Magnifica Humanitas, première encyclique consacrée à l’intelligence artificielle, mobilise plusieurs conceptions de la technique. L’article met en lumière deux logiques. La première, instrumentale, comprend l’IA comme un objet extérieur à l’agir humain, selon trois registres – comparatif, coopératif et pharmacologique – qui comportent chacun leur propre insuffisance : la comparaison révèle un milieu relationnel déjà altéré, la coopération souligne les écueils de la dépendance et de la déresponsabilisation, la pharmacologie achoppe sur la posologie. La seconde logique, celle de l’habiter – où la technique n’est plus un objet à réguler mais un milieu dans lequel l’existence humaine est déjà immergée – s’articule autour de quatre gestes : désarmer, construire, aimer et vivre. Cherchant à souligner la dynamique interne de l’encyclique, l’article montre le déplacement progressif des catégories à partir des-quelles la technique est pensée.
Signée le 15 mai 2026, au 135e anniversaire exact de Rerum Novarum, et présentée dix jours plus tard par le pape lui-même, Magnifica Humanitas (désormais MH) constitue la première encyclique entièrement consacrée à l’intelligence artificielle. Le choix de son nom comme le rappel explicite de Rerum Novarum dans le texte, inscrivent le document dans une filiation avec Léon xiii que Léon xiv revendique lui-même : ce que celui-là avait entrepris pour la question ouvrière face à la révolution industrielle, celui-ci l’entreprend en un geste analogue face à la révolution numérique.
Cette encyclique ne propose cependant pas une réflexion uniforme sur la technique. Au fil de sa lecture apparaissent différentes manières d’en comprendre la nature, les risques et les promesses. Tantôt l’intelligence artificielle est abordée à partir de la…