Penser l’amour avec Thomas d’Aquin. Lecture philosophique
Adriano Oliva o.p.Filosofía - reviewer : Emmanuel Tourpe
Le p. Adriano Oliva, o.p., propose dans cet ouvrage une étude vraiment sommitale qui rafraîchit à grands coups de découvertes majeures la compréhension de l’Aquinate. Il est intéressant que ce livre renforce les conclusions d’un autre livre, paru cette année, et que nous avons déjà recensé, sur le rôle décisif de la miséricorde chez l’Aquinate (cf. É. Dumoulin, Fondements pour une théologie de la miséricorde, Cerf, 2024, dans NRT 147, 2025, p. 298-301).
Thomiste reconnu, l’A. adopte une méthode strictement historico-critique, attentive au lexique scolastique, aux genres littéraires et aux structures argumentatives. L’ouvrage suit le plan même des grandes œuvres théologiques de Thomas, assumant sa méthode démonstrative d’inspiration aristotélicienne. L’amour y apparaît comme un principe d’unité et de causalité finale qui ordonne le réel entier, selon une dynamique inspirée du Pseudo-Denys et de Proclus : le bien surabondant se communique à l’inférieur, qui tend vers le supérieur pour atteindre sa perfection.
La 1re part. traite de l’amour en Dieu : l’Aquinate y articule perfection et simplicité divines pour montrer que l’amour divin, acte pur, est cause finale et inclut le gaudium. La 2e part. examine les substances séparées : l’A. analyse la volonté angélique, la distinction entre amour naturel et amour élicité, et la tension entre amour de soi et amour de Dieu, aimé naturellement plus que soi-même. La 3e part. aborde l’homme : elle expose la structure des puissances de l’âme, le rôle des passions, la complacentia et la diversité analogique des formes d’amour – convoitise, amitié, bienveillance. La convenientia et la communicatio vitae apparaissent comme fondements de l’amitié parfaite, union de biens et communion des affects.
L’A. montre, avec une rigueur philologique remarquable, que l’amour n’est pas un simple affect mais un principe ontologique et moral : il rend compte de l’ordre du monde, de la finalité des actes et de la dynamique qui conduit toute créature à Dieu.
En cela, son livre constitue une synthèse de premier ordre sur l’amour chez Thomas d’Aquin, et s’impose comme une référence incontournable pour les études thomasiennes. Il n’a pas les amples ambitions d’André Hayen ou André Marc sur la même question, ne connaît pas non plus les thomismes allemands qui ont travaillé ce philosophème thomasien (Ferdinand Ulrich, Ulrich Beck…), mais il nous permet de sortir, avec une grande rigueur philologique, du ressassement d’un Thomas maître de vérité, qui n’aurait traité de l’amour qu’accessoirement. — E.T.