Éthique sexuelle et familiale, préf. A. Mattheeuws

Olivier Bonnewijn
Morale e diritto - reviewer : Pierre Gervais s.j.
Parler d'éthique sexuelle et familiale pour rejoindre la Bonne Nouvelle exprimée dans la morale catholique n'est pas tâche aisée. Saluons l'audace, la précision et la créativité de notre auteur, désireux de transmettre de manière rationnelle une espérance chrétienne dans des domaines délicats. La parole est oeuvre d'esprit. Parler, décrire, nommer des actes qui appartiennent au monde des désordres sexuels et leur donner une «qualification morale» sans juger les personnes est un art et une mission ecclésiale importantes.
Proclamer la loi sans en montrer le chemin et la miséricorde n'est pas chrétien. Tel n'est pas le propos du moraliste. Au contraire, dans cette recherche parfois subtile et précise de «l'objet moral» des actes humains, le déploiement de langages variés est une aide précieuse et décisive tant au point de vue relationnel que pastoral. La pluralité des discours que le lecteur rencontrera dans ce «nouveau manuel» n'est pas «dispersion» ni «confusion»: elle sert la relation que tout homme de bonne volonté établit en son corps avec autrui et par la médiation de son être sexué.
La sexualité est «richesse» de la personne. Elle montre l'importance symbolique du corps sexué de l'homme et de la femme. Elle témoigne d'une signification inscrite par le Créateur lui-même en Adam depuis l'origine. Tel est l'un des beaux objectifs atteints par la réflexion de l'auteur. Comme le souligne le Père A. Mattheeuws dans sa préface: «Si la vérité doit surgir, parfois avec netteté, ce n'est pas au détriment des personnes confiées au théologien qui reste toujours un pasteur dans la mission reçue. Cette vérité qu'il cherche à communiquer reconnaît et donne d'ailleurs tout leur poids aux circonstances accompagnant les gestes et les paroles, aux intentions qui traversent le coeur et l'esprit qui agissent. Noble tâche que ce travail: nous sommes sûrs qu'il fera du bien à « qui sait voir » et « à qui peut entendre »» (p. 9). Aux divers carrefours du livre, nous retrouvons ce souci de l'A. d'exercer un discernement en tenant compte des apports des sciences humaines, de la philosophie et de la tradition théologique. Le Père O. Bonnewijn possède déjà une longue expérience pastorale qui se reflète dans ses écrits et dans ses enseignements.
Le livre déploie aussi de nombreuses options décisives qu'il nous semble bon de nommer, sans les argumenter longuement. Pour l'A., il est toujours possible de faire le bien. Les situations humaines peuvent nous déconcerter par leur complexité, mais la capacité de l'homme à correspondre au plan de Dieu est bien mise en évidence. Cette conviction catholique illumine la vie des hommes et rend l'espérance aux pécheurs. La loi est une personne: le Christ qu'il nous est permis de suivre dans la puissance de l'Esprit. La description de ce qu'est la chasteté (chap. 3) en clé personnaliste atteste cette conviction. Le dialogue pastoral avec les personnes homosexuelles tel qu'il est réfléchi (chap. 5), la place décisive de la liberté humaine dans les désordres sexuels et les dépendances (chap. 6) et surtout la réflexion éthique sur le cheminement de chaque personne vers le bien (loi de gradualité au chap. 7) montrent de multiples manières l'attention de l'A. à la beauté et à la bonté de l'être humain dans son agir propre.Une option déconcertante pour certains, mais décisive pour la considération de la maturation spirituelle et morale de la personne, est longuement déployée: en quoi le mariage et le célibat pour le Royaume s'éclairent-ils mutuellement? On sait combien le mariage est symboliquement uni à la relation que le Christ noue avec son Église (chap. 1). Le couple chrétien est appelé à témoigner d'un amour qui le dépasse de part en part. L'amour est «un», nous a redit Benoît XVI dans sa première encyclique. Cette unité à l'origine se dit par la «structure sponsale» de tout être humain. Si l'homme et la femme grandissent en sainteté en nouant une alliance qui signifie l'Alliance nouvelle, celui et celle qui sont appelés au célibat consacré participent à la même Alliance et disent également dans l'histoire combien Dieu aime l'humanité et attend de toute personne une réponse à sa mesure d'aimer qui est infinie. L'A. montre avec bonheur comment le célibat pour le Royaume, contesté dans la culture occidentale, est une tâche confiée à la liberté humaine et un don toujours offert. Les traits de ce don sont magnifiquement explicités (chap. 2, p. 71-81).
Sans pouvoir tout expliciter, il nous faut, pour terminer, souligner encore le rapport qu'établit l'A. avec des lieux scripturaires décisifs, tant dans le Nouveau que dans l'Ancien Testament. Il montre ainsi qu'il appartient à une génération de moralistes qui tentent d'articuler leur discours avec la rationalité immanente à l'Écriture et à la Tradition. L'oeuvre de réflexion morale n'est pas abstraite du cheminement de l'Esprit: que ce soit dans des questions aussi délicates que celles de la continence périodique des époux, la masturbation, l'avortement, la production d'embryons humains, la pédophilie incestueuse, nous retrouvons ce mouvement de la liberté humaine désireuse, sans pouvoir toujours l'accomplir, de se donner à Dieu et aux autres dans la liberté de l'esprit. L'histoire du salut n'est ni une abstraction ni un concept. On sait combien cette oeuvre est un long cheminement et combien elle est le lieu d'un «combat spirituel» que l'A. souligne de diverses manières. La fin est toujours manifestée dans l'agir de l'homme, mais elle se blesse ou s'enlise parfois dans des médiations douloureuses dont seul le Christ Sauveur peut nous sauver. En ce sens, et les citations des textes du Magistère en témoignent, ce livre nous montre combien la tâche morale de tout un chacun est à faire de manière libre et consciente, mais dans un abandon confiant à la grâce offerte à tous. L'éthique philosophique montre sa noblesse et sa limite lorsque le Christ lui-même s'affirme comme l'unique Sauveur de nos vies.
Cet abandon spirituel à la miséricorde est déployé avec vigueur et délicatesse dans un chapitre (chap. 6) qui conjoint les langages de l'Écriture, de la Tradition et celui des saints et des confesseurs. Car en matière de morale, le premier et le dernier mot se répondent: le pardon répond toujours au don de Dieu. Comme le soulignait déjà la préface: «Chacun trouvera dans les considérations énoncées et les références à sainte Thérèse de Lisieux de quoi méditer sur la grandeur de Dieu, sur le respect qui lui est dû, sur le « droit » de Dieu à nous aimer jusqu'au bout et à attendre la même réponse de la part des hommes. Chacun y découvrira combien la liberté, toujours neuve, toujours « virginale » en son noyau, peut vivre une humiliation régulière dans le péché commis et être restaurée dans son désir de « voir Dieu » et de « goûter la joie sans fin », celle des saints et des saintes de Dieu» (p. 11). Ce livre est donc un livre «ouvert» aux désirs des hommes, à leurs questions sur la vérité de leur agir, à leur soif de connaître Dieu en faisant le bien. - P. Gervais sj

newsletter


the review


La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

contact


Nouvelle revue théologique
Boulevard Saint-Michel, 24
1040 Bruxelles, Belgique
Tél. +32 (0)2 739 34 80