Il n’est pas rare de penser que la pastorale consiste avant tout à s’occuper du culte et de la prédication, ainsi que de l’organisation de l’engagement caritatif d’une communauté chrétienne. Est-ce cependant suffisant pour que cela soit significatif d’une pratique chrétienne ? Toutes ces activités ne sont-elles pas mesurées habituellement par des données venues des sciences humaines, dont le statut spirituel n’est guère interrogé ? Il n’est pas impossible de soutenir que la désaffection envers l’Église requiert aujourd’hui une grande attention au sens théologal de ses structures. Bien souvent les modèles anthropologiques qui servent à transmettre le message de l’Évangile proviennent de techniques jaugées à leurs seuls succès quantitatifs.
Nicola Reali, professeur d’anthropologie (en particulier du sacrement de mariage) à l’Istituto Redemptor Hominis du Latran, lecteur de Balthasar et de Marion, ne manque pas de critiquer des affirmations communes sur le désir de Dieu, sur une ligne continue qui irait du cœur désirant de l’homme à la reconnaissance du don de Dieu, ou sur une compréhension du verset de la Genèse selon lequel l’homme serait à l’image de Dieu parce qu’il jouit de la raison, autant de schèmes de pensée qui effacent la tension de la différence divine.
Il ne s’agit évidemment pas de retrancher du discours pastoral le thème de l’incarnation, mais d’insister d’abord sur la filiation du Fils, ou sur le don de la vie du Père au Fils par l’Esprit lors de l’événement pascal, une filiation qui est déjà vécue par le Christ tout au long de son temps auprès de ses disciples et de notre humanité, dans une absolue confiance en Celui qui donne la vie. Le cœur de la vie ecclésiale, et donc de sa pastorale, n’est en aucun autre lieu que celui-là. Cela implique un accent moindre de l’anthropologie sur le péché de l’homme, sans le nier bien sûr, et une insistance sur l’amour du Père, y compris aux moments les plus obscurs de notre existence.
La réflexion est techniquement serrée, articulée avec grand soin aux références précises à la tradition théologique ancienne (Thomas d’Aquin) et présente (Aletti, Dalfert). On ne tirera pas de ce livre de nouvelles règles techniques pour la pastorale paroissiale, mais une invitation à une attention renouvelée au mystère chrétien vécu par tout baptisé accompagné par ses pasteurs. — P.G.