L’A. signe une œuvre originale. Elle propose un récit romancé du vendredi saint, depuis la condamnation de Jésus jusqu’à sa mise au tombeau. Ce n’est pourtant pas un livre de divertissement. Car l’A. s’appuie sur les années passées à scruter les Écritures bibliques et la littérature latine. Elle fait preuve donc d’une réelle expertise, distillée à travers une narration alerte, qu’elle conjugue à une heureuse mise en récit de la Passion. Comme dans tout projet narratif, le point de vue est important : le titre est limpide, ici, il sera celui de la femme de Pilate. Après avoir eu un songe dont elle fait prévenir son mari, Procla, dont le nom est connu par des apocryphes du vie s., s’enfuit du palais et ne tarde pas à retrouver dans Jérusalem les disciples de Jésus – notons que l’A. accorde une place de prédilection aux femmes de l’entourage de Jésus. L’histoire est en fait celle de l’agrégation de Procla au groupe des disciples, qui lui racontent tour à tour l’expérience bouleversante vécue auprès du Nazaréen. Une galerie de portraits surgit alors, principalement constitués de personnages secondaires des évangiles, souvent restés dans l’anonymat. L’A. leur donne un nom, contribuant à les humaniser. La servante du grand-prêtre reconnaissant Pierre est prénommée Zilpa, la femme adultère s’appelle Éliya, etc. Parfois, ces personnages sont aussi associés à une figure de la tradition – ainsi la femme hémorroïsse est-elle identifiée à Véronique ! Des traits fantaisistes parsèment aussi l’ouvrage, par exemple le fait que le linceul de Jésus aurait été cousu par la Samaritaine de Jn 4, devenue commerçante à Jérusalem. Finalement, l’ouvrage n’est pas un livre d’histoire, ni un roman. Il est la mise en récit d’une histoire qui nous est elle-même parvenue à travers une mise en récit. Le geste de l’A. se présente alors comme un geste de continuation des Écritures – osons le dire, c’est un geste inspiré de bout en bout par l’historiographie biblique. Ce qui est précieux, c’est que cette tentative donne à entendre des histoires racontées à partir de points de vue inhabituels. En particulier, l’histoire de la femme adultère, racontant que les hommes se jouaient d’elle, jette un regard nouveau sur la péricope. Une lecture qui nourrit la méditation et la réflexion sur la manière dont les auteurs bibliques construisent l’histoire. — N. Jorion o.praem.

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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