Anne de Jésus. L’essor du Carmel thérésien
Christiane Meres o.c.d.Biografie - reviewer : Paul Gilbert s.j.
Lors de son voyage à Bruxelles en sept. 2024, le pape François a annoncé que le procès de canonisation d’Anne de Jésus allait commencer à Rome. Les travaux préparatoires sont terminés, grâce entre autres aux recherches patientes de sr Christiane Meres o.c.d., l’A. du livre présenté ici. Ce livre n’est pas une biographie complète (on y trouve de brèves indications, entre autres sur les nombreux personnages mentionnés). Il trace essentiellement les grands moments de la vie d’Anne de Jésus, son action en compagnie de Thérèse d’Avila et de Jean de la Croix pour renouveler la vie religieuse dans l’Église qui venait à peine de conclure le concile de Trente. Les appuis auprès de personnes importantes dans la société d’alors étaient aussi généreux qu’était austère la vie des nouveaux couvents. Il s’agissait le plus souvent de créer de nouvelles communautés selon la règle mise au point par Ste Thérèse : une vie pauvre, en communautés silencieuses mais joyeuses, avec une insistance sur la prière nourrie de nos puissances mentales.
Comme pour tout essai de réforme dans l’Église, les choses ne furent pas simples. Thérèse d’Avila, l’initiatrice du renouveau carmélitain, au côté féminin nettement marqué, en sut quelque chose. Jean de la Croix aussi : le réformateur du côté masculin vécut des années de réclusion. Anne de Jésus de même, en étant séquestrée dans le monastère de Madrid (dont elle était la prieure) parce qu’elle ne voulait pas ajouter de nuances à la règle de Thérèse d’Avila. Tous les trois restèrent fidèles aux intuitions de départ. Anne en particulier résista à toutes les réformes qui donnaient à des non-carmes des droits sur les nouveaux couvents, même si des jésuites, p. ex., ne manquaient pas d’être appelés mais à titre personnel (son frère était d’ailleurs jésuite). Quelle époque ! Une multiplication de monastères qui manifesta un renouvellement rapide de l’esprit de prière dans l’Église espagnole, mais aussi en Italie, et là où Anne put fonder de nouvelles communautés, pas toujours pour son plaisir (mais il paraît qu’elle fit le vœu de n’avoir aucun désir) comme en France et aux Pays-Bas. Il y eut aussi des maîtres tels que Pierre de Bérulle ou François de Sales qui accompagnèrent les nouvelles fondations des carmélites : une époque créative qui revenait aux sources évangéliques de la vie.