: la réception, l'appropriation et la donation.

L’âme qui brûle d’amour ne fatigue, ni ne se fatigue1.

Dans une précédente livraison de la NRT, nous avons décrit le burn-out (BO) et proposé d’en expliquer la nature et l’origine comme une maladie du don de soi2. Cet article applique l’hypothèse au cadre particulièrement sensible — et pourtant encore largement ignoré — des prêtres, des religieux et, plus généralement, des agents engagés en pastorale.

Après avoir montré l’importance encore méconnue du BO en pastorale à partir d’une étude exemplaire (1), nous montrerons que le prêtre y est particulièrement exposé (2), ce qui invite à une prise en compte (3) et une prise en charge (4).

I Une enquête exemplaire

Sur le BO des prêtres3, nous disposons d’une étude qui fut réalisée par deux chercheurs de la Faculté de théologie du Triveneto, un psychologue et un spécialiste de pastorale, aidés d’un démographe de l’Université de Padoue4. L’étude, conduite dans les années 2004-2005, a été motivée par deux raisons : la présence chez les prêtres d’une perte d’énergie, d’une incapacité à aider, survenant alors qu’ils se sont totalement donnés aux autres pendant des années, épuisement qui peut conduire à l’abandon du ministère ; l’insuffisance de l’explication classique selon laquelle la crise vient de la fragilité humaine et de la négligence de la prière. Ne fallait-il pas faire appel à une autre explication : le BO, avec ses trois symptômes (épuisement émotionnel, dépersonnalisation, insatisfaction) ?

L’étude est exemplaire par la largeur de l’échantillon (sur les 806 prêtres diocésains, 321 furent interrogés), la jeunesse des prêtres (la majeure partie a moins de 50 ans et moins de 20 ans de sacerdoce, 37 ont plus de 70 ans) et la rigueur de la méthode (prise en compte des 3 signes du BO, division en 6 groupes, multiplicité des critères pris en compte, etc.). Par ailleurs, même si la recherche fut limitée à un diocèse du nord de l’Italie, « les résultats sont en grande partie généralisables, y compris aux prêtres religieux5 », au moins de l’Europe occidentale. Résumons-en les principaux acquis.

L’enquête distingue six groupes en fonction des signes présentés par les prêtres. Le premier, qui rassemble presque 40 % d’entre eux (124 sur 321), est constitué de ceux pour qui « tout va bien » : les trois signes de BO sont bas. Un deuxième ensemble, aussi nombreux (124), regroupe au contraire ceux qui se sentent « consumés »6 et présentent des scores hauts aux trois symptômes. Les quatre autres groupes de prêtres présentent ou un signe sans les deux autres — l’épuisement (19, soit 6 %), la dépersonnalisation (12, soit presque 4 %), la basse réalisation personnelle (28, soit 9 %) — ou deux signes, épuisement et dépersonnalisation (14, soit plus de 4 %). Bien que moins nombreux (20 %), les prêtres de ces catégories méritent l’attention parce qu’ils entrent dans les sujets à risque. Au total, presque 2 prêtres sur 5 sont en BO et 1/5 risque d’y entrer (voire appartient au cadre de ce que l’on appelle la prévention secondaire).

Catégories de prêtres Signes de BO Nombre (sur 321 prêtres) Pourcentage Les « Tout va bien » Aucun signe 124 38 % Les « consumés » (prêtres en BO) Les trois signes 124 38 % Les « fatigués » Le 1er : épuisement 19 6 % Les « insatisfaits » Le 2e : dépersonnalisation 28 9 %
Les « fonctionnaires [del ruolo] » Le 3e : manque de réalisation personnelle 12 3,7 % Les « efficaces, mais souffrants » Le 1er et le 2e : épuisement et dépersonnalisation 14 4,3 %

L’enquête permet d’individualiser des facteurs de risque :

1. La cohabitation avec d’autres prêtres ou d’autres personnes ne joue pas sur les deux premiers groupes. On constate seulement que les prêtres pour qui « tout va bien » vivent plus souvent seuls. Il en est de même pour les « fatigués » (58 %), alors que les deux tiers des « efficaces, mais souffrants » vivent avec d’autres prêtres. Il faut préciser que dans le diocèse de Padoue, 48 % des prêtres interrogés vivent avec plusieurs prêtres, 29 % avec un confrère.

2. L’âge. Deux tiers des prêtres jeunes (entre 25 et 29 ans) rentrent dans le groupe le plus à risque. Les moins exposés sont les quinquagénaires, la fréquence s’élevant de nouveau pour les septentenaires et plus.

3. La diplomation. Plus une personne est instruite (ou plutôt diplômée), mieux elle va. Toutefois, on trouve un plus grand nombre de « fatigués » et d’« insatisfaits » chez les prêtres en possession d’un doctorat : l’étude évoque la probable frustration de la réalisation personnelle dans l’activité pastorale. Précisons qu’un tiers des prêtres padovans n’a pas le baccalauréat en théologie, un autre tiers a passé le diplôme et un cinquième est titulaire d’une licence, d’un doctorat en théologie, ou d’un titre civil.

4. L’activité. Plus diminue l’activité pastorale et l’engagement dans le ministère, plus croît le nombre de prêtres en BO ; inversement, les prêtres pour qui « tout va bien » sont les plus actifs.

5. La durée dans le ministère. Le BO augmente chez les prêtres ayant déjà une vingtaine d’années de ministère, ainsi que chez les prêtres « fonctionnaires » et les « efficaces, mais souffrants ».

Les causes de BO relevées par les prêtres en souffrance eux-mêmes sont sans surprise. Si certains relèvent la carence de soin mis à leur vie intérieure comme cause principale, une bonne partie prend plutôt en compte les causes extérieures : la surcharge de travail pastoral, l’impression désagréable d’offrir un « produit » en décalage avec la demande, le stress lié à l’affrontement de situations presque toujours improgrammables, la privation de l’antique reconnaissance du prêtre, les tensions avec l’institution, le poids des décisions du curé (lorsque le prêtre est vicaire), l’excessive insistance sur le don de soi lors des années de formation, etc.

En revanche, plus significative est la comparaison suivante. Les causes principales du BO individualisées par Christina Maslach et Michael P. Leiter sont au nombre de six : 1) la surcharge de travail ; 2) le manque de contrôle sur ce labeur ; 3) une gratification insuffisante ; 4) un moindre sens de l’appartenance communautaire ; 5) une absence d’équité perçue dans le traitement de sa personne ; 6) la perception d’un contraste entre ses valeurs et celles de l’institution7. Or, l’étude citée fait ressortir les causes dans l’ordre suivant : la quatrième, la première et la sixième ; viennent ensuite la deuxième et la troisième, la cinquième étant exclue.

Enfin, les chercheurs tirent un certain nombre de conséquences curatives et préventives :

1. Seul un tout petit nombre de prêtres a entendu parler du BO. Une formation (ce qui est plus qu’une information) sur les signes, les causes et les moyens préventifs est urgente et importante. J’ajoute que, si presque tous les pasteurs connaissent le mot « burn-out », si de même ils en connaissent le premier signe qui est l’épuisement (au moins physique), ils ignorent aussi presque tous les deux autres symptômes.

2. Le BO touchant surtout les prêtres dans leurs premières années de sacerdoce, il convient de les suivre avec soin. En prêtant une attention particulière aux facteurs de risque suivants :

  • le stress lié à la nouveauté et la variété des situations à affronter ;

  • le décalage avec la réalité imaginée avant l’ordination ;

  • les frustrations dans le contact avec les fidèles ;

  • les échecs pastoraux ;

  • les difficultés relationnelles avec les confrères, notamment avec le curé ;

  • la diminution du temps libre.

3. La crise doit être traitée diversement selon l’âge. Nous venons de parler du jeune prêtre qui, l’expérience venant, verra son stress diminuer. Le prêtre entre 40 et 50 ans (dans le cas de l’étude : celui qui a une vingtaine d’années de ministère) a dépassé ce stress et sait discerner les difficultés surmontables à plus ou moins long terme de celles qui sont plus structurelles ; si le danger global de BO est moindre, il court davantage le danger de perdre espoir face à celles-ci. De plus, alors qu’il a besoin d’aide, il peut être plus rétif que le jeune à la demander, à cause soit du préjugé selon lequel la maturité devrait s’accompagner d’une totale indépendance, soit de déceptions qui n’ont pas été surmontées par le pardon et laissent une amertume. Enfin, et en conséquence, le prêtre plus âgé (60 ans et plus) est davantage menacé de sombrer dans le cynisme, dont nous avons vu qu’il est un signe majeur du BO.

4. Étant donné que nombre de symptômes et de causes caractéristiques du BO sont des sentiments, il importe de développer la capacité à les reconnaître et à les gérer.

5. À côté de la connaissance de soi, l’étude souligne l’importance de l’instruction, donc de la formation intellectuelle.

6. On ne saurait non plus sous-évaluer l’importance de la proximité des confrères et de l’évêque. Souvent, le prêtre en BO se sent isolé et nourrit l’impression que ses confrères et les fidèles ne s’intéressent pas à lui. Et nous avons vu que ce soutien ne doit pas être confondu avec le fait que les prêtres vivent ou non ensemble dans un même presbytère.

7. Bien que la situation italienne (en nombre et en jeunesse de prêtres) paraisse idéale vis-à-vis de celle des autres pays d’Europe de l’Ouest, l’étude n’ignore pas que, dans le futur, la diminution des prêtres ira de pair avec une surcharge de travail. Elle conseille donc de faire coïncider le don total de soi — rappelant la formule célèbre du bienheureux Antoine Chevrier : « Le prêtre est un homme mangé » — et la réalisation personnelle.

8. L’enquête souligne enfin, sans la développer, la fonction prophylactique exercée par une vie spirituelle régulière.

II Le prêtre, un sujet particulièrement exposé au BO

Avant de passer à certains facteurs explicatifs, ajoutons un dernier constat à la précédente enquête. Le 15 mars 2014, cherchant sur le moteur de recherche Google les occurrences de « Burnout in Clergy », j’ai vu s’inscrire sur mon écran : « Environ 132 000 résultats ». Il existe par exemple un site (<http://www.pastorburnout.com>) qui traite du BO des pasteurs (luthériens) et offre, entre autres, les statistiques suivantes : 40 % des pasteurs et 47 % de leurs épouses souffrent d’un BO, d’un calendrier frénétique et d’attentes irréalistes ; 70 % n’ont aucun ami proche ; 90 % travaillent plus de 50 heures par semaine ; 1 500 pasteurs quittent leur ministère chaque mois à cause d’un BO, d’un conflit ou d’un échec moral8.

Décrivant le BO autant en termes de causes qu’en termes de processus, Wilmar B. Schaufeli et Dirk Enzmann soulignent trois facteurs fondamentaux : 1) il « débute avec les tensions qui résultent de l’écart entre les attentes, les intentions, les efforts, les idéaux de l’individu et les exigences de la rude réalité quotidienne » ; 2) « les stress qui résultent d’un tel déséquilibre se développent graduellement », de sorte qu’« ils peuvent (…) rester ignorés pendant une longue période » ; 3) « la manière dont l’individu fait face à ces stress est cruciale pour le développement du BO9 ».

Appliquées au prêtre, ces caractéristiques montrent combien il est exposé au BO : 1) élevé est son idéal — combien de prêtres vivent leur ministère avec une disponibilité « 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 », ce que les anglo-saxons ont appelé « bed at the church syndrome » — et souvent rude sa vie quotidienne ; 2) célibataire, il n’est pas confronté à cette altérité intime qui lui révèle ses fragilités ; masculin, il est plus menacé par ce que l’on a appelé le « syndrome John Wayne », c’est-à-dire l’insensibilité apparente affichée pendant le travail, de sorte qu’il répond fréquemment à la tristesse d’une fatigue en redoublant d’efforts pour s’oublier ; 3) parfois tenté de gérer ses stress de manière seulement spirituelle, voire spiritualisante, il favorise les multiples mécanismes de défense, comme le clivage10. Le prêtre et, plus généralement, la personne consacrée, sont donc singulièrement exposés au BO. Mais la personne mariée engagée en pastorale ne l’est pas moins, ainsi que l’atteste l’exemple des pasteurs évoqué ci-dessus.

La liste des causes n’est pas close. On a par exemple constaté que la responsabilité vis-à-vis des personnes engendre plus de stress que la responsabilité vis-à-vis des choses11 ; or, le prêtre est ordonné pro salute animarum, ce qui constitue la plus haute responsabilité, celle vis-à-vis de laquelle le saint curé d’Ars se sentait totalement incompétent — ce qui l’a conduit à donner sept fois sa démission à son évêque, la dernière deux ans avant sa mort12.

Le facteur principal du BO tient à son essence : il est une maladie du don de soi. Tout baptisé — voire tout homme — s’accomplit dans l’amour : il « se trouve dans le don sincère de lui-même », ainsi que l’affirme le dernier Concile et le répète Jean-Paul ii à sa suite13. Ce dernier a rappelé cette vocation à la donation gratuite de soi dans ses exhortations sur la famille et aux laïcs14. Il l’a singulièrement soulignée dans une troisième exhortation, celle qu’il a consacrée à la formation des prêtres. À de nombreuses reprises, il les encourage à un « don de soi total, continu et fidèle ». Par exemple : « Le prêtre vit dans un climat de constante disponibilité pour se laisser saisir, ou pour se laisser “manger” a-t-on pu dire, par les nécessités et les exigences du troupeau15. » Aussi est-on en droit d’attendre du prêtre qu’il se livre sans réserve aux autres, avec une « professionnalité » particulière16.

Croyant devoir « être tout à tous, sans jamais un temps pour être libre de ses propres devoirs pour les gens », le prêtre connaît donc un « stress » qui, pour une part, est « commun à celui des autres activités d’aide17 », dont le précédent article a montré qu’elles sont les plus touchées par le BO. Plus généralement, les agents pastoraux sont les premiers à être interpellés par les personnes18. Le clerc peut donc ressentir « une surcharge qui va au-delà de ses capacités d’adaptation », engendrant chez lui « un fort malaise psychologique19 »

Écartons une illusion en affirmant clairement : le BO n’épargne personne, pas même les apôtres les plus zélés. C’est ce qu’a connu le père Mateo au début du xxe siècle. Ce jeune prêtre péruvien de la Congrégation des Sacrés-Cœurs s’est appuyé, avec une confiance totale en la Providence divine, sur le message de Jésus à sainte Marguerite-Marie Alacoque, pour, selon ses propres mots, « reconquérir le monde foyer par foyer, famille par famille, à l’amour du Cœur de Jésus ». Or, au début de son ministère, il a connu un véritable épuisement.

Pendant ses huit premières années de sacerdoce, il ne s’est pas ménagé. Comment a-t-il pu mener à bien sa double fondation du Centre Social et du Cours des Lois, sans abandonner pour autant le professorat, la prédication, la visite des Centres de l’Association ? Il fallait qu’il fût d’une rare résistance et d’une énergie peu commune. Parfois cependant, la nature demande grâce, et, après les épuisantes veillées nocturnes en compagnie des jeunes, il prolonge son repos le matin. Le Père Prat chargé de la visite canonique des maisons du Chili lui rappelle la Règle qui prescrit le lever à quatre heures et demie et note dans son rapport : « peu régulier ». C’est la seule note discordante de cette époque, qu’expliquent aussi bien la santé de fer du visiteur que son ignorance des exigences de l’apostolat de la jeunesse étudiante ou ouvrière d’une grande ville. Ce jugement sévère fait toutefois pressentir le drame.

Le tremblement de terre [du 16 août 1906, à Valparaiso] a surmené le Père. Accosté jour et nuit par les sinistrés, s’astreignant pour eux à de multiples démarches sans prendre même le temps de manger et de dormir, il est arrivé « à un épuisement total. Il est sans réaction et tombe dans un état de prostration qui le maintient dans la quasi impossibilité de penser, de parler et même de dire la messe ». Le diagnostic des docteurs est formel : tout travail lui est interdit pendant un an20.

Se trouve ici réunie une partie des signes du BO : l’« épuisement total » et la paralysie, la « quasi impossibilité » d’agir, signe d’un affaissement des réserves. On retrouve aussi les facteurs le favorisant : le surtravail ; l’absence de récupération (les nuits raccourcies) ; l’oubli de recharger les « accus » ; le possible manque de clairvoyance ou de vigilance des supérieurs (à moins que ce ne soit le manque d’écoute de Mateo).

« Pour le sauver, le p. Auguste, devenu provincial, n’hésite pas à l’envoyer en Europe pour un long voyage d’agrément et d’information ». « Le but réel » est « la guérison et la récupération d’un malade dont on connaît le zèle et le dynamisme21 ». Certes, ce voyage va être « le tournant décisif de sa vie », puisque le père Mateo découvrira l’Europe, passera à Braine-le-Comte en Belgique, où réside son Supérieur général, à Rome, où il obtient une audience privée avec Pie x, et, plus encore, à Paray-le-Monial, le « sanctuaire du divin amour », selon le mot qu’il fait graver sur un ex-voto de marbre rouge au-dessus de la porte d’entrée de la chapelle des Apparitions ; surtout, à cette occasion, il recevra « sa mission d’Église ». Il n’empêche que le père Mateo fut imprudent et a joué avec sa santé. La grâce n’élimine pas la nature, mais la présuppose.

Enfin, à la spécificité de la vulnérabilité se joint-il une spécificité de la symptomatologie ? L’étude sur le BO des prêtres padovans emploie une image éloquente, en parlant du « syndrome du bon samaritain déçu [sindrome del buon samaritano deluso] ». Après avoir évoqué les signes communs à tous les BO, comme « une fatigue chronique », « l’intime insatisfaction de leurs occupations, d’eux-mêmes et de la vie en général », des « signes d’irritabilité et de rigidité qui, auparavant, ne leur étaient pas habituels », les évêques américains observent que le stress du prêtre présente un signe spécifique : « À la différence de ceux qui ont un effondrement nerveux, ceux [les prêtres] qui souffrent de ce que l’on appelle “épuisement” travaillent encore plus durement, plutôt que moins22 ». Aucune étude, semble-t-il, n’atteste une réelle différence de signes.

III L’enseignement de l’Écriture

Passant du diagnostic aux remèdes, mettons-nous d’abord à l’écoute de l’Écriture. L’Ancien Testament comme le Nouveau livrent quelques précieux enseignements sur le BO. Limitons-nous à trois passages.

1 L’acédie voilée de David

Quel lecteur de la Bible ignore la faute de David avec Bethsabée, faute qui a entraîné nombre de péchés et de malheurs ? En revanche, il est souvent moins attentif à son origine, pourtant narrée dans le premier verset, dont il croit qu’il se contente de dresser le décor :

Au retour du printemps, à l’époque où les rois se mettent en campagne, David envoya Joab en expédition, avec ses officiers et toute l’armée d’Israël ; ils massacrèrent les fils d’Ammone et mirent le siège devant Rabba. David était resté à Jérusalem.

(2 S 11,1)

À l’époque, le roi était aussi un chef de guerre. On ne pouvait imaginer qu’il ne soit en tête de son armée lors d’une bataille. D’autant que le roi-berger a largement prouvé sa bravoure au combat. Ainsi, David est faible dans la vertu lorsqu’il est faible en vaillance. Mais l’épisode révèle une loi plus générale des comportements humains. La luxure mérite d’être classée parmi les péchés capitaux, qui ne sont pas appelés tels à cause de leur gravité, mais à cause de leur « fécondité » (saint Grégoire le Grand parle de leurs « filles »…) : ils sont tête (caput) d’autres errements, ici la trahison, le meurtre, etc. Or, le dérèglement sexuel est lui-même engendré par une faute capitale encore plus fontale : l’acédie. En effet, la tristesse spirituelle fait le lit (sic !) de cette pseudo-consolation qu’est la luxure, tant l’homme ne peut vivre longtemps sans plaisir. L’abandon du ministère et le mariage du ministre ordonné ne seraient donc pas originaires ; ils ne seraient pas non plus la conséquence première de la « fragilité de la chair » souvent invoquée (elle concerne tout autant les couples mariés), encore moins de l’impossible exigence du célibat dans un monde hyper-érotisé. Il serait délicat, mais éloquent, de valider l’hypothèse selon laquelle l’abandon du ministère serait grandement favorisé par une crise qui était une acédie innommée et que la médecine commence à identifier comme un BO23.

2 Un enseignement du Christ sur le BO

Deux passages de l’Évangile sont particulièrement à même d’éclairer une approche pastorale du BO.

Le premier décrit l’attitude de Jésus à l’égard de la fatigue de ses disciples24 :

Les apôtres se réunissent auprès de Jésus et ils lui rapportèrent tout ce qu’ils avaient fait et tout ce qu’ils avaient enseigné. Il leur dit : « Vous autres, venez à l’écart dans un lieu désert et reposez-vous un peu. » Car il y avait beaucoup de monde qui venait et repartait, et eux n’avaient pas même le temps de manger. Ils partirent en barque vers un lieu désert, à l’écart. Les gens les virent s’éloigner et beaucoup les reconnurent. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent à cet endroit et arrivèrent avant eux. En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut pris de pitié pour eux parce qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont pas de berger, et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses.

(Mc 6,30-34)

Ce logion d’un remarquable équilibre est riche d’enseignements sur la prévention du BO avant la lettre.

1. Le contexte est bien celui de l’activité pastorale : les disciples reviennent de la tournée missionnaire à laquelle ils ont été envoyés par le Christ. Et une telle mission est un don de soi de chaque instant aux « multiples personnes qui venaient et repartaient », ainsi que le montre aussitôt après l’exemple du Christ qui, affectivement « pris aux entrailles », se donne effectivement sans compter à ces « brebis sans berger ».

2. Cette activité est nécessairement source de fatigue, voire de manque vital. En effet, les disciples « n’avaient pas même le temps de manger » ; or, la nourriture est un besoin fondamental qui doit être satisfait.

3. Cette fatigue appelle le repos. Jésus, le « bon-beau pasteur » (Jn 10,14), le pasteur plein de bonté, invite lui-même les apôtres à se reposer après l’effort : « Reposez-vous [anapausasthé] ».

4. Cette détente relève aussi de la responsabilité des apôtres : les « brebis » ne cessant d’aller et venir, elles ne peuvent savoir que les apôtres n’ont pas mangé ni ne se sont reposés.

5. Le repos des apôtres n’est pas dicté par les besoins des personnes dont ils ont la charge, mais par leurs propres besoins. En effet, Jésus leur demande de venir « à l’écart dans un lieu désert [érèmon] » et non pas de profiter d’une pause — de fait, inexistante — dans les allées et venues ; le Maître décide donc de ne pas répondre à toutes les demandes, si importantes et urgentes soient-elles. Ainsi, les apôtres ne doivent pas attendre pour se reposer, ni que leurs brebis leur donnent le droit d’aller se reposer, ni que le travail pastoral (en fait infini) soit achevé. Ce point est peut-être le plus riche d’enseignement.

6. Le repos n’est pas la prière ou toute activité spirituelle. Le passage distingue soigneusement le moment où les apôtres sont rassemblés « auprès de Jésus », lui parlent (v. 30), ce qui est le propre de la prière, et ce moment de solitude, « à l’écart », qui est significatif des coordonnées spatio-temporelles du repos. Notre monde a confondu loisir (qui est temps gratuit, notamment avec Dieu) et détente (qui est un temps nécessaire pour recomposer les forces après l’inévitable fatigue)25.

7. Si cette détente est exigée, elle est aussi mesurée : « Reposez-vous un peu [oligon]. » L’eutrapélie26, cette vertu annexe de la vertu cardinale de tempérance qui est la disposition à gérer notre détente, s’exerce dans un juste milieu entre le défaut (l’absence de repos ou activisme) et l’excès (qui est un symptôme de la paresse).

8. Jésus invite ses apôtres à se reposer pour une raison morale, mais aussi pour une raison théologale : laisser l’Esprit Saint achever ce que l’apôtre a commencé avec Lui et par Lui. La juste attitude vis-à-vis de la fatigue, qui conjure autant le BO que la paresse, est donc trinitaire : l’abandon est l’œuvre de l’Esprit qui rend docile et « tout enseignable » ; le don de soi configure le missionnaire au Christ qui l’a aimé et s’est livré pour lui ; la réception qui recharge l’apôtre le replace face à « l’Amour dans la source », c’est-à-dire « la charité du Père27 ».

3 Un exemple du Christ sur le BO

Si le précédent logion montre comment le Pasteur se comporte vis-à-vis de la fatigue de ses disciples, un autre passage des Évangiles met en scène son attitude à l’égard de sa propre lassitude :

Jésus, fatigué par la marche, s’était assis au bord du puits. C’était environ la sixième heure [midi].

(Jn 4,6)

Une fois, une seule fois, il est dit que Jésus fut las. Mais cet unique exemple suffit pour que, à ses apôtres et à tous ses amis, il apprenne à éviter l’épuisement non plus par ses paroles, mais par ses actes et son propre « exemple » (Jn 13,15). Nous inspirant de la superbe analyse-méditation de Jean-Louis Chrétien28, qui elle-même s’abreuve à de multiples sources, notamment patristiques, nous distinguerons trois sortes de fatigue et les symboliserons par les moments de la journée.

La fatigue du soir caractérise celui qui ne se repose qu’au terme d’une journée interminable, alors que les signaux de harassement se sont allumés depuis longtemps : d’abord affine du stress aigu, puis chronique, elle prépare au BO.

Inversement, la fatigue du matin notifie celui qui se lève déjà fatigué, voire ne se lève pas de crainte de l’être, et dont le harassement ira parfois en s’amenuisant dans la journée. Une telle lassitude présente différentes origines : maladive, elle peut relever de la dépression, voire du BO lorsqu’il est installé29 ; morale, elle doit évoquer l’acédie ou la paresse.

Enfin, la fatigue de midi symbolise la juste30 lassitude de celui qui, après un travail conséquent le matin, sait reprendre souffle, prendre le repos dont il a besoin, pour repartir l’après-midi. Cette fatigue a saisi le Dieu inlassable venu dans notre chair, qui, à la sixième heure, a pris le temps de s’asseoir sur la margelle du puits, alors que les blés de la moisson sont mûrs et attendent le moissonneur. Juste milieu entre la complaisance paresseuse ou dépressive du fatigué du matin, et l’activisme orgueilleux de l’éreinté du soir, le geste physique par lequel, à l’écoute de ses propres besoins, Jésus s’assoit pour reconstituer ses réserves, atteste un vertueux amour de lui-même en vue de l’amour « extrême » (Jn 13,1) auquel il est appelé.

IV Quelques moyens

Ce que les textes bibliques nous donnent à contempler, ils nous incitent à l’incarner dans le vif de nos existences par la grâce et la vertu. Les ouvrages et les articles relatifs au BO offrent un certain nombre de moyens ; je me limiterai ici à des conseils que j’organiserai selon la dynamique ternaire du don, déployé dans le précédent article : recevoir, s’approprier et se donner.

1 Connaître et reconnaître

Se recevoir, c’est d’abord savoir. Nos capacités sont limitées, la fatigue peut aller jusqu’à l’épuisement, c’est-à-dire jusqu’à l’épuisement des réserves31. Un matin, Freudenberger fut incapable de se lever. La personne jeune, la personne généreuse, la personne dynamique, la personne immature (qui confond encore ce qu’elle désire faire et ce qu’elle peut faire) tombent plus aisément dans l’illusion du non-limite, et donc de la toute-puissance. Un chameau peut jeûner de nourriture et d’eau pendant une journée ; il lui suffira de quelques jours pour refaire ses forces. Il peut aussi, beaucoup plus radicalement, s’abstenir de tout aliment, solide et liquide, pendant cinq jours ; il perdra alors un tiers de son poids ; surtout, il lui faudra six mois pour reconstituer son stock32…

Une chose est de connaître le trisymptôme du BO en soi, autre chose est de savoir le re-connaître chez soi. Voilà pourquoi certains proposent des méthodes d’auto-évaluation concrète33. Une partie des symptômes étant d’ordre affectif, cette prise de conscience suppose que nous soyons connectés avec ce que nous ressentons, et donc que nous développions notre intelligence émotionnelle34. L’une des difficultés à prévenir le BO vient aussi de ce qu’il ne s’installe jamais subitement, mais toujours progressivement et à bas bruit : il « provient d’inadaptations [misfits] continues, rarement reconnaissables, et pour la plupart déniées entre les caractéristiques de la personne et celles de son environnement ». Aussi Etzion parle-t-il d’« un processus lent et caché d’érosion psychique [a slow and hidden process of psychological erosion]35 ».

2 Accepter ses limites

Recevoir avant de donner, c’est accepter d’être une créature, donc consentir à ses limites. « Parfois, j’oublie que moi aussi je suis fait de chair et d’os », avoue un jeune prêtre. « Je me sens incapable de me donner des limites, parce que c’est comme si je devais exiger d’outrepasser mes possibilités réelles36. » Cette acceptation peut aller jusqu’à s’incarner dans le refus mûri (et non pas réactif) d’une nouvelle charge : c’est ainsi qu’Enzo Bianchi parle d’une « “spiritualité du dire non” pour pouvoir dire un oui plus grand et important37 ».

Le consentement à la limite se concrétise tout particulièrement dans le respect des rythmes naturels en général38 et du temps de sommeil en particulier39. Dans un beau chapitre de son Traité de l’amour de Dieu intitulé « L’incomparable amour de la Mère de Dieu, Notre Dame », l’évêque de Genève décrit son exemplarité jusque dans des actes aussi élémentaires et concrets que le repos et le sommeil : voulus par Dieu, ils peuvent être vécus comme des actes de charité, et donc transformés en amour. La Vierge Marie

ne s’endormait jamais que d’amour puisqu’elle ne donnait aucun repos à son précieux corps que pour le revigorer, afin qu’il servît mieux son Dieu par après ; acte, certes, très excellent de charité, car, comme dit le grand saint Augustin, elle nous « oblige d’aimer nos corps convenablement », en tant qu’ils sont requis aux bonnes œuvres, qu’ils sont une partie de notre personne et qu’ils seront participants de la félicité éternelle (…). Certes, le chrétien doit aimer son corps comme une image vivante de celui du Sauveur incarné, comme issue de même tige avec lui, et, par conséquent, lui appartenant en parentage et consanguinité40.

3 Recevoir avant de donner

Se recevoir, enfin, c’est apprendre et réapprendre ce que Vincent Laupies appelle la « priorité du recevoir sur le donner41 ». Mais « l’être humain a bien plus peur du don reçu que du don donné ». Cette incapacité à recevoir un don tient à trois mécanismes : la méconnaissance du manque ; « la reconnaissance de l’existence, en dehors de soi, d’une source de dons pour soi », par exemple celui qui m’a donné la vie ; « l’illusion de pouvoir combler l’autre ». Je ne suis l’origine ni de moi ni de l’autre42.

Pour autant — et cette précision manque aux développements du psychiatre lyonnais —, la priorité du recevoir sur le donner est chronologique et non pas ontologique, ou du moins fondatrice et pas perfective : « l’homme se trouve » non pas dans la réception, mais « dans le don sincère de lui-même43 ». Voilà pourquoi « Heureux le donner davantage que le recevoir » (Ac 20,35)44. Cela vaut aussi de la charité dont l’acte propre consiste à aimer plus qu’à être aimé45.

4 S’approprier

Recevoir ne suffit pas. Encore faut-il aussi garder ce qui est donné et l’approprier. Notamment nourrir le besoin de reconnaissance. Les évêques allemands ont écrit avec lucidité : « Quand, à cause du manque de succès, sont moins présentes les reconnaissances dont tout homme a besoin, il y a le risque que les confrères tombent spirituellement malades et cherchent une affirmation d’eux-mêmes dans des activités qui sont très éloignées de leur devoir46. »

S’approprier le don, c’est aussi avoir cure de soi. « Veiller sur soi-même, avoir soin de soi-même, est une condition nécessaire pour la qualité du ministère et la fidélité à celui-ci47 ». Ce point est d’autant plus important que, célibataire, le prêtre ne peut compter sur le regard quotidien d’un proche.

L’article précédent a rappelé l’image de la vasque, chère à saint Bernard : le prêtre doit veiller à ce que sa vasque soit toujours assez remplie, afin qu’il donne aux autres par surabondance, et ne leur donne point ce qui lui est réservé en propre — certes, le temps qu’il doit consacrer à la préparation de son homélie dominicale, mais aussi celui qu’il lui faut réserver au sommeil et à son repos, par exemple hebdomadaire (sauf exceptions qui ne doivent pas devenir une règle).

« Te consacres-tu au soin des âmes ? », se demandait l’archevêque de Milan, saint Charles Borromée. Et il répondait ainsi dans un discours aux prêtres : « Ne néglige pas pour cela le soin de toi-même et ne te donne pas aux autres au point qu’il ne reste rien de toi et rien pour toi. Tu dois sans doute te souvenir des âmes dont tu es le pasteur, mais ne t’oublie pas toi-même48 ».

5 Préserver l’idéal du don de soi

Enfin et surtout, le prêtre doit être attentif à la manière dont il se donne. En premier lieu, il lui faut conserver jalousement la hauteur de son idéal sacerdotal de don de soi à l’image du Christ49. Certes, la réalité est rarement, très rarement adéquate à ce modèle. Par exemple, « le stress fait partie du prix à payer pour être disciples50 » ; de même, un ministère sans échec est une utopie. Les déceptions à l’égard de notre idéal ne doivent pourtant pas rabaisser celui-ci, mais seulement notre orgueil. Si un prêtre perd de vue la raison d’être de son don de soi, cette « crise de sens, de finalité (…) doit être analysée et traitée51 ».

Comment combiner idéal et réalisme ? Dans une étude effectuée auprès d’un groupe de prêtres catholiques anglais, Leslie J. Francis et son équipe ont découvert que chez eux se mêlaient des vécus émotionnels positifs de satisfaction et d’autoréalisation, et négatifs de fatigue et de retrait émotionnel, notamment à cause de la surcharge de travail. Ces auteurs en tiraient la conclusion que l’idéal de générosité apostolique coexistait naturellement et normalement avec la frustration d’être défaillant52. Consentir à ce mélange, qui n’est pas impureté, mais imperfection, est l’un des plus sûrs critères de la maturité humaine, que n’annule certes pas la sainteté.

6 Veiller à la pureté du don

« Toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (Mt 6,3-4). Le prêtre veillera ensuite à la pureté du don de lui-même. La pureté est l’absence de mélange. Un don pur est par conséquent un don dénué de retour sur soi, notamment d’une attente de réponse. Avec le refus de recevoir, Vincent Laupies voit dans cette attente les deux causes de la blessure du don. La valeur du don ne peut se mesurer à la gratitude ni même aux fruits immédiatement visibles. « Plus l’actif s’attend à un feedback positif pour se rassurer sur le travail qu’il a accompli, plus est élevé le risque qu’il éprouve une profonde frustration53 ».

Des études systématiques ont passé en revue les motivations secrètement égoïstes qui pouvaient conduire des actions apparemment altruistes. C. Daniel Batson et son équipe du Kansas ont montré que les grandes motivations égoïstes sont au nombre de trois : éviter la souffrance de la culpabilité, éviter celle de la compassion (l’étymologie cum-patiri signifie « souffrir avec »), obtenir une récompense54. En ce sens, il cite l’exemple d’un agent pastoral qui voit un jeune homme qui se lamente, se sent mal de le voir ainsi en souffrance et le secourt pour atténuer ce mal-être personnel55.

Voici une liste non exhaustive de motivations narcissiques parmi les plus fréquentes :

  • chercher à être reconnu comme quelqu’un de généreux ;

  • coller à (être à la hauteur de) l’attente de l’autre, des paroissiens, du curé, d’un modèle intériorisé ;

  • réparer parce que nous nous sentons en faute de ne pas avoir secouru l’autre ;

  • craindre d’être critiqué pour notre manque d’altruisme ;

  • combler le besoin de l’autre parce qu’il renvoie à notre propre manque qui est insupportable ;

  • éviter le désagrément de nous sentir égoïste ou inutile ;

  • réparer un acte précédent qui, lui, a manqué de générosité.

7 Se donner avec discernement

Enfin, dans un texte mentionné plus haut, Jean-Paul ii affirme : « Le prêtre vit dans un climat de constante disponibilité pour se laisser saisir, ou pour se laisser ‘manger’ a-t-on pu dire, par les nécessités et les exigences du troupeau ». Or, il est révélateur que la citation continue ainsi : « … qui doivent être raisonnables ; elles devront parfois faire l’objet d’un discernement et être soumises à vérification. » Est-ce à dire que la vie du prêtre serait un subtil dosage d’altruisme et d’égoïsme ? Là encore, la suite du texte nous montre que la logique de fond est bien celle de la générosité première : « … mais il est indéniable que la vie du prêtre est totalement remplie par la faim d’Évangile, de foi, d’espérance et d’amour de Dieu et de son mystère56. » Ainsi, il ne s’agit pas de juxtaposer don de soi et repos (même s’il en est ainsi dans la gestion de l’agenda), mais d’inscrire le second dans le premier, de finaliser le souci de soi par le service de l’autre57.

La commission américaine sur la vie des prêtres remarque :

Ce n’est pas la quantité de travail qui est à l’origine du stress (même s’il y a bien sûr une limite au-delà de laquelle le travail cause du stress). Même un travail fatigant peut être plein de sens et source de grande satisfaction et de félicité. Ce qui cause du stress est bien plutôt l’attitude avec laquelle on approche le travail. Si c’est une attitude de confusion, d’anxiété, de défaitisme ou de rancœur, le travail deviendra inévitablement source de grave stress58.

8 Les remèdes institutionnels

Si les études sur le BO accordent une place à mon sens trop importante aux facteurs (et donc aux remèdes) institutionnels, il ne faudrait pas, en sens inverse, négliger la part liée à l’institution. Un prêtre, un religieux, un agent pastoral qui tombent en BO doivent conduire l’institution (le diocèse, la province religieuse, la paroisse, la communauté) à s’interroger sur sa part de responsabilité et la mise en place de moyens prophylactiques — qui ne pourront jamais se substituer à la libre responsabilité de la personne.

L’accompagnement, par exemple la supervision, est un bon moyen — parmi d’autres — de prévention du BO. Le diocèse de Bruges a mis en place un tel accompagnement. Lorsqu’un nouvel agent pastoral débute dans une institution du diocèse, il bénéficie de l’aide d’un accompagnateur. Pendant les six premiers mois (durée habituelle du contrat à l’essai), celui-ci vient le voir trois fois. Pendant ce mentoring, le candidat parle avant tout de son adaptation à son travail, à l’institution et au groupe des agents pastoraux. Après la signature du contrat définitif, l’agent continue à être suivi par un superviseur individuel du diocèse : dix sessions, étalées sur un an lui permettent de rendre compte de son expérience pratique ; alors, l’agent peut se joindre à un groupe d’intervision ou de supervision, pendant au moins deux ans, à raison de cinq réunions par an ; etc.59

V Recette pour le BO d’un prêtre

Je conclurai en appliquant à un jeune prêtre (l’application vaut aussi, mutatis mutandis, pour un religieux, un diacre, un agent pastoral) une « recette » proposée « pour obtenir un bon BO d’un jeune médecin60 » :

1. Prenez un jeune prêtre fraîchement sorti du séminaire.

2. Attribuez-lui une personnalité énergique, généreuse et douée, voire charismatique.

3. Remplissez-lui le cœur d’un idéal élevé, à la suite du Christ.

4. Arrangez-vous pour qu’il soit, à son insu, habité par un important besoin de reconnaissance ; si vous pouvez ajouter des rêves que ses pauvres parents n’ont pu réaliser, ce sera encore mieux.

5. Placez-le dans une grande marmite (une importante paroisse en ville ou, mieux, une vaste zone rurale fera l’affaire). Qu’il en devienne très vite curé.

6. Nommez-le vite à des responsabilités variées et que son évêque ou son vicaire général l’admire et lui confie de nouvelles charges sans alléger les anciennes. S’il pouvait devenir vicaire épiscopal après quelques années, ce serait idéal.

7. Isolez-le pour éviter qu’il bénéficie de l’aide de ses confrères, voire qu’il croie être le plus capable de faire tout tout seul, bref, qu’il développe le sentiment d’être indispensable.

8. Veillez à ce qu’il n’ait pas d’amis authentiques avec qui il vive des moments de détente gratuite, pas d’écoute compatissante et inconditionnelle, que son père spirituel soit loin et peu disponible.

9. Soyez attentif à ce qu’il grignote progressivement son jour hebdomadaire de détente, et qu’il passe son mois annuel de repos à sillonner la région ou le pays de camps scouts en pèlerinages : c’est bien connu, le grand air et le changement d’activités repose.

10. S’il ressent une grande fatigue, de la tristesse malgré son dévouement, qu’il se culpabilise de se regarder et qu’il se donne encore plus.

11. Évitez qu’il soit remercié ou gratifié pour son ministère. Et s’il a beaucoup de retours positifs, qu’il en manque soudain ou qu’une injustice réelle occupe tout son champ de conscience, remplaçant la joie par une amertume à bas bruit et la louange par le murmure.

12. Ajoutez une défiance à l’égard de la psychologie et des psychologues, de la connaissance de soi, notamment de ses émotions et de ses besoins, et l’assurance qu’une vie spirituelle fidèle pourvoit à tout.

13. Laissez-le mijoter quelques années.

Désormais, le BO est prêt à servir…

Ajoutons qu’il n’est jamais une fatalité : « La charge ecclésiastique la plus lourde, celle de l’évêque de Rome, ne semble pas conduire ses titulaires au BO61 »…

Bibliographie

  • Le BO des prêtres, des religieux et, plus généralement, celui des agents engagés en pastorale, a été analysé de près depuis longtemps — avec62 ou sans le nom63 —, dans le monde anglo-saxon (de pair avec l’épuisement des pasteurs dans les communautés chrétiennes issues de la Réforme) — américain64, anglais et gallois65, irlandais66 —, auquel on peut joindre la Hollande67, l’Allemagne68 ou l’Inde69. Si un certain nombre d’études lui sont aussi consacrées en italien (voir les références au fil de l’article), l’épuisement « professionnel » n’a pas encore bénéficié de l’attention qu’il mérite en France et dans le milieu francophone : hors l’article désormais ancien de T. Anatrella70, une exception notable est un numéro récent de la revue Lumen vitae71 ainsi que l’unique thèse, mais aussi l’unique travail scientifique, portant sur le BO des prêtres (et plus généralement, à ce que je sais, des travailleurs) en Afrique72.

  • Les recherches portent sur l’importance du BO et des syndromes voisins comme la dépression73, son pronostic74, sa symptomatologie paradoxale75, les facteurs favorisant — en général76, ou en particulier, comme l’activisme (par exemple chez les jésuites77), les crises78, le changement de mission79, les frustrations et insatisfactions80, l’âge81, en particulier le début du ministère82 —, les effets — comme l’alcoolisme83 ou le désordre sexuel84 —, les sujets — les prêtres séculiers85, les religieux86 (notamment les supérieurs87) ou les agents pastoraux88 —, et les voies du remède — de manière générale, la spiritualité89, le renouvellement spirituel personnel et l’aide90, en particulier, la charité bien ordonnée91, la prière92, voire les animaux de compagnie93.

Notes de bas de page

  • 1 « El alma que anda en amor, ni cansa, ni se cansa » (San Juan de la Cruz, Obras, Madrid, BAC, 1973, p. 422 ; trad. fr. Mère Marie du Saint-Sacrement, « Avis et sentences spirituelles. Paroles de lumière et d’amour » 95, dans Œuvres complètes, Paris, Cerf, 1990, p. 280).

  • 2 P. Ide, « Le burn-out : une maladie du don ? », NRT 137 (2015), p. 256-277.

  • 3 Voir bibliographie en fin d’article.

  • 4 Cf. P. Barzon, M. Caltabiono, G. Ronzoni, « Il burnout tra i preti di una diocesi italiana », Orientamenti Pedagogici 53 (2006), p. 313-335. Excellente synthèse dans G. Mucci, « Il burnout tra i preti », La Civiltà Cattolica 3774 (15 sep. 2007), p. 473-479. Une présentation résumée se trouve aussi dans G. Ronzoni, « Causes structurelles du burn-out dans le ministère presbytéral », Lumen vitae 68 (2013), p. 245-259. Ce numéro est consacré au BO et à l’épuisement des agents pastoraux.

  • 5 G. Mucci, « Il burnout tra i preti », La Civiltà Cattolica 3774 (15 sep. 2007), p. 473.

  • 6 Cf. G. Ronzoni, « Preti “bruciati” », Aggiornamenti Pastorali 2 (2007), p. 8-21.

  • 7 Cf. C. Maslach, M.P. Leiter, Burn out. Le syndrome d’épuisement professionnel, trad. V. Gourdon, Paris, Les Arènes, 2011.

  • 8 <http://www.pastorburnout.com/pastor-burnout-statistics.html>, consulté le 17 fév. 2015.

  • 9 W.B. Schaufeli, D. Enzmann, The Burnout Companion to Study and Practice. A Critical Analysis, London, Taylor, Francis, 19982, p. 35-36. C’est moi qui souligne.

  • 10 Cf., notamment, M. Chmakoff, Le divin et le divan. Petits écueils ordinaires de la foi, Paris, Salvator, 2009.

  • 11 Cf. G.L. Calhuon, J.G. Calhuon, « Occupational stress. Implications for hospitals », dans H. Selye (éd.), Selye’s guide to stress research, iii, New York, Van Nostrand Reinhold, 1983, p. 99-110, ici p. 100. Il s’ajoute ici un autre facteur, plus accidentel, mais réel : un engagement auprès des personnes doublé d’une faible activité physique rend plus sensible au stress et à la difficulté d’adaptation (Cf. C.L. Cooper, J. Marshall, « Occupational sources of stress. A review of the literature relating to coronary heart disease and mental ill health », Journal of Occupational Psychology 49, 1976, p. 11-28, ici p. 17).

  • 12 Voici, par exemple, les dernières lignes de l’ultime lettre que St Jean-Marie Vianney a envoyée à son évêque, Mgr Pierre-Henri Gérault de Langalerie : « Votre Grandeur trouvera bon que j’aille passer quelque temps chez mes parents. Vu mes infirmités et mon âge, je veux dire adieu à Ars pour toujours (…). Vianney, pauvre malheureux prêtre » (ce passage est cité par Mgr R. Fourrey, Le Curé d’Ars authentique, Paris, Fayard, 1964, p. 515. Je remercie Mgr Guy Bagnard pour cette référence).

  • 13 Gaudium et spes 24, 3. Avec « le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné » (Gaudium et spes 22, 1), c’est la parole du Concile que le pape polonais cite le plus souvent. Cf. P. Ide, « Une théologie du don. Les occurrences de Gaudium et spes 24, 3 chez Jean-Paul ii », Anthropotes 17/1 (2001), p. 151-180 et 17/2 (2001), p. 129-163. Voir également notre précédente étude, NRT 137 (2015), n. 57.

  • 14 Cf. Jean-Paul ii, Familiaris consortio 11 ; Christifideles laici 40.

  • 15 Id., Pastores dabo vobis 22, 3 ; 28, 6.

  • 16 Cf. L. Pinkus, Autorealizzazione e disadattamento nella vita religiosa, Roma, Borla, 1991, p. 154-160. Le jésuite E. Pin affirme que le pasteur vit d’un don continu aux autres, répondant à tout ce que les personnes lui demandent (« Professionalizzazione del sacerdozio e originalità del messaggio », dans V. Merinas (éd.), Dossier sulla declericalizzazione, Torino, Gribaudi, 1969, p. 45-53, ici p. 48).

  • 17 S. Daniel et M. Rogers, « Burn-out and the pastorate. A critical review with implications for pastors », Journal of Psychology and Theology 9/3 (1981), p. 232-249, ici p. 244.

  • 18 Cf. P. Chalfant, P. Heller, « The clergy as a resource for those encountering psychologial distress », Review of Religious Research, 31/3 (1990), p. 305-313, ici p. 312.

  • 19 R.P. Vaughan, « The experience of crisis », Review for Religious 11/1 (1983), p. 3.

  • 20 M. Bocquet, Père Mateo, l’apôtre mondial du Sacré-Cœur, Paris, Téqui, 19632, p. 80.

  • 21 Ibid., p. 80-81 ; cf. p. 81s.

  • 22 The Bishops’ Committee on Priestly Life and Ministry, The Priest and Stress, Washington (DC), United States Catholic Conference, 1982, p. 10.

  • 23 On aurait aussi pu faire appel à d’autres passages de l’Ancien Testament, comme l’expérience que, après une période d’intense activité, Élie fait de sa propre « misère » (hével) et du désespoir (Cf. 1 R 19,1-4) ou celle de Jonas, lors de ses revendications et de son cynisme après la conversion de Ninive (Jon 4).

  • 24 Cf. le commentaire de Mgr B. Forte, « Presentazione », dans G. Crea, Agio e disagio nel servizio pastorale, Bologne, EDB, 2010, p. 7s.

  • 25 Sur cette importante distinction, Cf. J. Pieper, Le loisir, fondement de la culture, trad. P. Blanc, coll. Josef Pieper, Genève, Ad Solem, 2007. Cf. aussi Code de Droit canonique, cc. 1246 et 1247.

  • 26 Cf. Thomas d’Aquin, ST II-II, q. 168, notamment l’a. 2. Cf. P. Ide, « Travail, détente, repos. Et si on goûtait au vrai repos ? », Il est vivant ! 306 (juil.-août 2013), p. 16-23.

  • 27 Vatican II, Ad gentes 2.

  • 28 Cf. J.-L. Chrétien, De la fatigue, coll. Philosophie, Paris, Minuit, 1996. Cf. la synthèse dans P. Ide, Le corps à cœur. Essai sur le corps, coll. Enjeux, Versailles, Saint-Paul, 1996, 4e partie, chap. 3 : « L’humilité du corps ou le corps fatigué ».

  • 29 Voir l’exemple de Freudenberger raconté dans le premier volet de notre étude, « Le burn-out, une maladie du don ? » (cité n. 2), p. 261.

  • 30 « Juste » s’entend du juste milieu vertueux, ici symbolisé par le moment médian de la journée, entre matin et soir.

  • 31 J. Scherrer, La fatigue, Que sais-je ? 733, Paris, PUF, 1989, p. 101.

  • 32 Je n’ai pas trouvé de spécialiste des camélidés qui confirme ou infirme ces faits que je tiens de Touareg.

  • 33 W.N. Grosch et D.C. Olsen, « Prevention: Avoiding burnout », dans M.B. Sussman (éd.), A Perilous Calling. The Hazards of Psychotherapy Practice, Oxford, John Wiley, Sons, 1995, p. 275-287.

  • 34 Cf. D. Goleman, Emotional Intelligence, New York, Bantam Books, 1995 (L’intelligence émotionnelle. Comment transformer ses émotions en intelligence, trad. T. Piélat, Paris, Robert Laffont, 1997).

  • 35 D. Etzion, Burnout: The hidden agenda of human distress, iibr series in Organizational Behavior and Human Resources, Working paper 930/87, The Israel Institute of Business Research, Faculty of Management, Tel Aviv University, Israel, 1987, p. 16-17.

  • 36 Rapporté par G. Crea, Stress e burnout negli operatori pastorali. Una ricerca tra i missionari, Bologna, Editrice Missionaria Italiana, 1994, p. 142.

  • 37 E. Bianchi, Ai presbiteri, Magnano, Qiqajon, 2004, p. 73.

  • 38 Cf. Y. de Andia, La Voie et le Voyageur. Essai d’anthropologie de la vie spirituelle, coll. Théologies, Paris, Cerf, 2012, p. 575-599.

  • 39 Cf. C. Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu, dans Œuvres poétiques complètes, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris, Gallimard, 1957, p. 655-670.

  • 40 François de Sales, Traité de l’amour de Dieu, coll. Livre de vie, Paris, Seuil, 1996, L. iii, chap. 8.

  • 41 V. Laupies, Donner sans blesser, Paris, éd. de l’Emmanuel, 2004 p. 15.

  • 42 Ibid., p. 21-22.

  • 43 En ce sens, ni l’approche philosophique ni l’approche scripturaire ne symétrisent don et réception, contrairement à ce qu’affirme G. Comeau, Peut-on donner sans condition ?, Paris, Bayard, 2010.

  • 44 Sur ce macarisme, cf. la suggestive analyse de M. Rastoin, « Le don au cœur de la compréhension lucanienne de l’Évangile (Ac 20,35) », RTL 42 (2011), p. 408-424, ici p. 421-423.

  • 45 Cf. Thomas d’Aquin, ST II-II, q. 27, a. 1 : « Le propre de la charité est-il plutôt d’être aimé, ou d’aimer ? »

  • 46 Vescovi tedeschi, « Il servizio sacerdotale », Il Regno Documenti 5 (1993), p. 164-175, ici p. 165.

  • 47 E. Bianchi, Ai presbiteri (cité n. 37), p. 66.

  • 48 Cité par Jean-Paul ii, Pastores dabo vobis 72, 4.

  • 49 Sur ce sujet, on ne saurait assez recommander l’une des rares études faites sur le devenir de l’idéal, ici chez les religieux : L. M. Rulla, Antropologia della vocazione cristiana. i. Basi interdisciplinari, Casale Monferrato, Piemme, 1986 ; L. M. Rulla, F. Imoda et J. Ridick, Antropologia della vocazione cristiana. ii. Conferme esistenziali, Casale Monferrato, Piemme, 1986. Un bref résumé se trouve dans le petit ouvrage écrit en français de F. Imoda, La hauteur, la largeur et la profondeur… (Ep 3,18). Exercices spirituels et Psychologie, Cahiers de spiritualité ignatienne 31 (1992), p. 37-46.

  • 50 The Bishops’ Committee on Priestly Life and Ministry, The Priest and Stress, Washington (DC), United States Catholic Conference, 1982, p. 34.

  • 51 G. Ronzoni (éd.), Ardere, non bruciarsi. Studio sul « burnout » tra il clero diocesano, Padova, EMP, 2008, p. 44.

  • 52 L.J. Francis, S.H. Louden, C.F.J. Rutledge, « Burnout among Roman Catholic parochial clergy in England and Wales: Myth or reality? », Review of Religious Research 46 (2004), p. 5-19.

  • 53 L. Ghidori, « Il burn-out nei servizi geriatrici », dans G. Contessa (éd.), L’operatore cortocircuitato, Milano, clup, 1987, p. 89-109, ici p. 100.

  • 54 Tout en montrant systématiquement dans de nombreuses enquêtes qu’elles n’expliquent pas les actes altruistes (Cf. L. Ghidori, ibid., p. 89-109, n. 134).

  • 55 Cf. C.D. Batson et al., « Religious prosocial motivation : is it altruistic or egoistic? », Journal of Personality and Social Psychology 57/5 (1989), p. 873-884, ici p. 874.

  • 56 Jean-Paul II, Pastores dabo vobis 28, 6. C’est moi qui souligne.

  • 57 Un texte de la Congrégation qui, autrefois, avait en charge la formation dans les Séminaires, va dans le même sens. Il incite d’abord le prêtre à vivre de manière « oblative », soulignant ainsi sa « capacité de don de soi et d’amour altruiste ». Mais il ajoute que cette capacité doit se réaliser « selon une mesure adéquate [in misura adeguata] » (Sacra Congregazione per l’Educazione Cattolica, Orientamenti educativi per la formazione al celibato sacerdotale, 11 avr. 1974, n. 22).

  • 58 The Bishops’ Committee on Priestly Life and Ministry, The Priest and Stress (cité n. 50), p. 17.

  • 59 Cf. le guide donné aux agents : J. Stevens, E. Herrebosch, A. Vandehoeck, Praktijkbegeleiding van pastores. Met het oog op kwaliteit van werk en leven, Anvers, Halewijn, 2006.

  • 60 H. O’Neil, L’actualité médicale, 29 janvier 1986, cité par M. Delbrouck, avec la collab. de P. Vénara, F. Goulet et R. Ladouceur, Comment traiter le burn-out. Principes de prise en charge du syndrome d’épuisement professionnel, Bruxelles, De Boeck, 2011, p. 190-191.

  • 61 M. Salamolard, « La santé pastorale à l’école des papes. Jean-Paul, Benoît, François : pas de burn-out », Lumen vitae 68 (2013), p. 339-351, ici p. 339.

  • 62 Par exemple, J. Gill, « Burnout. A growing threat in ministry », Human Development 1/2 (1980), p. 21-27.

  • 63 Parmi les toutes premières études, on peut noter : E.C. Kennedy et al., « Clinical assessment of a profession. Roman Catholic clergymen », Journal of Clinical Psychology 33 (1977), p. 120-128 ; E.C. Kennedy, « Stress in ministry. An overview », Chicago Studies 18/1 (1979), p. 5-16.

  • 64 The Bishops’ Committee on Priestly Life and Ministry, The Priest and Stress, Washington (DC), United States Catholic Conference, 1982.

  • 65 Pour le monde catholique : L.J. Francis, S.H. Louden, C.F.J. Rutledge, « Burnout among Roman Catholic parochial clergy in England and Wales: Myth or reality? », Review of Religious Research 46 (2004), p. 5-19 ; Becket Project, Emotional breakdown of Priests. A Report Into the Occurrence and Causes of Emotional Breakdown Among Catholic Priests in England and Wales. With Recommendations for Prevention and Treatment, Becket Project, 2005. Opuscule de 52 pages sans indication d’auteur.

  • 66 Pour le monde catholique : S. O’Kane, R. Millar, « An investigation into the counselling-type work of Roman Catholic priests. A survey of one diocese in Northern Ireland », British Journal of Guidance, Counselling 29/3 (2001), p. 323-335.

  • 67 W.J. Evers, W. Tomic, « Burnout among Dutch Reformed pastors », Journal of Psychology and Theology 31/4 (2003), p. 329-338.

  • 68 Traduction en français de l’opuscule rédigé par la conférence épiscopale allemande : W. Breuning, K. Hemmerle, Prêtres : vivre plutôt que survivre. Dix priorités pour aujourd’hui, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité, 2009.

  • 69 A. Raj, K.E. Dean, « Burnout and depression among Catholic priests in India », Pastoral Psychology 54/2 (2005), p. 157-171.

  • 70 T. Anatrella, « Vieillissement et perte de confiance des prêtres (ii). Analyse et interprétation », Congrès de l’entraide sacerdotale. Stress et équilibre de vie. À propos du prêtre catholique, Le Supplément 179 (1991), p. 37-71.

  • 71 « Burn-out, épuisement des agents pastoraux », Lumen vitae 68/3 (2013), avec notamment les contributions de G. Ronzoni, « Causes structurelles du burn-out dans le ministère presbytéral », p. 245-259 ; A. Vandehoeck, « Éviter le burn-out. Pour un soutien appuyé aux agents pastoraux dans le secteur des soins de santé et d’aide aux personnes », p. 275-292 ; M. Salamolard, « La santé pastorale à l’école des papes. Jean-Paul, Benoît, François : pas de burn-out », p. 339-351.

  • 72 P. Ky, Le burnout des prêtres du Burkina Faso : une analyse psycho-sociale, Thèse de doctorat, Rome, Université Pontificale Salésienne, 2010.

  • 73 S. Know et al., « Depression and anxiety in Roman Catholic clergy », Pastoral Psychology 50/4 (2002), p. 345-358 ; S. Know et al., « Depression and contributors to vocational satisfaction in Roman Catholic secular clergy », Pastoral Psychology 54/2 (2005), p. 139-155.

  • 74 T.E. Rogerson, R.L. Piedmont, « Assessing the incremental validity of the religious problem-solving scale in the prediction of clergy burnout », Journal for the Scientific study of Religion 37/3 (1998), p. 517-527.

  • 75 L.J. Francis, P. Kaldor, M. Robbins, K. Castle, « Happy but exhausted? Work-related psychological health among clergy », Pastoral Sciences 24/2 (2005), p. 101-120.

  • 76 D. Gish, « Sources of missionary stress », Journal of Psychology and Theology 11 (1983), p. 236-242.

  • 77 A.C. Kammer, « Burnout. A contemporary dilemma for the Jesuit social activist », Studies in the Spirituality of Jesuits 10/1 (1978), p. 1-20.

  • 78 R.P. Vaughan, « The experience of crisis », Review for Religious 11/1 (1983), p. 3-8.

  • 79 J.F. Canary, « Stress in ministry. The experience of changing an assignment », Chicago Studies, 18/1 (1979), p. 87-95.

  • 80 E. Kemery, « Clergy role stress and satisfaction. Role ambiguity isn’t always bad », Pastoral Psychology 54/6 (2006), p. 561-570.

  • 81 K.J. Randall, « Examining the relationship between burnout and age among Anglican clergy in England and Wales », Mental Health. Religion, Culture 10/1 (2007), p. 39-46.

  • 82 M.H. Miner, « Changes in burnout over the first 12 months in ministry. Links with stress and orientation to ministry », Mental Health. Religion, Culture 10/1 (2007), p. 9-16 ; Id., « Burnout in the first year of ministry. Personality and belief style as important predictors », ibid., p. 17-29.

  • 83 A.J. McDonagh, « Alcoholism. A Response to stress in ministry », Chicago Studies 18/1 (1979), p. 69-86.

  • 84 J. Gill, « Stress, sexuality, and ministry », Chicago Studies 18/1 (1979), p. 45-67.

  • 85 G. Ronzoni (éd.), Ardere, non bruciarsi. Studio sul « burnout » tra il clero diocesano, Padova, EMP, 2008.

  • 86 S.G. Virginia, « Burnout and depression among Roman Catholic secular, religious, and monastic clergy », Pastoral Psychology 47 (1998), p. 49-67.

  • 87 N. Brockman, « Burnout in superiors », Review for Religious 37/6 (1978), p. 809-816.

  • 88 G. Crea, Stress e burnout negli operatori pastorali. Una ricerca tra i missionari, Bologna, Editrice Missionaria Italiana, 1994.

  • 89 L.J. Cameli, « Stress in ministry. The response of spirituality », Chicago Studies 18/1 (1979), p. 97-109.

  • 90 D.J. Chandler, « Pastoral burnout and the impact of personal spiritual renewal, rest-talking, and support system practices », Pastoral Psychology 58/3 (2009), p. 273-287.

  • 91 V. Laupies, Donner sans blesser. Approche psychologique de la générosité et du pardon, Paris, L’Emmanuel, 2004, p. 29-32. Tout le livre concerne notre sujet.

  • 92 D. Hassel, « The prayer “more”. Daring intimacy within apostolic work », dans Id. (éd.), Dark intimacy. Hope for Those in Difficult Prayer-Experience, New York, Paulist Press, 1986, p. 53-68.

  • 93 L.J. Francis, D.W. Turton, S.H. Louden, « Dogs, cats and Catholic parochial clergy in England and Wales: exploring the relationship between companion animals and work-related psychological health », Mental Health, Religion and Culture, 10/1 (2007), p. 47-60.

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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