La mission théologique de Romano Guardini. Essai sur l’unité d’une œuvre
Vincent BillotTeologia - reviewer : André Haquin reviewer : Emmanuel Tourpe
Présentation de l’ouvrage
Quel étudiant en théologie ne connaît le nom de Romano Guardini (1885-1968), prêtre, italien d’origine, qui a grandi en Allemagne et a soutenu le Mouvement liturgique après la 1re Guerre mondiale ? Son ouvrage L’esprit de la liturgie (1918), souvent cité par le pape François, est un des plus célèbres. On pourrait dire que R.G. a vécu plusieurs vies en une seule : intégration difficile à la culture allemande, recherches et enseignement universitaire, présence pastorale auprès des étudiants, etc. Mais comment caractériser une telle existence ? Vincent Billot, qui a présenté sa thèse de théologie à Louvain-la-Neuve le 22 avr. 2024, souligne que R.G. était un homme habité par la conviction de l’unité de la foi et de la vie chrétienne. La source de cette unité serait à chercher dans sa « mission théologique » que le philosophe-théologien a progressivement découverte. La présente thèse concerne principalement les années 1905 à 1925.
Comme jeune étudiant en Allemagne, R.G. fait l’expérience d’un déracinement, affronté au rationalisme (Kant), à la culture de l’Aufklärung (Lumières) et à l’individualisme. Il se sent dans un monde culturel divisé, qui délaisse la foi et la vie concrète. La crise religieuse qu’il connaît (1905) s’accompagne d’une profonde mélancolie qui risque de le faire sombrer. Dans ce combat spirituel, apparaît cependant une promesse dont il parlera à la fin de sa vie. Lors d’un rêve, il reçoit une parole mystérieuse de Dieu le persuadant que chaque être humain a sa vocation propre (p. 19 et p. 139). L’espérance renaît en lui et il se sent appelé à servir comme prêtre. Ses deux thèses de théologie, doctorat (1915) et habilitation (1921), sont consacrées à St Bonaventure, théologien franciscain. Celui-ci estime que la théologie est au service du progrès de la vie chrétienne ut boni fiamus et que mystique et théologie sont complémentaires. Bonaventure a un amour passionné pour le Christ et pour l’Église, pour l’unité de la foi et de la vie chrétienne. R.G. lui est très redevable : le Christ, Verbe éternel, est l’Ars Patris, car par lui tout a été fait. Il est aussi l’Époux de l’Église.
R.G. a eu très vite l’intuition que dans le réel tout se tient, d’où sa « théorie philosophique de la polarité ». Des réalités qui semblent étrangères l’une à l’autre, comme l’un et le multiple, l’action et l’état, l’attraction et la répulsion, la vie et la mort, sont des réalités « en tension » plutôt que contradictoires ou exclusives l’une de l’autre. On peut en dire autant de la foi et de la raison, de la théologie et de la philosophie, de Dieu et de l’homme, de…