Adieu Soulayman. Itinéraire d’un imam salafiste, postf. R. Brague
Bruno GuillotReligioni - reviewer : Alain Mattheeuws s.j.
Voici un récit de vie à la fois bouleversant et sobre d’un « aller-retour » d’un homme « de chez nous » qui embrasse le salafisme intégral à 15 ans et réalise un parcours impressionnant en mémorisant l’intégralité du Coran, en étudiant à l’université islamique de Médine et en devenant un prédicateur redoutable de sa foi nouvelle. Cet homme, né de parents français de tradition catholique, a vécu à Charleroi en Belgique, est devenu un salafiste convaincu avant d’être touché par la grâce divine, les contradictions intérieures de sa réflexion et de son étude sur l’Islam. Les doutes l’assaillent et l’Esprit Saint « fait le reste ». Professeur d’arabe, imam suppléant respecté, il était admiré et occupait une place décisive dans la hiérarchie religieuse. Son pèlerinage avec ses violences à la Mecque en 2013 et le décès de son père en Belgique furent des étapes décisives qui firent surgir des doutes sur ses options de vie.
Les étapes de sa croissance religieuse sont exposées avec clarté et précision : elles nous indiquent les circonstances, souvent communes, de sa recherche de vérité et de sa radicalité dans l’Islam. Le récit ne commente pas longuement les moments de son retour au christianisme, mais ce qu’il dit peut éclairer la richesse de la grâce du Christ. L’histoire personnelle est scandée par de brefs enseignements fondamentaux sur la doctrine de l’Islam. La sobriété et l’absence de critiques enflammées contre les musulmans montrent à la fois la profondeur de la connaissance qu’il avait de cette doctrine salafiste et aussi le respect qu’il garde dans son cœur pour ce qu’il a vu et vécu. Sa « reconversion » au christianisme met en évidence les radicales différences entre deux religions. Elle éclaire certaines illusions du monde occidental. Signalons que la véracité de son récit a été remise en cause sur les réseaux sociaux par des musulmans.
Si les contradictions théoriques (les apories) et pratiques sont bien mises en évidence, leur exposition n’est pas d’abord polémique ou apologétique. Son retour au christianisme appartient à sa recherche tantôt paisible, tantôt agitée, d’une vérité de vie. Ce témoignage est certainement une aide pour mieux se situer dans un débat qui traverse nos sociétés occidentales. La postface du prof. Rémi Brague (p. 239-244) est une magnifique relecture des enjeux de cette rencontre entre l’islam et le christianisme. Ceux qui sortent de l’islam font preuve de courage : ils risquent la mort sociale ou physique. Ce qui a fait réfléchir Soulayman, ce sont principalement les contradictions rationnelles (la non-existence de La Mecque au temps de Mahomet), les conséquences directes de la charia (mariage des petites filles), des comportements rudes et violents dans les sociétés musulmanes. R. Brague souligne le paradoxe du livre : l’islam n’attire plus dans les pays musulmans où la peur règne, et il se développe dans les pays naguère chrétiens : « la France n’est-elle pas la pute de l’Europe » ? L’Islam attire à cause de la décadence spirituelle de l’Occident et surtout de la peur qu’il inspire. L’expérience spirituelle et théologique du salafisme montre ses lacunes et expose sa violence doctrinale interne. — A. Mattheeuws s.j.