L'insolence des miracles
Didier Van CauwelaertArte e letteratura - reviewer : Alain Mattheeuws s.j.
Didier Van Cauwelaert ne nous a pas habitués à des thématiques aussi religieuses, mais il garde son humour, sa fantaisie et son style à la fois primesautier et déconcertant. Pour ce qui concerne les miracles, ce ne sera pas tout à fait apprécié par les spécialistes des vies des saints mais certainement par le chrétien de base qui apprendra beaucoup de choses sur Dieu et sur la vie de ces hommes et femmes pétris de surnaturel. Ce contenu du livre, qui a la forme littéraire d’un roman, peut se comprendre dans un horizon de théologie spirituelle.
Des questions fondamentales sont bien posées : comment explorer ce qui nous dépasse et ainsi réconcilier l’esprit critique et la faculté d’émerveillement ? Comment à partir d’un « agir » divin rendu visible, remettre en question notre réflexion sur la grandeur de l’homme et ses limites personnelles et institutionnelles ? Le titre est très suggestif : rien de plus insolent qu’un miracle. C’est plus qu’une surprise, qu’un dépassement de l’entendement, qu’un exercice de foire, qu’un acte magique. L’insolence, c’est de remettre parfois les institutions humaines et religieuses à leur place et montrer le « droit de Dieu », dirait Claude Bruaire. On le sent, dans le récit des saints présentés et de leurs « miracles », l’A. questionne régulièrement les réactions ecclésiales. La vertu de prudence que l’Église affiche et désire promouvoir (cf. le dernier document de la Congrégation pour la Doctrine de la foi sur les normes concernant les apparitions) n’est-elle pas souvent l’expression des peurs face à la puissance divine ou d’une réduction très psychologisante de la spiritualité de l’âme humaine ? Autre objection pour ceux qui ne croient pas, le miracle entrevu ou vécu est-il issu d’une action divine ou le fruit de puissances cachées ou inconnues de la nature humaine ? Ces belles questions nous indiquent que ce livre est plus qu’une vie de saints ou qu’un roman du merveilleux. Il donne à penser aux gens de bonne volonté.
D’ailleurs les récits sont stimulants : depuis les apparitions de Marie (à Lourdes) jusqu’à l’examen du Saint Suaire, les métamorphoses d’hosties, les guérisons et prophéties du Padre Pio, la mort intarissable de Charbel Makhlouf, le bon conducteur de tram et ses voyageurs, la passion de Carlo Acutis pour l’eucharistie et la conservation de son corps. Autant de récits et d’actions un peu « hors normes » et qui fascinent car même après le crible des observations scientifiques, il reste les énigmes du « comment » et du « pourquoi » de ces nombreux événements. L’avantage de ces récits est de poser des questions, d’attirer l’attention et l’affectivité sur l’action de Dieu dans l’histoire humaine. Le livre n’est pas ennuyeux : il ouvre des portes pour qui veut rêver et réfléchir car ces deux actions appartiennent à la raison humaine.
Le surnaturel n’est pas seulement une illusion, une action diabolique, mais une attestation de l’existence d’un Dieu vivant qui fait histoire avec notre humanité. « Les miracles ne se laissent pas noyer dans l’eau bénite ; c’est peut-être là, du reste, leur plus belle insolence » (p. 10). Un livre qui peut faire du bien à beaucoup, surtout à ceux qui sont en désolation ou qui se posent des questions trop réalistes sur l’avenir de l’Église. — A. Mattheeuws s.j.