L’épreuve de Dieu. Peut-on encore prouver que Dieu existe ?
Emmanuel TourpeFilosofía - reviewer : Paul Gilbert s.j.
Dieu comme question humaine demeure une interrogation importante dans nos vies malgré les annonces de sa disparition dans nos cultures occidentales communes. L’indifférence religieuse ne se nourrit-elle pas des maîtres du soupçon comme Marx, Nietzsche ou Freud ? Mais les critiques réductrices de ces auteurs ne témoignent-elles pas elles-mêmes de la permanence du sens de l’idée de Dieu ? On croit éliminer l’idée de Dieu en lui opposant la réalité du mal. Mais n’est-ce pas pour donner un sens à cette réalité qu’on invoque Dieu sans qui nous n’aurions pas à la combattre ? Les détails des arguments d’Emmanuel Tourpe ne sont pas précisés outre mesure ; le nombre des auteurs anciens et contemporains mentionnés est cependant impressionnant, leurs thèses étant seulement évoquées dans la 1re partie du livre mais davantage citées dans la 2de, la pars construens. La ligne de la pensée est déployée en général dans le style clair et ardent qu’on connaît de l’auteur.
Celui-ci se laisse guider par le pari de Pascal, que nous pourrions assumer de cette manière : en refusant de considérer l’importance positive de l’affirmation de Dieu, notre culture qui se dit rationnelle, scientifique en particulier, ne s’impose-t-elle pas des censures stérilisantes ? Par ailleurs, on sait depuis plus d’un siècle que les affirmations des sciences sont d’ordre statistique, et que l’empirisme pur et dur est une idéologie qui refuse de prendre conscience des manières de procéder en science.
Trop souvent, les représentations rationnelles que nous nous donnons de Dieu sont inadéquates, rien que des représentations objectives de nos désirs. Un certain iconoclasme est légitime. La ligne de conduite de l’A. est celle de Maurice Blondel, dont il est un des meilleurs connaisseurs aujourd’hui. Il ne s’agit pas de choisir entre l’objectivité de la raison et la subjectivité de nos actions, ni de préférer un de ces pôles tout en ne négligeant pas l’autre. La règle de Latran iv en 1215 (là où il y a ressemblance entre Dieu et nous, la dissemblance est plus grande) va en effet au-delà de l’indécision inhérente à un simple paradoxe (ce mot vient souvent dans l’ouvrage). — P.G.