Le silence de l’agneau. La morale catholique favorise-t-elle la violence sexuelle ?
Matthieu PoupartMorale e diritto - reviewer : Isabelle de la Garanderie
Disons-le tout de suite : il ne faut pas s’arrêter au sous-titre volontairement provocateur de l’ouvrage car il s’agit là bien au contraire d’un livre majeur pour réfléchir aux biais qui nous ont aveuglés face aux abus sexuels dans l’Église. Pour Matthieu Poupart, il ne s’agit en effet pas de révolutionner la morale chrétienne, et notamment sexuelle, mais bien plutôt de la dégager des gaines de préjugés sociologiques qui en ont entravé une juste compréhension.
Ainsi, l’un des points forts de l’ouvrage est d’avoir remarqué le réel retournement sur la question de l’homme et de la femme, où cette dernière est souvent perçue aujourd’hui dans des enseignements comme une « séductrice », ou tout au moins comme celle qui devrait protéger les hommes de la tentation par son bon comportement. Or l’A. montre avec rigueur combien cette manière de voir est aux antipodes du discours des pères de l’Église pour lesquels la garde de la chasteté était justement une caractéristique virile tandis que les femmes étaient vues comme plus faibles. Ce n’est pas la seule surprise que l’on croise en lisant cet ouvrage très convaincant qui examine aussi la présence – ou l’absence – de la question du consentement ou des violences sexuelles, particulièrement le viol, dans divers discours officiels ecclésiaux ou encore la manière de considérer les « martyres de la pureté ». Un livre important pour renouveler notre regard et oser nous poser les bonnes questions avec franchise afin de vraiment rayonner non de nos propres idées reçues mais bien de l’évangile et de la tradition la plus ancienne, d’une manière qui ne se bouchera jamais plus les oreilles face au cri de l’innocent.
Retrouvez le débat entre l’A. et Pascal Ide sur le thème « La “théologie du corps” favorise-t-elle la violence sexuelle ? » sur le site de la revue :