Pénombres. Glanes et approches théologiques

Joseph Malègue
Arte e letteratura - reviewer : Marie-Jeanne Coutagne

Joseph Malègue (1876-1940) est connu pour être l’A. d’un chef-d’œuvre, Augustin ou le Maître est là, de nombreuses fois réédité depuis sa parution en 1933, l’un des romans préférés du pape François. L’A. a aussi écrit d’autres romans, Pierres noires et Les classes moyennes du salut, la plupart édités de manière posthume. Pénombres (1939), paru un peu avant sa mort, réédité aujourd’hui, est un essai d’apologétique à destination de notre monde sécularisé. L’A. se propose de « glaner » (cf. le sous-titre), de ramasser des miettes du savoir théologique, afin d’apporter sa contribution à l’intelligence chrétienne. Avec la modestie assumée du laïc et de l’écrivain, l’A. déploie ici quatre textes de facture et de genre différents : deux essais, une superbe méditation sur la Vierge Marie (Mater admirabilis, « pure capacité remplie de Jésus ») et une nouvelle. Malgré cette diversité, il s’agit de faire entrer le lecteur plus avant au cœur du mystère chrétien : l’Incarnation. Pénombres, c’est d’abord la lumière chrétienne, le plus souvent tamisée dans notre vie. Ce « clair-obscur » n’est pas dû qu’aux ombres de notre humanité et au rythme douloureux des jours. Dieu a accepté de venir nous sauver en sollicitant notre foi et notre amour et non en nous contraignant par l’évidence aveuglante de sa divinité. Tous les textes rassemblés ici par l’A. constituent comme une méditation très profonde du mystère de la kénose divine. Un mot revient sans cesse, celui d’humilité : celle du Christ venant au-devant de nous, la nôtre aussi, bien entendu, qu’il nous faut assumer par amour. « Le véritable christianisme est une étonnante descente de Dieu vers l’homme ». Le style de la réflexion de l’A. paraît parfois difficile, mais la lumière se fait peu à peu, et il nous accompagne, en somme, sur le chemin qu’il ouvre pour nous. Notons sa grande attention à l’apport des sciences sociales qui, selon lui, permettent de comprendre au mieux le caractère incarné de notre condition individuelle et collective et la nécessaire considération des causes secondes au cœur de l’action divine comme celle de l’effort vers la fraternité qui nous soulève. Un mot enfin sur la nouvelle qui clôt le volume : « Celle que la grotte n’a pas guérie ». Il s’agit de l’existence réduite à la grande souffrance de Mlle Noémi, dont l’existence modeste et effacée se déroule au fil du temps de sa solitude et de sa maladie. Un grand vide se creuse derrière chacun de ses jours mais soudain une timide lumière se fait, humble consentement au présent, certitude obscure suffisante à l’âme. Ces lignes sont du meilleur Malègue et le volume vaut aussi pour ces pages-là. — M.-J. Coutagne

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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