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Una riflessione sociale al servizio degli uomini, testo inedito del padre Albert Chapelle s.j., 1975

Albert Chapelle s.j.
Questo testo considera il progetto sociale approntato dal Movimento ATD Quart-Monde nel 1975, in risposta all'analisi sociologica contenuta nella rivista Les temps modernes. È in gioco la socializzazione, che trova il suo principio al di fuori di se stessa, poiché suppone non la lotta ma l'incontro.

Ce texte, conservé dans les archives d’ATD1 Quart Monde et resté jusqu’à aujourd’hui inédit, est l’intervention donnée en avril 1975 par le père Albert Chapelle (1929-2003) à l’occasion d’une conférence du père Joseph Wresinski, fondateur d’ATD, aux professeurs et étudiants de l’Institut d’études théologiques de Bruxelles, au cours d’un séminaire de théologie consacré à l’amour des pauvres2.

Albert Chapelle se penche sur le projet de société porté par le mouvement ATD Quart Monde, en se basant notamment sur la revue Igloos dont le numéro 84 (1975) était intitulé : « Le Mouvement Aide à Toute Détresse. Science et Service. Une idéologie au service des hommes. Essais d’analyse ». Comme le rappelle Albert Chapelle, ce dernier texte était une réponse d’ATD à un article de Claude Liscia et Françoise Orlic dans la prestigieuse revue Les Temps Modernes3, sur les cités de transit où le mouvement ATD était présent.

Le manuscrit contient une annotation qui semble être de la main de Mascha Join-Lambert précisant que « ce texte n’est pas pour l’Igloos religieux mais pour un futur numéro politique ». Il n’a cependant jamais été publié. Le jubilé de l’Institut d’études théologiques, fondé en 1968, et le trentième anniversaire de la mort du père Joseph Wresinski (1917-1988) sont autant d’opportunités qui permettent de reprendre à la source l’originalité de ce mouvement au plan politique, social et théologique.

Jean Tonglet4

Le numéro 84 de la revue Igloos (1er trimestre 1975) est intitulé : « Le Mouvement Aide à Toute Détresse, une idéologie au service des hommes. Essais d’analyse ». Ce numéro met en parallèle une analyse de la revue Les Temps Modernes, qui comprend le mouvement créé par le p. Joseph Wresinski à sa façon, et la manière dont ATD se comprend lui-même. À partir de cette étude, je voudrais faire percevoir l’originalité de la vision et du projet de société qui est proposé par ATD par rapport à ce que sont les divers avatars modernes du libéralisme, y compris son contraire logique, le marxisme.

I L’analyse d’ATD par Les Temps Modernes

Le travail des deux journalistes des Temps Modernes est intitulé : « Les cités de transit : un grand renfermement ». Il s’agit de se pencher sur le sens des cités de transit (qui ne sont pas tout à fait des cités promotionnelles, mais qui ne sont pas non plus des cités d’urgence5) où les auteurs voient un « renfermement » de la population la plus défavorisée6. L’idée fondamentale des Temps Modernes est présentée dans Igloos de manière double (il y a deux parties dans cet exposé) : 1) l’élaboration d’une théorie de la cité de transit (p. 56 à 67) ; 2) comment les pouvoirs publics, avec l’aide d’ATD, reprennent ce modèle (p. 67 à 95).

1 L’élaboration d’une théorie de la cité de transit

Dans l’élaboration de la théorie selon Les Temps Modernes, trois points seraient significatifs.

Pour ATD, l’habitat est lié au travail social : le problème est donc posé en termes sociologiques et est lié au problème du travail (p. 57).

On passe de la notion de « naufragés économiques » à la notion de « cas sociaux », c’est-à-dire que l’on ne prend pas sérieusement en considération le domaine économique ; de plus, la réalité sociale est atomisée en « cas » plus ou moins individuels. Ce qui correspond d’ailleurs à la privatisation par l’État de l’action ou plutôt du « contrôle » social (p. 54).

Plusieurs filières de l’habitat sont prévues mais en fonction d’un « handicap gradué » (p. 64). On substitue la notion « individualiste et privatisante » du handicap à ce qui, en fait, est un problème socio-économique. Cette privatisation implique l’émergence dans les réflexions d’ATD des notions caractéristiques de « socialité » et de « moralité » (p. 61).

2 Quand les pouvoirs publics mettent en œuvre ce modèle

Le poids des critères économiques est objectivement déterminant dans l’évaluation de ce qui est social ou de ce qui ne l’est pas (p. 69). Tout l’effort de l’analyse des Temps Modernes consiste à repérer les éléments proprement économiques et ceux qui ne le sont pas dans la manière dont le problème est posé et à déterminer, à partir de ces critères économiques, l’ensemble des autres données. Une deuxième partie tente, à cette lumière, d’analyser « l’action globalisée diversifiée selon le type d’adaptation » (p. 72). On va parler de « travail social », et c’est ici que l’on analyse le rôle d’ATD comme « un instrument pour la maîtrise de la subversion de l’ordre bourgeois » (p. 79).

Pourquoi ? Parce qu’on y met l’esprit de compétition ; on remet en valeur la famille nucléaire en passant de « gardiens-éducateurs » à « parents-éducateurs » (p. 82-87) ; on lie finalement logement, famille et morale (p. 93), ce qui indique qu’ATD a un rôle plus fondamentalement intégrateur à la société globale que ne l’ont les entreprises du pouvoir de l’État lui-même (p. 90).

Selon Les Temps Modernes, le lien du quart monde avec le problème du travail, le problème économique, et la division en classes sociales (p. 58) n’aurait pas été suffisamment respecté par ATD. De ce fait, « objectivement et quelles que soient les intentions », ce sont des valeurs bourgeoises, dont l’État est le garant, qu’ATD véhiculerait : famille, logement (qui n’est pas collectif), remoralisation, éducation… ATD se ferait, avec le pivot culturel et d’autres activités, l’auxiliaire des appareils idéologiques d’État comme l’école, etc.

La question n’est pas seulement d’importance du point de vue théorique, quant à la valeur respective de l’analyse et du projet de société en cours dans ATD et de l’analyse des Temps Modernes fortement inspirée par le marxisme7. Elle est aussi capitale quant à l’action pratique entreprise et à entreprendre.

L’intérêt de la réponse d’ATD n’est pas seulement de rappeler certaines « réalités » d’un peuple qui remet tout en cause, y compris le type d’analyse présenté (p. 139-155). Nous renvoyons sur la question des faits à l’ensemble des pages 100 à 155 de la revue Igloos. La valeur de la réponse d’ATD consiste à dégager la « signification politique » d’un peuple exclu (p. 100-137) en élaborant la théorie à partir d’une pratique sociale concrète, réfléchie et déterminée.

La manière dont ATD répond est caractéristique de son respect de principe pour les personnes et pour les données.

- Quelle est d’abord la population concernée ? C’est un peuple privé d’identité où le paupérisme réduit la chance de la solidarité.

- Une critique constructive de la pratique des autorités publiques en France est ensuite élaborée.

- La manière dont ATD comprend sa propre action est alors suggérée. Un certain nombre de sous-titres suffit à révéler la richesse et la liberté, l’engagement aussi de cet « exercice de réflexion politique » : « Contrôle de l’espace social ou élargissement de l’univers ? » ; « Le droit de parole est aussi le droit de choisir ses mots (p. 123) ; « Le savoir, seule garantie de la liberté de pensée » (p. 124) ; « L’homme paupérisé comme seul maître » (p. 125) ; « Le renversement des priorités » (p. 128) ; « Surveillance ou service de liberté ? » (p. 131) ; « Pour être chercheur en Quart Monde il faut descendre l’échelle sociale » (p. 133).

On le voit, deux manières de comprendre le monde s’affrontent. Il y a là, du point de vue de l’analyse sociale et de la recherche politique, quelque chose qui peut faire figure d’événement dans la pensée contemporaine.

II Une réflexion nouvelle

Je prends deux points fondamentaux : 1) les éléments mis en œuvre pour une analyse scientifique qui est observation participante ; 2) la dynamique du projet de société.

1 Les éléments mis en œuvre

Nous assistons ici au refus d’une double réduction.

- Le social ne se réduit pas à l’économique, soit aux mécanismes économiques soit au formalisme économique. Deux autres dimensions sont très expressivement reprises par ATD dans la réponse : la famille et l’État. Pourquoi réduire l’action sociale à l’action socio-économique ? Le domaine familial et l’État n’ont pas nécessairement à être interprétés en fonction de l’analyse économique : leur consistance propre est principe de rationalité spécifique.

- Le social ne se réduit pas au social. Le principe de socialisation ne se trouve pas uniquement dans la société. Un problème social ne se pose et ne se résout jamais uniquement en termes sociaux. La relation sociale renvoie aux termes de la relation ; ainsi qu’au principe valorisant de leur mise en présence. On voit cette perspective dans l’importance donnée par ATD à la connaissance, à la science, à l’éducation, à la moralité et aux diverses pratiques mises en œuvre. Dans la conception de l’homme ici impliquée, l’analyse de la société ne comporte pas en elle-même et par elle-même les éléments suffisants pour dégager l’ensemble d’une question sociale et à plus forte raison pour y répondre. Certaines valeurs, comme la connaissance, ne sont pas réduites purement et simplement à des biens culturels et encore moins à des biens économiques. La connaissance comme telle, la moralité, la dignité de l’homme, etc., valeurs qui ne sont pas d’ordre formellement social, sont considérées comme constitutives même du principe de socialisation.

2 La dynamique du projet de société

La question de la dynamique du projet de société est un point plus important encore. C’est la manière de logique engagée à l’intérieur du projet étudié, notamment par Alwine de Vos dans La provocation sous prolétarienne8.

a) Le point de départ n’est pas l’exploité mais celui qui n’a même pas de quoi être exploité, c’est-à-dire le pauvre, l’exclu qui est en deçà de tout : « Il n’est même pas à même de partager nos conflits. » Ce point est extrêmement fondamental.

C’est la descente dans la misère avec des gens en deçà de toutes ressources au point de vue de l’avoir, du savoir et du pouvoir qui manifeste la vérité de l’homme. En cela surtout ils sont nos maîtres9. Quand on dit « maître », il est possible de comprendre plusieurs choses. La réflexion peut s’appuyer sur la dialectique « maître-esclave » qu’elle lie au travail. Mais cette dialectique est ici refusée parce qu’il s’agit précisément de ceux qui sont exclus de cette lutte puisque l’on ne peut pas s’en servir pour le travail. Les pauvres sont nos maîtres au sens où nous pouvons en devenir les disciples : on n’est pas aliéné en écoutant quelqu’un, on n’est pas son esclave parce qu’il nous apprend quelque chose ; ces pauvres sont nos frères. Ce peuple sans nom, sans parole, sans force, manifeste en cela même la vérité de l’homme. L’homme n’est ni son langage, ni sa force, ni son travail, ni sa capacité de socialisation, il est tout cela et davantage. C’est en celui qui en est privé qu’est manifeste, non pas notre fausse valeur qui lui accorde commisération, mais la vérité de ce que nous sommes. Ce n’est par conséquent pas dans un rapport de force mais à partir de la faiblesse où nous l’avons mis que la solution doit se chercher, car ce sont des exclus et les exclus sont les faibles.

b) Alwine de Vos parle par deux fois de la lutte des classes10. Il ne s’agit pas de nier les luttes de classes, mais de regarder et de servir ceux qui en sont rejetés, parce que la lutte de classes signifie un rapport de forces et il s’agit ici des faibles. Certes, les luttes de classes se déchaînent toujours d’une manière ou d’une autre, mais l’écoute compréhensive de ces hommes, qui par leur dépouillement même manifestent au plus nu et au plus vif ce qu’est l’homme, se situe en deçà et plus profondément que tout rapport de force de quelque ordre que ce soit.

Dans ces rapports de forces (qui jouent dans l’ordre économique comme dans l’ordre du savoir et du pouvoir), ces hommes exclus ne désirent pas entrer, parce qu’ils en ont toujours été meurtris. La violence est pour eux toujours meurtrière. N’est-ce pas là la vérité de l’homme ? Non qu’il faille faire abstraction de la violence ou des luttes de classes, comme si elles n’existaient pas, mais il s’agit de percevoir précisément en quoi la violence ne peut qu’ajouter à la violence alors qu’il s’agit ici de faiblesse, sans force pour faire violence. Justement la loi du plus fort qui régit les sociétés pour un avoir plus, un savoir plus, un pouvoir plus, suscite à tous les niveaux un phénomène d’exclusion ; et c’est là où le phénomène d’exclusion est aussi brutal et radical qu’on le voit. Sinon il y aurait toujours des échelles de compensation différentes. Or cette loi du plus fort défigure l’humanité de l’homme. Ce n’est pas en se basant sur cette loi du plus fort, quitte à renverser les termes du rapport de force, que l’on peut effectivement espérer.

Dès lors que faire ? Il s’agit de ne pas passer de l’adage « chacun selon son travail » (puisque cet homme ne travaille pas) à « chacun selon ses besoins » mais de mettre ensemble : à « chacun selon son mérite » et à « chacun selon sa faiblesse ». C’est une dynamique d’un tout autre ordre. Il faut respecter à la fois la faiblesse et les mérites, la faiblesse qui a besoin d’être aidée pour qu’il y ait chances égales, et les mérites pour qu’effectivement le travail soit comme il doit l’être entre hommes, reconnu et respecté.

c) Il ne s’agit donc pas d’entrer dans le cercle de la violence qui n’est qu’un processus d’autodestruction ; la loi du progrès ne va donc pas apparaître dans le rapport négatif qui est la violence, mais dans un rapport qui, dans les luttes de classes comme en n’importe quelle lutte, est toujours réconciliation.

Alwine de Vos a une formule très forte : « l’inclusion » face à l’exclusion. Le style « rhétorique » qu’elle emploie, sa manière de parler, sont révélateurs dans son livre comme dans la réponse de la revue Igloos 84 au texte des Temps Modernes. Déjà Igloos 57-58 (1970) sur « le développement communautaire » montrait qu’il fallait toujours convaincre et persuader. En effet, la vérité est hospitalière, réconciliatrice. Elle n’est pas la vérité contre… Cela suppose la reconnaissance des conflits de l’injustice, mais encore la réalité du langage qui les éclaire parce que la vérité a elle-même sa force. C’est d’ailleurs une force qui est celle de la « compréhension » aux sens intelligent et miséricordieux du terme. C’est la force d’une vérité dont l’utopie n’est pas la négation de la violence par la violence ; la violence qui prétend réduire la violence ne peut que se projeter dans un mythe intemporel ou bien dans le retour perpétuel du même ; en fait, cette manière de violence finit par estomper la nécessité des hommes à vivre jour après jour et à reprendre sans fin la suite de leurs errements. Ce point me paraît caractéristique. La reprise sera perpétuelle de ce qui a été toujours et qui sera encore à nouveau défait car la figure de l’histoire est celle de la patience et de l’espérance.

d) À partir du point de départ de la faiblesse des exclus se déploie, nous paraît-il, une logique théorique de surabondance. La magnificence11 s’origine en cette vie avec le pauvre qui n’est rien de tout ce que nous sommes et de tout ce que nous voulons avoir, savoir et pouvoir. En ces hommes se trouve, en douloureuse surabondance, la vérité de ce que nous sommes, de ce qu’est la société. Certes, nous ne vivons pas cela ; même, nous faisons le contraire et nous voulons tout le contraire ; et c’est notre faute si nous défigurons cette humanité nue et par le même fait nous défigurons nous-mêmes. Mais l’éprouvante surabondance de vérité attestée négativement dans ces exclus suscite la foi dans la parole, dans la communication de la parole. La parole s’étend partout pour apprendre à faire connaissance, à mettre en communication les êtres, pour qu’il y ait des amis, des alliés. Cette perspective n’a donc à réduire personne à la situation d’ennemi objectif de classe… Toujours il y a des amis et des alliés à gagner. Cela ne signifie pas que ces amis, ces alliés ne soient pas, dans une analyse marxiste, susceptibles d’être repérés comme objectivement ennemis de classe…, mais, qu’ils soient ou non ainsi classifiés, ces hommes demeurent, dans ce regard plus profond, des amis, c’est-à-dire des hommes à qui effectivement on peut parler.

Du point de vue de la philosophie de la société, il est éclairant que la connaissance, que la parole soit reconnue au niveau social comme médiation et communication, et non seulement comme moyen terme critique… On peut parler à Pompidou, on peut parler à Edmond Maire, à Lenoir12, avec Les Temps Modernes, à l’O.N.U., on peut parler n’importe où… Parler, c’est toujours faire confiance à la vérité. Ce n’est pas croire sans plus à la bonne volonté des hommes, mais croire que la vérité est meilleure et plus forte que la mauvaise volonté des hommes.

C’est dans cette logique que je vois s’inscrire l’ensemble de ce projet en même temps généreux dans ce qu’il croit et humble dans ce qu’il respecte. Il prend effectivement la mesure de ce que l’homme a fait et assume critiquement la fraternité qui pèse et continue à peser. Cette fraternité, il faut la renouveler, non la formaliser par aucune loi ni par aucune action.

Je ne connais guère d’analyse ou de réflexion sur la société qui puisse effectivement tenir à la fois tous ces éléments et montrer comment les inscrire dans un projet d’action. Cela me paraît stupéfiant. Le marxisme (c’est évidemment une de ses fascinations) dit une chose et montre à la fois comment le faire ; il faut bien reconnaître qu’en général il n’y a guère aujourd’hui de pensée où l’on dit tout ensemble la théorie : « Voilà ce qu’est l’homme, la société humaine » et la pratique : « Voilà comment effectivement édifier celle-ci ». Édifier un « projet de société » à même la rencontre et l’observation participante de l’espérance et de l’exclusion des pauvres est trop rare pour ne pas être salué. De plus, la densité, la profondeur et en même temps la rigueur dans la pensée, même si elle n’est pas formalisée, constituent peut-être, dans le domaine social et de la réflexion politique en Occident, un événement.

Du point de vue de l’analyse sociale comme de l’anthropologie philosophique, cette pensée est neuve. Où en trouver l’équivalent jusqu’à présent ?

Notes de bas de page

  • 1 ATD : « Aide à Toute Détresse », devenu ensuite « Agir Tous pour la Dignité » (toutes les notes et les sous-titres sont de la rédaction).

  • 2 L’enseignement du père Joseph fut publié dans la revue du mouvement ATD Igloos 87-88 (hiver 1975) sous le titre « ATD Science et Service, une approche évangélique au service des hommes » et, sous une forme abrégée, dans la revue belge Vie consacrée : « Présence évangélique dans le Quart Monde », VC 48 (1976), p. 80-93.

  • 3 C. Liscia et F. Orlic, « Les Cités de transit : un grand renfermement », Les Temps Modernes (1974), p. 586-613. Cet article est entièrement repris dans Igloos 84 (1974), p. 53-95.

  • 4 Volontaire permanent du Mouvement ATD Quart Monde depuis 1977, Jean Tonglet a été le premier directeur du Centre Joseph Wresinski, de 2003 à 2011, centre où sont conservées et mises en valeur l’ensemble des archives du Mouvement, dont celles de son fondateur.

  • 5 Sous le nom de cités de transit on désignait dans les années 1970 les ensembles édifiés pour abriter provisoirement les habitants des bidonvilles alors que le programme de construction des HLM, à la suite de la loi Vivien (1970) destiné à éradiquer les logements insalubres et précaires, peinait à lutter contre la crise de logement des populations pauvres, souvent immigrées, portugaises puis maghrébines. Ce programme avait une visée socio-éducative.

  • 6 « Les recherches de Claude Liscia et Françoise Orlic se sont surtout attachées à dénoncer les modalités d’administration et de gestion de ces cités de transit et, en particulier, les dispositifs de surveillance et de coercition qui enserrent leur population. En d’autres termes et au risque de schématiser, (…) (elles) affirment la prégnance d’un dispositif de normalisation ; l’exclusion fait place au “grand renfermement” et à “l’emprisonnement à domicile” dans un espace de discipline » (J.-P. Tricart, « Genèse d’un dispositif d’assistance : les “cités de transit” », Revue française de sociologie, 1977, p. 602).

  • 7 La revue Les Temps Modernes fut fondée en octobre 1945 par Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir qui la dirigèrent jusque dans les années 1980. Sartre prôna à partir de 1952 un « compagnonnage critique » avec le marxisme.

  • 8 A. de Vos van Steenwijk, La provocation sous-prolétarienne. Pour une société sélective, Pierrelaye, éd. Science et Service, 1972. Alwine de Vos van Steenwijk (1921-2012), diplomate hollandaise, découvrit ATD Quart Monde au camp de Noisy-le-Grand en 1960 et fut la présidente du mouvement de 1974 à 2002.

  • 9 Expression de St Vincent de Paul souvent employée par le p. Joseph Wresinski.

  • 10 A. de Vos van Steenwijk, La provocation sous-prolétarienne (cité n. 8), p. 275 ; 285.

  • 11 Dans la même conférence à l’I.É.T. de 1975, le père Joseph s’interroge ainsi : « Y a-t-il un rapport entre le silence sur Dieu et l’oubli du Quart Monde ? Et peut-on dire que notre “athéisme culturel” est l’indice de la même myopie, du même manque d’attention, qui nous fait passer sans la voir à côté de la misère des exclus ? Il nous faudrait comprendre les Béatitudes : ce sont les Pauvres qui “voient Dieu” (…) Jésus n’a pas dit autre chose : “À ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu ; ceux-là ne sont pas nés du sang ni d’un vouloir de chair ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu” (Jn 1,12-13). Ainsi, dans le regard porté sur la condition des sous-prolétaires, le chrétien voit la création comme une bonté radicale, une œuvre de “magnificence” » (Igloos 87-88, 1975, p. 141 ; 144. Nous remercions le p. A. Guggenheim de nous avoir indiqué ce rapprochement).

  • 12 Georges Pompidou (1911-1974) : Président de la République française de 1969 à sa mort ; Edmond Maire (1931-2017) : secrétaire général du syndicat anciennement chrétien devenu C.F.D.T. de 1971 à 1988 ; René Lenoir (1927-2017) : secrétaire d’État en 1974, auteur de Les exclus. Un Français sur dix (Paris, Seuil, 1974) dénoncé par Les temps modernes comme l’inspirateur des cités de transit.

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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