L’ouvrage de l’ancien doyen de la faculté de théologie de Lille est une réflexion rigoureuse et vigoureuse autour de la figure trinitaire au sein de la foi chrétienne. En 67 chap. – référencés dès la première ligne de l’intro. – l’A. se propose d’interroger, d’une façon critique, cet héritage culturel qui risque d’apparaître comme encombrant et cela d’une façon très originale. Alors que beaucoup d’ouvrages consacrés à cette spécificité incontournable du christianisme relèvent soit de l’apologétique, soit de l’histoire ecclésiale de cette expression, la démarche ici se démarque, forte d’une ambition renouvelée : « En quoi le fait de parler de la Trinité est-il décisif, en quoi le fait d’y croire est-il salvateur ? » (p. 7). Cette question est loin de n’être que rhétorique au sein d’un éthos social qui a égaré l’idée même que Dieu puisse encore être porteur d’une quelconque signification. Pourtant, le langage trinitaire déborde ce qui semble être son substrat et sa condition de possibilité, à savoir le fait même de croire en Dieu. Il ne se laisse pas non plus enfermer dans le double héritage de la rationalité grecque et de la stricte foi biblique. L’objectif de l’étude qui s’adresse à un public averti, universitaire, est de « comprendre la genèse et le développement du langage trinitaire dans le christianisme, et chercher à en découvrir les enjeux dans leur contexte historique » (p. 10). Pour y parvenir, le rédacteur de Dieu bouleversé (Cerf, 1999) propose une méthode inusitée qui consiste en un double mouvement ; d’une part un versant initial qui part « de Jésus à la Trinité » (1re part.), un versant inversé d’autre part qui va « de la Trinité à l’Évangile » (2de part.). Cette double approche génère une riche cinétique et possède une indéniable puissance conceptuelle tout à fait convaincante qui rend l’ouvrage à la fois limpide dans sa visée et complexe dans son déroulement. À une démarche première où la dominante est historique et qui retrace une généalogie passée succède une démarche globale de nature plus théologique qui interroge un sens à redécouvrir. Ainsi il s’agit moins de « sauver la Trinité » (p. 254) que de réfléchir, dans un contexte post-moderne, à ce qui peut permettre à ce concept majeur de la confession de foi d’occuper la place légitime qui lui revient, en sortant d’une opacité liminaire. En dépit ou à cause du conflit des interprétations dont elle est l’objet – l’A. n’en identifie pas moins de 12 (chap. 62) –, le croyant est invité à prendre soin de cette Trinité, aussi incomprise dans l’histoire qu’incontournable dans la vie intérieure du chrétien. La densité du texte rappelle parfois le style d’un Michel de Certeau (p. ex. « le sol sur lequel se construit l’acte théologique » p. 261) ; cela ne doit pas rebuter un lecteur attentif qui aura à cœur, au contraire, d’habiter véritablement le mystère trinitaire en le prenant enfin au sérieux, se laissant transformer par cette nouveauté structurante. — T.L.G.