L'Église catholique face aux abus sexuels sur mineurs

Marie-Jo Thiel
Morale e diritto - reviewer : Noëlle Hausman scm

Experte de longue date de ce douloureux sujet, l’A. propose dans ce fort ouvrage la somme qui manquait pour soutenir une réflexion appropriée. On peut ne pas partager tous les accents de son analyse, parfois portée à quelques excès – faut-il vraiment généraliser la responsabilité de ceux qui dans l’Église « étaient en première ligne et n’ont rien fait » (p. 13), réinterroger pareillement la règle du célibat et de la continence (p. 630) ? Il n’en reste pas moins qu’on n’échappe pas au diagnostic d’un « phénomène systémique » qui interroge la structure même de l’Église et sa manière de fonctionner (p. 13). Commençant par une nécessaire relecture rapide de l’histoire, surtout centrée sur la France (chap. 1), l’ouvrage propose (chap. 2) un état des lieux et éclaircit quelques définitions, non sans proposer des échappées interprétatives (« On peut se demander si, par-delà les cas d’inceste biologique, les abus sexuels de certains clercs et religieux ne relèvent pas d’un inceste spirituel », p. 99). La justice (civile plus que canonique) est présentée (chap. 3) comme le cadre contraignant souvent décisif pour « contenir » les transgressions sexuelles. La souffrance du mineur victime (chap. 4) vient dès l’abord à l’avant-plan, avec ses modes d’accompagnement même pastoral, puis ce sera le tableau des auteurs d’agressions sexuelles (chap. 5) qui vise à mieux cerner leur profil et à comprendre le pourquoi du passage à l’acte, en vue de le prévenir – notons qu’il n’est pas renoncé à « traiter » ces personnes déviantes (p. 281).

La deuxième moitié de l’opus porte en particulier sur les abus sexuels commis par des religieux et des clercs de l’Église catholique (chap. 6), avec une analyse de ces causes qui mettent en jeu des questions éthiques et théologiques (chap. 7) ; puis un dernier chapitre reprend tout ensemble les impératifs « prévenir, former, veiller, prendre soin » (chap. 8), avant une très brève conclusion générale. Ce deuxième mouvement repart des faits les plus récents dans l’universalité de l’Église (États-Unis, Canada, Chili, Australie, France, Irlande, Allemagne, Autriche, Belgique), et des réactions magistérielles, bien documentées, depuis Crimen sollicitationis (1962), à travers l’affaire Marcial Maciel, jusqu’à la lettre du pape François au peuple de Dieu (2018) ; on y trouvera des pages canoniquement informées (mais qui peuvent laisser songeur) au sujet du secret pontifical ou de la confession. On l’a dit, la même impression se fait jour quand, parmi les causes analysées, il est traité de l’obligation du célibat sacerdotal, mais aussi de lobby gay ou de féminisme contemporain. Il est clair que « l’analyse faite peut (…) apparaître lourde, tragique » et que « le risque de cléricalisme est une plaie pour l’Église, mais certains savent l’éviter quand bien même ils souffrent aujourd’hui de cette crise systémique, qui, elle, concerne tout un chacun » (p. 618). Il faut savoir gré à l’A. d’avoir produit cette impressionnante étude (un parcours « rude, ténébreux, vrai chemin de croix », p. 668), et de l’avoir terminée en insistant sur la formation des séminaristes et des novices, des prêtres et de tous les acteurs de terrain. Une imposante bibliographie, quelques dates majeures, la liste des abréviations et des remerciements clôturent un travail qu’il n’est pas permis d’ignorer. — N. Hausman s.c.m.

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