De l'enfer introuvable à l'immortalité retrouvée. Les fins dernières selon le christianisme originel

Michel Fromaget
Teologia - Census taker : André Léonard (Mgr)

Un des grands mérites de cet ouvrage est d'aborder de front l'une des questions les plus difficiles et les plus dramatiques de la théologie : celle des peines éternelles de l'enfer. Que la liberté humaine puisse se refuser absolument au don de la grâce, nul, probablement, ne le niera. Mais que cette orgueilleuse rébellion soit punie par un châtiment éternel et ce, sans aucune perspective d'amendement, voilà qui choquait déjà le grand Origène et suscite une grave interrogation chez nombre de fidèles, voire de théologiens catholiques, comme, p. ex., Hans Urs von Balthasar et même Benoît xvi. Ces derniers, parmi d'autres, sont allés aussi loin qu'ils pouvaient dans la question connexe, mais non identique, de l'espérance du salut de tous les hommes.
L'A. n'est pas le seul à avoir récemment proposé une solution radicale à la question des tortures éternelles des damnés. Tout récemment, le chanoine Yvon Kull, dans un ouvrage dont j'ai écrit la préface (Revisiter l'enfer ou comment devenir immortel, Paris, Parole et Silence, 2017), a soutenu la thèse que le châtiment éternel des damnés consiste en leur mort définitive, en leur anéantissement à jamais. Moins accessible, moins « pédagogique » que ce dernier, l'ouvrage de Michel Fromaget a le grand avantage d'être plus fouillé et plus solidement argumenté, au prix, cependant, de certaines longueurs et répétitions.
Les thèses centrales défendues, avec une grande conviction, par l'A. sont : 1) que les Pères apostoliques et, spécialement Irénée, ont ignoré les tortures éternelles de l'enfer et conçu l'éternité du châtiment des damnés comme leur annihilation définitive, leur « seconde mort » ; 2) que ces mêmes Pères considéraient bien que l'âme humaine est naturellement immortelle, au sens où, par nature, elle peut survivre à la mort physique, à la « première mort », mais non pas absolument immortelle, car Dieu seul est absolument immortel, l'immortalité absolue de l'âme étant un don à mériter par le consentement à la grâce de Dieu ; 3) que les 336 principaux passages où le NT parle du sort des méchants peuvent se comprendre autrement que dans le sens, devenu traditionnel, de tortures éternelles, ainsi que le suggère, p. ex., la comparaison de leur châtiment avec celui de la paille qu'on jette au feu et y disparaît, l'éternité de la peine pouvant, quant à elle, être interprétée au sens de « définitive », comme, par exemple, quand la lettre de Jude (v. 7) évoque le feu « éternel » punissant Sodome et Gomorrhe, feu qui, manifestement ne brûle plus aujourd'hui ; 4) que les textes du Magistère de l'Église affirmant les châtiments éternels de l'enfer reprennent essentiellement les formules bibliques et, que, dès lors, leur interprétation est liée à celle des versets bibliques.
Ce livre va probablement susciter beaucoup de réactions positives, mais aussi négatives. Nombre de spécialistes en exégèse et en patristique, voire en théologie dogmatique, émettront des réserves, d'autant plus que l'A. écrit avec une passion et une persuasion qui peuvent susciter un mouvement de recul critique. Il sera intéressant d'analyser leurs réactions. D'autres manifesteront la même inquiétude pédagogique qu'à l'égard de l'apocatastase origénienne. Si le happy end est finalement assuré, la volonté de conversion du coeur humain ne sera-t-elle pas démobilisée ? Mais n'est-ce pas dramatique de se savoir, éventuellement, destiné à l'anéantissement ? Pas après, certes ! Mais avant…
L'ouvrage de l'A. est, en un sens, provocateur. Son exégèse biblique et patristique sera controversée. Sur la question de fond, le Magistère aura peut-être à s'exprimer sur le plan de la foi catholique. Mais on ne pourra qu'être reconnaissant à l'A. d'avoir « provoqué » à une réflexion approfondie sur la question de l'enfer éternel. - Mgr A. Léonard

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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