Il a donné pouvoir à ses serviteurs. Cinq regards de femmes sur la gouvernance dans l’Église, préf. Mgr J.-M. Eychenne, intro. M.-L. Kubacki, postf. É. Grieu

Collectif
Théologie - Recenseur : François Odinet

Écrit sur un modèle déjà existant, qui a vu des xavières et d’autres femmes se prononcer sur le sentiment de crise puis sur les révélations de violences sexuelles dans l’Église, ce petit ouvrage invite quatre religieuses xavières et une vierge consacrée à réfléchir sur l’articulation entre pouvoir et service dans l’Église.

Théologienne, Geneviève Comeau ouvre la réflexion en ancrant cette question dans la mission de l’Église, ce qui la renvoie vers l’identification de l’autorité paradoxale du Crucifié. Voilà qui ouvre à la reconnaissance de la pluralité des autorités dans l’Église, notamment celle des plus souffrants qui pourrait bien être, écrit l’A. en citant Jean-Baptiste Metz, la seule autorité réellement incontestable.

La bibliste Joëlle Ferry rappelle, en s’appuyant notamment sur les travaux de Marie-Françoise Baslez, la constitution des premières communautés chrétiennes. L’exercice de l’autorité n’y obéissait pas à un modèle unique. Joëlle Ferry s’attarde ensuite sur les propos de Paul (ou attribués à l’apôtre) qui concernent l’autorité des femmes. Elle montre combien Paul est éloigné de la misogynie qu’on lui prête ordinairement. On sent aussi, en la lisant, combien fut délicate l’articulation entre l’originalité chrétienne et la volonté que la vie communautaire des chrétiens demeure compréhensible pour des regards extérieurs.

La philosophe Agata Zielinski repense l’opposition courante entre pouvoir et service. Elle remarque que tout service suppose un certain pouvoir d’agir, ce qui demande de distinguer « pouvoir de » et « pouvoir sur ». Nier la réalité du pouvoir dans l’Église permet de masquer l’attachement à celui-ci. L’exercice du pouvoir comme un service se reconnaît alors à la capacité de légitimer chez d’autres leur propre pouvoir d’agir, et à exercer ensemble le service confié.

Médecin et engagée dans la recherche scientifique, Christine Danel a été supérieure générale de la Xavière. Elle réfléchit sur l’exercice de l’autorité et la réalité de l’obéissance dans la vie religieuse, en témoignant des diverses formes d’autorité, et des limites posées à celle-ci dans la vie religieuse. Elle ne cache rien des difficultés d’un juste positionnement quand on exerce l’autorité autant que quand on doit obéir.

Enfin, l’enseignante et doctorante en théologie Isabelle de La Garanderie examine la question des ministères à la lumière de Lumen Gentium. Sa lecture de la constitution conciliaire lui permet de mettre l’accent, d’une part sur le bienfait que représente la pluralité des ministères, et d’autre part sur la nécessité que l’égalité baptismale soit le pré-requis de tout exercice d’un ministère, et de toute réflexion sur celui-ci.

Ouvert par une double préface de Mgr Jean-Marc Eychenne et de Marie-Lucile Kubacki, l’ouvrage se conclut par quelques pages engagées dues au théologien Étienne Grieu. Celui-ci fait part de son inquiétude quant à la recherche d’une apparente solidité pour l’Église en contexte de sécularisation, tout en disant sa confiance dans les ressources qui demeurent pour assurer une autorité selon l’Évangile. De ces ressources, les contributions ici présentées témoignent abondamment ! — F. Odinet

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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