Se insiste hoy en la formación permanente como un remedio contra la crisis de fidelidad en la vida consagrada. ¿Cómo entender los compromisos temporales? El artículo examina los desafíos de la formación inicial, cuando el compromiso definitivo no es tan evidente. Se interroga sobre la posibilidad de admitir a la vida religiosa personas cuyo planteamiento temporal es limitado. La fidelidad religiosa ha de contemplarse a la luz de la misericordia de Dios y de su eucaristía.
Palabras clave. - vida consagrada, votos temporales, consagración perpetua, fidelidad.
Faut-il reprendre à frais nouveaux la question de la formation dans la vie consacrée ? N’a-t-on pas trop parlé de formation, surtout dans la vie religieuse ? Que sert à l’homme ou à la femme d’être formé au début – ce qui veut toujours dire recevoir une forme qui vous réforme –, et de ne plus se régler que sur soi-même ensuite ? On entend beaucoup dire, et c’est par exemple la thèse d’A. Cencini1, que seule la formation permanente importe, que c’est donc sur elle qu’il faut aujourd’hui faire porter tous les efforts. De même en effet que le baptême des petits enfants doit être considéré à partir du baptême des adultes, ainsi, la formation initiale n’est qu’un dérivé, une adaptation, un apprentissage, de la formation qui compte vraiment, celle qui se poursuivra toute la vie. C’est déjà ce que disaient, il y a quelques années, les très stimulantes directives Potissimum institutionis2, relayées par un magnifique petit traité sur la formation, lui aussi largement ignoré, que l’on trouve dans Vita consecrata 65-71. Ce point de vue qui veut que l’âge adulte soit la mesure des apprentissages antérieurs sera également le mien, en écho aux fortes impulsions données par le pape François, au cours de l’année de la vie consacrée (AVC) vers la fin de laquelle nous nous situons.
Un certain nombre de documents forment déjà tout un contexte :
du pape François : Lettre apostolique Témoins de la joie, 21 nov. 2014 ; Allocution Nous, consacrés, audience du 27 nov. 2014 aux membres de la Plenaria de la Civcsva (Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique) ; Message pour la veillée de prière d’ouverture de l’AVC à Sainte-Marie Majeure, 29 nov. 2014 ; Message pour la messe d’ouverture à Saint-Pierre, 30 nov. 2014 ;
de la Civcsva : Réjouissez-vous, lettre circulaire destinée aux consacrés et consacrées, paroles du pape François, 2 fév. 2014 ; Lignes d’orientation pour la gestion des biens des instituts de vie consacrée et des sociétés de vie apostolique, Lettre circulaire, 2 août 2014 ; Lettre Scrutez, 8 sep. 2014. Sont encore annoncées par la Civcsva : deux autres lettres circulaires ; une instruction sur la clôture des moniales ; une révision des directives Mutuae relationes (1978) ; une instruction sur les biens des Instituts.
On peut également lister plusieurs événements au niveau romain : un congrès international d’historiens « Les religieux et le concile Vatican ii » (12-14 nov. 2014) ; une plenaria du dicastère sous le titre « À vin nouveau, outres neuves » (25-29 nov. 2014) ; un colloque œcuménique de religieux de diverses confessions chrétiennes (22-25 jan. 2015) ; un congrès international de formateurs à la vie consacrée (7-11 avril) ; un « laboratoire » spécial pour les jeunes consacrés (23-26 sep.) et, pour finir, la Semaine mondiale de la vie consacrée dans l’unité (24 jan.-2 fév. 2016). À cela s’ajoutent un symposium théologique sur la vie consacrée (28 jan.-1er fév. 2016) et des rencontres spécifiques sur la vie monastique, les instituts séculiers, l’Ordo virginum…
C’est sur le fond de ces mouvements divers que nous allons dans ces pages nous limiter à deux moments délicats de la formation initiale, que l’accent sur la formation permanente permet de redimensionner aujourd’hui. Quel peut être le statut des engagements temporaires généralement pris à la fin du premier temps de la formation (souvent appelé « noviciat ») ? Plus fondamentalement, est-il possible de ne « vivre toujours qu’avec Dieu3 », comme on s’y engage un jour définitivement (par des « vœux » perpétuels ou d’autres manières de s’impliquer pour toujours) ? Nous parlerons souvent en termes de vie religieuse, mais la transposition à d’autres formes de la vie consacrée pourra se faire aisément.
Nous assistons certes, depuis bien des années déjà, à d’affligeants départs, juste avant l’émission des vœux temporaires4 ou aussitôt après. Cette reculade devant l’engagement, ou ce désaveu quasi immédiat d’un engagement à peine pris, ne sont pas l’apanage de la vie consacrée, on les rencontre aussi dans les cheminements du mariage ou de la vocation sacerdotale ; nous en connaissons tous hélas bien des exemples. Fallait-il pour autant, dans la vie consacrée, commencer par s’engager de manière temporaire ?
I Quid des engagements temporaires ?
Après le temps du noviciat s’ouvre en général une période encore marquée par un certain souci de formation (spirituelle, intellectuelle ou doctrinale, liturgique, et surtout communautaire). Un premier pas est franchi, qui peut avoir considérablement remodelé le paysage intérieur, notamment parce qu’on s’est senti arrivé au port, et que l’initiation chrétienne fondamentale s’est opérée (par la fréquentation des sacrements, la liturgie commune, le partage des tâches domestiques et les premiers engagements apostoliques). Mais il se peut que le répit ait été de courte durée, et que de grandes tempêtes se soient levées, parce que, durant le noviciat, on se trouve par définition affronté à une autorité imposée, à une régularité qui fait peu de place aux fantaisies propres, à un cadre dont il est difficile de comprendre le sens ou de ressentir la bonté…
Il reste qu’à un moment qu’on ne peut indéfiniment reculer, une démarche de liberté est attendue : le jeune en formation décide de demander à être reçu aux premiers vœux (dans le cas contraire, il devra partir), et l’institut doit examiner si ce qui est vécu par tous se trouve déjà présent (ou au moins promis) en celui qui se livre ainsi au discernement de sa vocation dans ce lieu. Car on ne juge pas, à proprement parler, de la vocation religieuse du candidat, mais de sa vocation religieuse en ce lieu5. Si ce n’est pas le cas, il sera remis à d’autres intervenants ou d’autres médiations. Il n’en demeure pas moins que, dans l’hypothèse la plus simple (le candidat a opté pour l’institut et sa demande est reçue), ce qui lui est proposé est un engagement temporaire.
Voilà qui laisse émerger d’autres questions auxquelles j’aimerais réfléchir un moment : peut-on s’engager « temporairement » envers Dieu ? Quel sens trouver à la discipline ecclésiale actuelle, qui impose (sauf dans la Compagnie de Jésus) de débuter par des vœux temporaires ? Quel peut être le contenu de promesses faites à Dieu (c’est-à-dire de vœux) pour un temps ? Serait-il possible d’accueillir de manière définitive des personnes qui se destineraient à renouveler périodiquement leur engagement, sans jamais donner pour toujours leur parole ?
1 Peut-on, dans la vie consacrée, s’engager pour un temps seulement ?
D’un certain point de vue, il faut répondre que l’engagement pris envers Dieu ne peut être que définitif – même si on parle d’une durée délimitée dans le temps – parce qu’il y a là une réponse à donner sans retour à un Amour qui s’est livré à nous sans reste. On ne peut donc répondre à l’amour que par l’amour, et, on le sait depuis les Grecs et sûrement depuis Thérèse d’Avila, seul l’amour égale les amants. Mais cette réponse tient justement au fait que l’engagement est « voué », c’est-à-dire posé dans une promesse faite à Dieu, selon la définition canonique6 ; or, dans certains cas, la formule d’engagement ne revient pas à donner sa parole à Dieu, mais à prendre Dieu à témoin d’une promesse faite à un groupe, même ecclésialement constitué.
Comment alors la discipline de l’Église catholique peut-elle imposer que tout vœu de religion soit d’abord un vœu temporaire ? Parce que, répondra-t-on, les vœux temporaires sont une sorte de purification de l’engagement – lequel parfois repose trop sur le dynamisme personnel –, une propédeutique pour le temps du choix définitif, un temps prolongé de discernement qui permet à la liberté d’atteindre sa stature, etc.7.
Notons au passage que l’engagement par vœu daterait du xiie siècle et aurait été introduit par Odon, abbé de Sainte-Geneviève de Paris8. Jusque-là, on connaissait le « propositum » (ou engagement en conscience, depuis Pacôme au moins) ou encore le « pactum » (lien envers l’institut, depuis Fructueux de Braga, vers 650) ; ces types d’engagement ont d’ailleurs subsisté.
Peu de temps après le concile Vatican ii, la situation faillit prendre une autre tournure que dans le Code de 1983 où la discipline antérieure se trouve reconduite. Il s’avérait alors tellement clair que les vœux étaient définitifs en substance qu’il fut permis d’omettre les vœux temporaires, à condition que l’on gardât, via un temps de « promesse », la pédagogie nécessaire au mûrissement de la vocation religieuse9. C’est ainsi que l’instruction Renovationis causam (1969) a rendu possible, ad experimentum, que le premier engagement soit, au choix, ou une promesse faite à l’institut, ou des vœux temporaires (RC 34). La première traduction française du Rituel de la profession religieuse en est le témoin ; et ceux qui ont pratiqué cette faculté sont toujours parmi nous. Mais cette clause d’un choix possible, qui se trouvait encore au canon 58 du projet de Code de 1977, a été supprimée à la demande expresse du pape Jean-Paul ii10.
Il demeure évident aujourd’hui que le vœu impose un engagement entier d’une personne envers la Liberté divine qui l’appelle ; et certes, cette réponse ne peut être que sans retour. Mais alors, comment comprendre que les vœux religieux soient redevenus nécessairement d’abord temporaires ?
2 S’engager temporairement, est-ce encore s’engager ?
Si on devait répondre par la négative à cette question, il faudrait exclure de la vie consacrée toutes ces familles où l’on renouvelle chaque année l’engagement pris, comme c’est le cas dans la Compagnie des Filles de la Charité de saint Vincent de Paul – lesquelles, précisément pour ce motif, ne sont pas des religieuses, mais des membres d’une société de vie apostolique11. Cependant, quand il faut expliquer ailleurs que dans nos cercles restreints, qu’avant de s’engager pour toujours, on se promet d’abord pour une période déterminée, il n’est pas rare de se voir taxer de promouvoir une sorte de mariage à l’essai, ou même de mariage par étapes, comme dans certaines traditions africaines… Ce sens de la foi des fidèles (sensus fidei fidelium) à propos duquel la Commission théologique internationale vient de publier un beau texte12, doit aussi être pesé – car « le peuple chrétien a du flair », commentait le pape François.
a Les faits
D’un autre point de vue, il ne manque pas de familles religieuses d’autrefois et d’aujourd’hui qui sont constituées en fait de plusieurs cercles de personnes. Autour du noyau central des engagés perpétuels gravitent d’autres satellites : chez les Fraternités monastiques de Jérusalem par exemple, se trouvent, auprès des moines et moniales proprement dits (parmi lesquels existent des semi-ermites), des familiers réguliers et des familiers séculiers, sans compter les fraternités laïques qui partagent la même spiritualité, tandis que les fraternités apostoliques portent le même habit que les fraternités monastiques – tous formant la Famille de Jérusalem, quoique relevant d’engagements divers, qui entraînent des droits et des devoirs différents…
Il faudrait également réfléchir aux leçons de l’histoire. Les « donnés » au Moyen Âge ont pu attester pour un temps l’opinion, partagée par les pénitents, béguines et tertiaires, qu’une vie religieuse était possible en conservant un état laïc13. Ils ont ainsi accrédité l’idée qu’on pouvait être religieux au sens large ; c’était en raison d’une ecclésiologie nouvelle, celle des formes sociales en mouvement, à l’opposé de celle des « ordines » immobiles (et fondamentalement indo-européens : les prêtres, les guerriers, les cultivateurs). Mais ces dévôts et « donnés » exprimaient surtout l’utopie médiévale de la conversion totale de la chrétienté à la vie religieuse, qui eût rendu obsolètes moines et chanoines14. Cette voie n’a pas abouti, dès lors que les « donnés » furent absents de l’immense développement des ordres mendiants, pourtant profondément engagés dans la pastorale des laïcs. Ne se trouverait-on pas aujourd’hui devant une autre utopie, celle qui nivelle les spécificités – tous laïcs, plus de religieux ; ou, dans certains cercles, tous religieux, plus de laïcs –, et manifeste dans les deux cas une ecclésiologie indifférenciée et donc bientôt totalitaire ?
b L’objet
Pour en revenir à notre domaine, quel contenu peut-on proposer pour que cette période de transition entre le temps d’initiation (noviciat) et le temps ordinaire (vie professe) ne soit pas comprise comme un dernier obstacle à franchir – pour ceux qui veulent tout réussir –, ou encore une manière de se hâter de pourvoir à toutes les défaillances repérées durant le noviciat mais qu’on n’a pu (ou voulu) affronter ?
Il me semble que le temps du « juniorat » ou du « scolasticat », comme l’on dit parfois, demeure habituellement trop marqué par la période antérieure (il n’est qu’un noviciat prolongé) ou ultérieure (on en fait un temps de vie religieuse tout « ordinaire » – à supposer que cela existe). La situation des jeunes à ce stade de la formation est parfois plus complexe qu’avant, en raison de la multiplicité des intervenants. Jusqu’ici, il y avait le seul maître des novices, à qui, rappelle le Code, est confié le « gouvernement » des novices15. Mais à présent, il faut compter avec une personne chargée du gouvernement personnel et de l’organisation des activités (responsable du juniorat), une autre du gouvernement communautaire (supérieur local), une autre du gouvernement général (supérieur majeur), sans compter l’accompagnateur ou l’accompagnatrice spirituelle s’il y en a, les membres de la communauté où vit le jeune, et la pléiade de personnes à qui l’on demande des cours ou d’autres « formations »… L’obéissance qu’on vient de vouer n’est pas engagée de la même manière à tous ces niveaux, et parfois, n’est pas engagée du tout (par exemple, envers les enseignants, qui ne peuvent requérir qu’une certaine docilité). Peut-être le véritable horizon est-il celui de l’apprentissage d’un « sentir avec l’Église », dont on touche l’universalité à travers le cheminement dans un institut particulier. Car la formation ne vise jamais, finalement, qu’à inscrire chacun dans le combat spirituel de l’Église pour son Dieu, et elle ne peut conduire qu’à reconnaître entre l’amour du Christ et celui de l’Église un même Esprit16, un seul Amour.
Avec la vie d’obéissance, la vie de chasteté et de pauvreté prennent elles aussi de nouvelles « couleurs », de même que la vie communautaire ; on devient « un parmi d’autres »17, « un pour les autres », « un des autres », auxquels le Seigneur nous envoie, nous donne de nous donner, nous demande de nous associer dans un même élan. C’est dire que la communauté elle-même est appelée ici à approfondir sa pratique des vœux (laquelle est, montre Vita consecrata, communautaire aussi bien que personnelle18).
Ainsi, l’engagement temporaire peut être compris, sans jeu de mots, comme un engagement dans le temps de la réalité la plus concrète, celle de la venue de Dieu dans notre histoire, personnelle, communautaire et ecclésiale tout ensemble. Est-ce bien l’essentiel de nos « programmes » de formation, si marqués parfois par des itinéraires de « développement personnel » contre lesquels de sévères mises en garde voient le jour19 ? Mais laissons cela pour l’instant, et poursuivons notre démarche.
3 Serait-il possible de s’engager dans le temps, mais pas pour toujours ?
À supposer qu’il soit sensé de s’engager « dans le temps pour un temps » (ce que je viens d’essayer de montrer), reste la question de savoir si l’on pourrait demeurer dans la vie religieuse sans jamais s’engager à jamais. Il faut répondre ici encore de manière nuancée.
Dans la mesure où l’on vise des manières larges d’appartenir à la vie consacrée, comme c’est le cas dans les cercles excentriques qui gravitent autour du noyau de certains instituts dont j’ai parlé plus haut, pourquoi pas ? À condition qu’il soit clair que l’on se trouve ici devant des accommodations aux personnes, par épikie, pourrait-on dire, des formes qu’en principe (et constitutionnellement), l’institut a reconnues comme les chemins de sa réponse particulière, charismatique, au Christ.
Par ailleurs, l’exemple historique de la Compagnie de Jésus peut continuer d’inspirer. En effet, à la fin du noviciat, les jeunes jésuites prononcent leurs vœux pour toujours, donc, des vœux immédiatement définitifs, n’était la promesse adjointe « d’entrer dans la Compagnie », quand celle-ci, qui les accueille comme scolastiques, acceptera de les recevoir pour toujours en tant que profès des trois ou des quatre vœux (une dizaine d’années plus tard, lorsqu’ils seront admis à prononcer leurs derniers vœux). En fait, il y a quatre manières de relever de la Compagnie : les scolastiques, les frères (coadjuteurs temporels), les prêtres des trois vœux (coadjuteurs spirituels) et les prêtres profès des quatre vœux (la Compagnie professe proprement dite20).
Lors du Synode de 1994 sur la vie consacrée, la proposition avait été émise (mais n’a pas atteint le stade des votes) d’envisager une vie religieuse ad tempus, sur le modèle des monachismes d’Asie (mais là justement où Dieu ne peut pas être compris comme une Liberté personnelle, en dialogue et vis-à-vis de l’homme). Toutes proportions gardées, nous voici en Europe devant une multiplication des engagements éphémères (dans le mariage ou ailleurs) telle qu’on se demande s’il est encore possible, anthropologiquement, de donner sa parole pour toujours (c’est cela, la profession religieuse). J’ai déjà répondu en substance qu’on ne peut que s’engager pour toujours, si Celui qui nous a sauvés en se livrant entièrement et sans retour nous y convie. Notre pauvre confiance se fonde sur sa grâce, c’est trop évident, et avec le temps de la vie qui s’allonge, c’est aussi toujours plus nécessaire.
Mais enfin, pourrait-on insister, ne peut-on en appeler à une anthropologie plus marquée par la miséricorde, comme notre temps semble y inviter ? La Bonté divine elle-même ne nous presse-t-elle pas d’inventer des chemins nouveaux pour les nouvelles physionomies spirituelles qui se manifestent aujourd’hui ? Les règles canoniques ne sont pas immuables, seul l’Évangile demeure ; mais il a toujours pu trouver de nouveaux modes d’expression. Des paradigmes changent, comme on nous le rappelle souvent, mais que veut-on dire, exactement, et jusqu’où est-ce ce que cela est inspiré, ou au moins, inspirant ?
Du côté de la psychologie, il se dit de plus en plus que les psychismes d’aujourd’hui ne sont plus marqués, comme ceux d’hier, par la culpabilité (qui a toujours à voir avec le complexe d’ Œdipe, en termes freudiens) ; on se trouverait de plus en plus, à l’inverse, devant des personnalités narcissiques, peu retenues par des contraintes ou des dogmes, très dynamisées par la souveraineté d’un désir que rien ne borne ni ne cadre – c’est donc un monde de régression vers la mère, plutôt qu’un univers de conflit avec le père. Il faut entendre ce genre de diagnostic, et tous ceux qu’on trouve dans le livre très utile de B. Pottier et D. Struyf, Psychologie et spiritualité, enjeux pastoraux21. On tirera aussi grand profit de petits ouvrages rapportant simplement la doctrine la plus éprouvée des Pères du désert22, qu’il ne faut jamais manquer de fréquenter. Ceux-là ne s’embarrassaient pas de formes canoniquement convenues, ils allaient à l’essentiel du combat des « esprits » et des conditions qui permettent d’y être toujours davantage vainqueur avec le Christ.
Donc, pour en revenir à notre question, il ne faudrait pas exclure qu’une piste de l’avenir soit de pouvoir accueillir, dans la vie religieuse, des personnes dont la saisie temporelle ne permet pas d’aller au-delà d’un horizon limité dans la durée. Les Notes canoniques récentes de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref)23 envisagent déjà, dans l’accueil des candidats, des situations encore inhabituelles il y a peu : l’admission d’un candidat qui a un ou des enfants, d’un divorcé ayant obtenu la reconnaissance canonique de nullité du mariage, d’un divorcé qui ne l’a pas obtenue, la réadmission d’un conjoint, d’un ancien religieux ou d’un séminariste… Nous pensons plutôt ici à ces situations non exceptionnelles de personnes rétives à l’engagement durable : comment leur donner les moyens de s’impliquer le plus entièrement24 ? Je note que le cas existe déjà, en droit canon, lorsqu’il est entendu qu’un religieux qui aurait contracté, par la faute de l’institut, une maladie invalidante et pour ce motif ne pourrait être reçu à la profession suivante, ne peut néanmoins pas être rendu à la vie séculière25 ; il se peut donc que des religieux demeurent membres de l’institut au-delà du temps de validité de leurs vœux.
Par ailleurs, la possibilité que je tâche d’évoquer ne peut constituer une formule standard ; même s’il y avait de nombreux membres vivant ce genre de « modèle », il faudrait qu’ils soient portés, dans un dialogue fraternel et vigoureux, par d’autres engagements pris pour toujours et sans retour. Et il conviendrait de plus qu’il devienne moins aisé d’obtenir une dispense des vœux, temporaires ou non26.
La question qu’on peut encore se poser, c’est de savoir à quelles conditions ce genre d’ouverture peut se réaliser et quels critères mettre en œuvre pour accueillir dans ce genre de statut tel ou tel candidat. Ce serait un autre travail d’y réfléchir. Il ne s’agit pas de s’engouffer dans une brèche qui s’élargirait au point qu’on doive en revenir à des pratiques plus strictes (comme on y fut obligé en retirant les facultés ouvertes par Renovationis causam), mais d’honorer les temps de Dieu et l’ingéniosité de l’Esprit.
a Perspective
La nouveauté ne réside pas là. La vie consacrée présente une image décidément mauvaise depuis deux siècles dans les pays d’ancienne chrétienté27 et ce n’est pas en retournant aux formes du passé, comme c’est la tentation ici et là, que cette représentation pourra s’améliorer, malgré le succès certain mais éphémère de ces « rassurances ». Il faut plutôt nous demander : comment pouvons-nous être si assurés du choix de Dieu que nous travaillions à le voir prendre le temps d’accompagner le temps des hommes ? C’est l’objet même des vœux temporaires. Nous aurons à réfléchir tout de suite à ce que veut dire « vivre avec Dieu pour toujours ». Qu’il suffise de rappeler, pour finir ce point, que la patience de Dieu prend toujours des figures diverses, selon les personnes, et qu’il appartient à l’Église du Christ d’en mesurer les contours. Cette docilité respecte la sagesse immémoriale de la vie consacrée. Mais il ne faudrait pas, c’est ma dernière remarque, qu’elle empêche certaines libertés de se donner immédiatement et follement pour toujours. La pratique du vœu privé de chasteté serait ici utilement retrouvée.
II Vivre toujours rien qu’avec Dieu ?
La crise générale de la fidélité tient sans doute au passage de l’idéal à la réalité, ou plus exactement, à la traversée de la représentation rêvée, mythique (nous avons tous besoin de « mythes ») vers le travail du désir (la fameuse « perlaboration » de Freud) par le moyen de la sublimation : elle va réussir à ce que l’individu en formation soutienne le réel en se laissant transformer par lui, mais elle peut aussi le conduire à une sorte d’implosion où peu à peu – voire soudain –, il se croit réduit à ses propres forces, et ne peut plus considérer les autres et le monde que sous le même angle prosaïque : ce n’était donc que cela ? Bien entendu, c’est alors que peut vraiment commencer la formation : après qu’on a chanté et déchanté, comment recevoir, dans la persévérance des temps, d’apprendre peu à peu à laisser monter des profondeurs les plus enfouies « un chant nouveau de reconnaissance et d’amour » – pour parler comme Thérèse de Lisieux –, qui signera l’appel à la profession perpétuelle ? Sans doute faudra-t-il, avant d’y être admis, avoir appris à renoncer à la « performance » de l’engagement suivant, et à laisser se défaire bien des illusions.
La formation à la vie consacrée n’a évidemment pas d’autre terme que la vie éternelle ; mais est-il possible de vivre toujours rien qu’avec Dieu ? Pourquoi cet apprentissage passe-t-il par la vie avec d’autres (car on entre bien dans une groupe constitué, ne fût-ce que dans telle forme de vie consacrée) ? Pourquoi aussi une telle trajectoire ne se réduit-elle pas à cette convivialité ? Et puis, si la vie consacrée consiste à vivre déjà avec Dieu, et toujours avec Dieu, on ne vit pas avec Dieu pour toujours (après la mort) comme avant – quoique. Enfin, on ne vit pas avec Dieu pour toujours (maintenant) de la même manière à 20, 40, 60, ou 80 ans. Cela signifie certainement que Dieu « s’accommode » à nous, comme le disait Chrysostome dans son somptueux concept de « condescendance » : le Christ descend vers nous, il descend là où nous sommes, il descend avec nous si nous descendons encore pour éviter de vivre en sa présence, et, comme l’écrit H.U. von Balthasar dans sa méditation du Samedi saint, il descend plus bas que tout, et c’est là qu’il est recueilli dans les mains du Père.
Un aspect de cette condescendance tient aussi à sa miséricorde. Il faudrait réfléchir à ce que signifient tant de ruptures d’engagement, souvent perpétuel ; elles s’inscrivent à divers moments de la passion du Christ, comme je l’ai suggéré naguère dans la revue Christus28. Mais il conviendrait aussi de se demander si et comment Dieu a une volonté précise sur nos vies ; et, si oui, que devient-elle lorsque nous changeons de direction29 ? Enfin, il ne serait pas inutile d’en revenir à la question de l’impossible vie avec Dieu pour toujours ; c’est l’amour durable du Christ pour son Église qui le fonde, de sorte que les consacrés deviennent comme une preuve de l’existence de Dieu, par cette existence de l’homme pour Dieu – ce qu’on appelle parfois la prophétie de la vie consacrée. On retrouve alors la dimension eucharistique, d’action de grâces, d’intercession et de louange de cette vie, par ailleurs faite d’offrande, de sacrifice et de communion ; offrande joyeuse, sacrifice sans reste, communion des saints.
1 Rompre ou être rompu ?
Pour reprendre notre question, il faut dire tout ensemble que la volonté prévenante de Dieu est enveloppée de sa miséricorde, mais aussi que cette fidélité de Dieu à lui-même l’a conduit à se donner « jusqu’à l’extrême », comme dit saint Jean. En même temps, rappelons cette précieuse doctrine morale : s’il faut toujours choisir le bien, il n’est pas obligatoire d’être « tutioriste », c’est-à-dire de choisir toujours le bien plus difficile ou le plus parfait. Déjà un bien est un bien, et notre Dieu est un Dieu du bien, ce n’est pas un Dieu qui exige en tout temps le meilleur. Le croire, c’est passer rapidement à des extrapolations plus païennes que chrétiennes, plus autocentrées que divinement reçues.
Mais tout dépend, en fait, de la situation dans laquelle le discernement est requis : est-ce avant une dernière incorporation, devant laquelle la personne hésite encore, ou après une rupture d’engagement ? Si c’est antérieurement, il convient d’écouter l’Esprit Saint inscrire dans la personne un appel plus profond que tous les autres et qui les récapitule dans une sorte de béatitude, même onéreuse30 ; si la décision de rompre est déjà prise (sans qu’on l’ait encore verbalisée, parfois), ou à prendre inévitablement (parce qu’on s’est engagé dans une autre relation affective qui a déjà emporté tout), on suppliera le même Esprit de créer du neuf à nouveaux frais – c’est-à-dire aux dépens de Dieu et de son Église. Il arrive alors que l’on comprenne qu’il n’y a plus, pour ceux qui en ont l’autorité, qu’à dire la parole de Jésus devant le tombeau de Lazare : « déliez-le et laissez-le aller » (Jn 11,44).
2 Le temps de l’éternité
Pourquoi donc nos décisions les plus définitives sont-elles ainsi soumises au risque de retournements ? Est-il si clair qu’il y a là une différence fondamentale avec le temps, ou plutôt, l’état, d’après la mort ? Certes, nous ne sommes pas comme les anges capables d’engager toute notre liberté dans l’immédiateté d’un seul acte. Comme disait encore Thérèse de Lisieux, nous avons sur eux l’avantage de pouvoir souffrir31, ce qui veut dire au moins d’endurer patiemment les reculs de l’amour. Mais enfin, pouvez-vous oui ou non donner un jour une parole qui ose mettre en forme définitive tout ce que vous n’avez pas encore vécu, toutes les rencontres que vous n’avez pas encore faites, et tous les visages que vous n’avez pas encore aimés, simplement pour le motif que vous avez trouvé dans l’appel très profond, obscur encore, du Christ, la mesure qui déjà donne forme aux événements, aux rencontres, aux visages de votre passé ? Cette question mériterait un peu d’élaboration philosophique – comment un être temporel peut-il d’avance se fixer éternellement ? Elle demande surtout que nous ne pensions pas la vie que Dieu nous offre de partager avec lui de manière privilégiée (c’est cela, répétons-le, la vie consacrée) comme une existence sans risques, sans vagues, sans défis toujours renouvelés.
Il me semble que l’Écriture, et sa récapitulation par le livre de l’Apocalypse, nous apprennent que le temps n’est pas cyclique, comme le pensaient les grecs, ni linéaire, comme le croyaient les juifs. Il a son centre de gravité dans le mystère de l’Agneau immolé et vainqueur, qui siège désormais auprès de Dieu. Mais il y siège avec nous, c’est-à-dire d’abord avec tous ceux qui ont hâté sa venue et accueilli son règne, jusqu’à mourir. Notre vie n’est pas hypnotisée par l’émergence, l’épanouissement, puis le déclin de nos forces, elle est toute aimantée par la victoire du Christ sur la seconde mort : l’Accusateur de nos frères est rejeté, lui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu (Ap 12,10). Tous nos engagements humains participent de cette liturgie, à la fois terrestre et céleste, tout est déjà gagné ; il n’est que d’endurer, de tenir ferme ce que nous avons, puisque déjà, « c’en est fait » (Ap 16,17). Le futur peut être présent et l’éternité à portée d’instant quand Dieu bouleverse les temps, quand il intervient et qu’il crée à nouveau. La durée elle-même est objet de révélation32 : pour la compréhension chrétienne, la fin a fait divinement irruption dans l’histoire, la terre a déjà vu le ciel. Désormais, les événements du monde attestent la venue de Dieu, inaugurée dans la résurrection de Jésus : le ciel a rejoint la terre et exulte avec elle d’une seule voix. L’histoire est irriguée derechef par le sang de l’Agneau ; elle révèle, dans ses douleurs, et le refus amer, violent, du « témoignage de la croix33 » et l’appel de l’Esprit pour que vienne l’Époux34. Dans ce dialogue, cette liturgie cosmique, l’Épousée se découvre à jamais promise à Celui qui dit : « Je viens bientôt ». C’est de cela aussi que nous sommes les pauvres témoins (Lc 24,48).
3 Pour une vie fondée eucharistiquement
Il faudrait encore approfondir ce qu’un engagement perpétuel a toujours d’eucharistique, et par là, d’infrangible. Depuis le concile Vatican ii au moins, il est recommandé que les consécrations personnelles prennent place au cours de la messe (le Rituel de la profession religieuse se laisse ainsi inspirer par le Rituel de la consécration des vierges). Il me semble surtout que la vie consacrée se fonde sur sa Demeure parmi nous pour affirmer qu’on peut y habiter pour toujours. La présence de Dieu à son peuple a pris chair dans le Christ ; elle peut encore s’emmembrer de notre pauvre consentement pour témoigner, dans l’humilité de la chair, des noces éternelles de cet Agneau qui nous a déjà tous emportés dans sa victoire.
Notes de bas de page
1 Cf. A. Cencini, La formation permanente… Y croyons-nous vraiment ? coll. La part-Dieu 25, Bruxelles, Lessius, 2014.
2 Civcsva, Directives pour la formation Potissimum institutionis (2 fév. 1990).
3 J’emploie cette expression dans son sens familier : vivre avec quelqu’un, c’est tout partager, sur un mode conjugal. La vie consacrée prend son appui dans la signification sponsale du baptême, qu’elle entend à la lettre.
4 Voir déjà C. Boff, « Considérations indignées sur la formation religieuse aujourd’hui », Vies consacrées 71 (1999), p. 377-395.
5 De même qu’on ne parle d’Église, après Vatican ii, que dans et à partir des Églises particulières (Lumen gentium 23).
6 CIC 1191, 1 : « Le vœu, c’est-à-dire la promesse délibérée et libre faite à Dieu d’un bien possible et meilleur, doit être accompli au titre de la vertu de religion ».
7 On pourrait aussi renvoyer à la vertu de prudence, comme le fait St Thomas dans la ST ii-ii, q. 88, a. 1, sc. : « Nous lisons dans l’Ecclésiastique (5,3) : “Si tu as fait un vœu à Dieu, ne tarde pas à l’accomplir, car la promesse infidèle et imprudente lui déplaît.” Vouer, c’est donc promettre, et le vœu est une promesse ».
8 Voir G. Lesage, Renouveau de la vie religieuse, Montréal - Paris, éd. paulines - Médiaspaul, 1985.
9 Cf. J.-M. Hennaux dans son article célèbre : « Vœu et promesse ? Supprimer les vœux temporaires ? » Vie consacrée 44 (1972), p. 2-33.
10 Cf. Relatio 133, cité par G. Lesage, Renouveau de la vie religieuse (cité n. 8), p. 162.
11 Voir Mgr J. Bonfils, « Les Sociétés de Vie apostolique », VsCs 87 (2015), p. 285-291 : « Selon la place qui leur est faite dans le CIC, les SVA de rite latin ne sont pas des instituts de vie consacrée. Y compris celles dont les membres assument les conseils évangéliques selon le c. 731 § 2. D’abord parce que ces conseils sont assumés et non professés. Or une profession, étymologiquement et canoniquement, constitue un acte public, et les liens (vœux, serments, promesses…) par lesquels ces conseils sont assumés ne sont pas publics mais privés, selon la définition donnée de ces caractères au c. 1192 § 1 ; et de plus ils n’incorporent pas. Tel est le cas, par exemple, des Filles de la Charité de saint Vincent de Paul et des Lazaristes. Chez ces derniers, c’est la permission d’émettre des vœux, donnée par le supérieur majeur, qui incorpore à la Congrégation de la Mission. Chez les Filles de la Charité, les vœux n’incorporent pas, mais il faut en tenir compte lorsqu’il s’agit d’un renvoi de la Compagnie (cf. Constitutions 2, 5) ».
12 Commission théologique internationale, Le sensus fidei dans la vie de l’Église, coll. Documents des Églises, Paris, Cerf, 2014.
13 Cf. C. de Miramon, Les « donnés » au Moyen Âge. Une forme de vie religieuse laïque v. 1180-v. 1500, Paris, Cerf, 1999, p. 411s.
14 Puisque tout le monde serait devenu religieux.
15 CIC 650, 2 : « Le gouvernement des novices est réservé au seul maître des novices sous l’autorité des Supérieurs majeurs ».
16 Comme l’affirme Ignace de Loyola, dans les « Règles pour sentir avec l’Église » à la fin des Exercices spirituels (ES 365).
17 Selon le beau titre de D. Vasse, Paris, Seuil, 1978.
18 Cf. VC 84-95.
19 « J’éviterais l’utilisation, désormais commune, d’instruments psychologiques dans la formation à la vie consacrée et dans les formes de prière », T. Longhitano s.f.p., présidente de l’Institut supérieur de catéchèse et de spiritualité missionnaire à l’université pontificale Urbaniana, Bulletin de l’Union internationale des Supérieures générales 157, (31 mars 2015), p. 25.
20 Voir les Constitutions de la Compagnie de Jésus 511.
21 B. Pottier, D. Struyf, Psychologie et spiritualité, enjeux pastoraux, coll. Donner raison 37, Lessius, Bruxelles, 2012.
22 Évagre, Barsanuphe et Jean de Gaza… ; voir par exemple K. C. Russell, Guérir et nourrir son cœur. La sagesse du désert dans un monde affairé, Saint-Jean-de-Matha (Qc), Abbaye Val Notre-Dame, 2010.
23 Comité canonique de la Corref, Notes canoniques, Paris, Cerf, 2013.
24 Je n’envisage pas le cas de ces candidats nombreux qui demandent leur admission après un, deux ou trois « échecs » ailleurs, mais de ceux pour qui l’engagement durable paraît inaccessible alors même que leur vie témoigne de leur bonheur d’être arrivés au port.
25 CIC 689.
26 Par comparaison avec le mariage chrétien et même le célibat sacerdotal, l’extrême facilité des procédures de dispense des vœux ne peut qu’ajouter au discrédit où la vocation à la vie consacrée est généralement tenue, même et surtout dans l’Église.
27 Cf. J. Ponton, La religieuse dans la littérature française, Laval (Qc), Les Presses de l’Université, 1969. Certaines bandes dessinées contemporaines montrent à quel point notre culture a déjà imaginairement éliminé un type d’engagement désormais livré à la dérision. Sed contra, voir l’excellente étude sociologique de J. Potel, Portes ouvertes chez les religieuses, Paris, L’Harmattan, 1999. Il se pourrait que le cinéma soit lui aussi moins prévenu.
28 N. Hausman, « Le recueillement de l’Amour. À propos des ruptures d’engagement de vie », Christus 220 (oct. 2008), p. 270-277.
29 Voir pour ce point l’article du p. A. Chapelle, « La fidélité de Dieu dans nos fragilités humaines », Vie consacrée 50 (1978), p. 33-45 et disponible sur le site de la revue <www.vies-consacrees.be>. « Un changement d’état de vie n’est pas souvent meilleure justice et plus grande exactitude. Simplement nous avons puisé davantage au trésor inépuisable de la grâce qui sourd du cœur transpercé de Jésus Christ. »
30 Cette position, qui veut qu’on s’en tienne à ce qui a été premièrement promis (peut-on s’engager envers Dieu pour un temps ?), doit être tentée avant de reculer vers celle qu’Ignace, dans le livret des élections au cœur des Exercices spirituels, appelle à raison les élections irrévocables en lesquelles il s’agit de vivre, même si elles ont été biaisées ; une fois le choix de vie opéré, il n’est plus possible que de s’y réformer au mieux (ES 172).
31 « Hélas ! pourquoi suis-je un ange, incapable de souffrir ? » interroge l’Ange de la Sainte Face, dans la deuxième pièce des Récréations pieuses, « Les anges à la crèche », 3, v ; « Les anges ne peuvent pas souffrir, ils ne sont pas aussi heureux que moi. Mais comme ils seraient étonnés de souffrir et de sentir ce que je sens !… Oui, ils seraient bien étonnés, car je le suis moi-même », Derniers entretiens, 16 août 1897, 4e parole.
32 « L’Apocalypse selon saint Jean est le seul livre du Nouveau Testament dont l’histoire est le thème », dit H. Schlier (« La compréhension de l’histoire selon l’Apocalypse de saint Jean », dans Le temps de l’Église, Tournai, Casterman, 1961, p. 269). Et plus loin : « l’histoire se trouve et se passe là où intervient l’avenir de Dieu rendu présent dans le Christ » (p. 276).
33 Cf. St Polycarpe, Lettre aux Philippiens, vii, 1.
34 Cf. L. Poirier, « L’Église dans l’Apocalypse », dans L’Église dans la Bible, coll. Studia 13, Paris, DDB, 1962, p. 142.