Les Trois Discours contre les Ariens, traduction et notes A. Rousseau moine de l'abbaye d'Orval; ouverture et guide de lecture R. Lafontaine, S.J.

Athanase d'Alexandrie
Teologia - Census taker : Alban Massie s.j.
À l'heure où les études patristiques prennent un tournant résolument herméneutique, cet ouvrage est le bienvenu. Montrer le vrai visage du Fils de Dieu devenu homme de chair contre l'agnosticisme radical d'Arius et la confusion que celui-ci induit entre la créature et le créateur, par suite décrire les conditions de possibilité d'une divinisation qui n'écrase pas l'être de la créature, tel est l'enjeu de ces Discours qui constituent une catéchèse apologétique «constamment nourrie par l'Écriture et stimulée par le zèle pastoral» (R.L., p. 384). Les deux premiers furent écrits vers 339, en exil, le troisième entre 359 et 362, à Alexandrie et en cachette des autorités favorisant les thèses ariennes condamnées au Concile de Nicée (325). La traduction d'A.R. s'est faite sur base de la récente édition critique de Metzler et Savvidis (Bochum, 1998-2000), cependant discutée dans ses choix par rapport à l'édition de Montfaucon (1698).
Défendant la cohérence des trois textes, reconnue par la majorité des spécialistes aujourd'hui, R.L. offre un guide de lecture conséquent, précis, ayant le souci de la synthèse aussi, qui occupe un bon tiers de l'ouvrage. Ainsi peut se comprendre l'insertion de ces Discours dans la collection «Donner raison» des éditions Lessius. A. dénonce dans l'arianisme «un monothéisme exclusif de la Trinité proprement divine» (R.L., p. 320, n. 5), qui aboutit à nier Dieu comme Trinité et comme créateur. Pour la foi catholique, en revanche, le Fils est «le propre engendré de la substance du Père» (I, 9a): Athanase traduit ainsi l'homoousios nicéen, qu'il n'entend pas reprendre comme argument d'autorité dans la polémique. Pour décrire l'identité des personnes divines, il lui préfère en effet l'analogie et le symbolisme sapientiel de l'Écriture qu'ont déformés les sophismes et l'anthropomorphisme de la Thalie d'Arius et des Syntagmata d'Astérius de Cappadoce, associés à la gnose valentinienne, à Sabellius, à Paul de Samosate et aux résistances juives à l'incarnation. Les présupposés théologiques de ses adversaires débusqués, quatre passages de l'Écriture sont particulièrement étudiés dans ce cadre de la défense de l'Écriture comme lieu théologique de l'affirmation de la foi: Pr 8,22, Ac 2,36; He 1,3; 3,2. A. ne néglige pourtant pas l'approche métaphysique, afin de montrer ce qui est propre à la divinité, qui «s'oppose à l'étranger et à la dissemblance selon la substance» (I, 17a). Ne disposant pas de la distinction entre ousia et hypostasis, A. s'appuie aussi sur la typologie de l'icône pour définir l'être du Fils incarné et sur son corps (III, 5-6). Tout au long de son argumentation l'évêque offre une réflexion sur le langage de la Bible, sur les analogies qu'elle propose pour dire la divinité du Verbe et la divinisation de l'homme, rendue possible dans l'imitation fondée «sur la grâce de la filiation adoptive, qui offre de contempler dans la foi l'unité éminemment personnelle du Père et du Fils en l'unique nature divine» (R.L., p. 452). On voit donc que la cohérence des trois Discours est impliquée dans l'herméneutique scripturaire dévoilée et non instrumentalisée par la polémique, comme le souligne R.L., contre Kannengiesser: «Ce n'est pas le « concept » qui régit l'intelligence de l'Écriture, mais le témoignage du Fils de Dieu, comme logos incarné» (p. 457). - A.Ms sj

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