Richi Alberti G., Padres, Hijos y, sobre todo, Hermanos. Notas sobre el ministerio presbiteral, Madrid, Didaskalos, 2023, 248 p., 27,00 €. ISBN 9788419431189.
reviewer : Alain Mattheeuws s.j.
Professeur d’ecclésiologie à la Faculté San Damaso à Madrid, Gabriel Richi Alberti approfondit l’enseignement conciliaire sur le sacrement de l’ordre. Il parcourt le décret Presbyterorum ordinis et ouvre dans chaque chapitre des pistes de réponses aux questions contemporaines concernant l’identité, le ministère et la spiritualité des prêtres du peuple de Dieu d’aujourd’hui. Sur une thématique délicate il offre un chemin théologique unificateur grâce à une ecclésiologie sacramentelle. Les liens qu’il établit régulièrement entre PO et Lumen gentium ainsi que l’exhortation postérieure Pastores dabo vobis et Evangelii Gaudium sont très éclairants. Ses commentaires cernent avec précision l’affirmation de PDV 15 : « les prêtres sont, dans l’Église et pour l’Église, une représentation sacramentelle de Jésus Christ, Tête et Berger », unique Grand-Prêtre : il n’y a pas substitution, mais représentation personnelle dans l’économie sacramentelle du peuple sacerdotal.
Le 1er chap. affronte la question de l’identité théologique des prêtres et s’attache à montrer l’importance des dons hiérarchiques à partir de la Lettre Iuvenescit Ecclesia (IE). Cette identité est unifiée dans la mission de l’Église et s’actualise par les sacrements et les vertus. Enracinée dans les sacrements de l’initiation chrétienne, cette unité se développe dans « les sacrements au service de la communion » (p. 25). Une autre clé d’interprétation se trouve dans la reconnaissance de l’unicité de la médiation sacerdotale du Christ. En Lui nous avons accès à la présence trinitaire de Dieu dans les cœurs et dans l’Église. C’est pourquoi le sacerdoce n’a pas sa finalité en soi, mais dans la mission que le Christ a confiée à l’Église. Cette actualité de la présence du Christ est manifestée dans la logique d’une économie sacramentelle qui est une économie de l’Esprit Saint dans laquelle l’unicité du sacerdoce du Christ est préservée. Ni le peuple de Dieu ni les prêtres ne peuvent se substituer au sacerdoce du Christ. Il nous faut cependant ne pas oublier que l’Église sacrement est le Peuple de Dieu. Elle est le sacrement universel du salut comme peuple sacerdotal, qui exerce le sacerdoce commun.
Le chap. 2, plus bref, concerne le ministère des prêtres. L’intuition prophétique de PO 2 est bien rendue. Il ne s’agit pas de se limiter aux tria munera, mais de rendre compte des relations constitutives du presbytérat et particulièrement de son horizon missionnaire. L’enseignement ne se centre pas sur « ce qu’il faut faire comme prêtre », mais sur ce qu’il « convient d’être » : sur l’identité communionelle du sacerdoce. Il est vrai que les prêtres sont envoyés pour gouverner, sanctifier et enseigner, mais ces tâches sont décrites selon le rythme de l’évangélisation. Centrées sur l’action eucharistique, elles appartiennent au même mouvement d’édification de l’Église et de manifestation de la gloire de Dieu. Envoyés en communion, les prêtres le sont en presbyterium (PO 7) et en collaboration avec les évêques. Cette relation les constitue et donne leur identité profonde. Ce ne sont donc pas d’abord les vertus des prêtres qui importent, mais leur lien « fraternel et amical » entre eux et avec leurs évêques. Cette fraternité est sacramentelle (PO 8) : la pluralité des ministères et des services ne compromet pas l’unité fraternelle. L’A. vise la charité pastorale, reconnaissant que les questions concrètes ne manquent pas (p. 109). L’affirmation forte est la suivante : les prêtres sont frères entre les frères, membres du même Corps du Christ. À l’intérieur de cette fraternité, ils ont un ministère de père et de maître ; un ministère au service du don du Christ et de la rencontre avec le Christ dans la communauté chrétienne. Centrée sur le don eucharistique, elle est un lieu de gratuité et de relations fraternelles. Elle est l’espace d’une rencontre fraternelle de toutes les vocations. Elle est un lieu de communion, à l’inverse de la cité de Babel. L’exercice du sacerdoce est communionel et missionnaire : chaque prêtre est envoyé au monde entier. C’est dans ce contexte que l’on peut réfléchir à la répartition du clergé et des vocations de par le monde.
Le chap. 3 s’attache à une réflexion sur la vie des prêtres. C’est une manière de parler de leur spiritualité et de leur chemin de sainteté. Ces indications sont éclairantes pour aujourd’hui. Un déficit de connaissance de l’enseignement conciliaire est notable et nous ferait courir le risque de redéployer un style tridentin du sacerdoce : le prêtre ne serait alors que l’homme du culte. Quelques points méritent réflexion, en lien avec Lumen Gentium. Les prêtres sont appelés à la sainteté et cet appel résonne dans leur vie et dans leur ministère. Il est donc nécessaire d’assurer l’unité entre la théologie du sacerdoce, l’exercice du ministère et la spiritualité sacerdotale. La sainteté spécifique du prêtre est ministérielle.
Ainsi, par l’engagement total au ministère pour lequel il a été appelé, consacré et envoyé, le prêtre reçoit ce don. Il vit la condition filiale de tout chrétien : accueil et réception de l’amour du Père en son Église. L’enjeu du commentaire de PO 12 à 17 est de souligner que le ministère n’est pas un obstacle à la sanctification mais bien le lieu même de l’identification au Christ par son Esprit. Mais il faut pour cela convenir que le mot « ministère » est relationnel. La charité pastorale sera donc l’expression de la grâce du ministère et le lieu de la sanctification personnelle du prêtre. Il s’agit de « donner sa vie pour ses brebis » comme le Christ : le don est entier et il appartient à la vérité de l’appel et de la consécration. La vie des prêtres est donc traversée d’un vrai radicalisme évangélique qui se dit par les conseils évangéliques dans l’exercice des tâches concrètes du sacerdoce. PO 15-17 le manifeste en montrant les traits de l’obéissance dont la référence christologique est vécue par grâce filiale. Cette disponibilité sans réserve est confirmée par le choix du célibat qui n’est pas qu’une « discipline » de l’Église latine, mais une représentation de l’être historique du Christ, vrai Dieu et vrai homme. La pauvreté n’est pas que matérielle : elle est une manière d’être en mission, de vivre comme frère et de choisir de manière préférentielle les pauvres de nos cultures.
Ce livre, fort dense et riche de la doctrine conciliaire récente, est nourri d’une longue expérience d’enseignement à la Faculté San Damaso et de services pastoraux multiples et paroissiaux. Il sera désormais certainement un point de référence pour la théologie du sacerdoce. — A.M.