Face à l’ampleur de la crise écologique et à ses implications morales, on propose une relecture de la tradition chrétienne de l’espérance à partir d’une réflexion sur la liberté, la justice et la charité. S’esquisse une espérance « rematérialisée », capable de mobiliser les croyants dans un engagement concret pour la création et les marges du monde. Une telle espérance redonne à la liberté chrétienne toute sa portée historique et cosmologique.
« Quid salvum est, si Roma perit ? – Que peut-il rester de sauf, si Rome elle-même doit périr ? », demandait saint Jérôme dans une de ses lettres1. Par ces mots inspirés du poète Lucain, le théologien interpellait une correspondante qui lui demandait si une jeune veuve pouvait se remarier. Jérôme venait alors de développer de longs arguments théologiques défendant la convenance de la chasteté ; mais il se sentait obligé de faire également référence « brièvement » aux « misères du temps présent » (praesentium miserarium). Le déclin brutal de l’Empire, la dévastation des provinces, la prise de nombreuses villes opulentes et, surtout, la capitulation de Rome elle-même formaient à ses yeux un ensemble de symptômes propres aux temps troublés, qui appelaient à garder pure l’espérance d’une vie strictement céleste.
Pour nous, lecteurs de…