« Spiritualité ». Dire la transcendance en commun

Elio Jaillet
Teologia - reviewer : François Odinet

Ce très intéressant ouvrage de synthèse d’Elio Jaillet se recommande à l’omniprésence de la « spiritualité » et à son rapport avec la vie ecclésiale. Si l’ouvrage est résolument en prise avec les questions contemporaines, c’est à travers une exploration lexicale et non une description de pratiques : que disent les emplois du terme « spiritualité » du sens qui lui est conféré, et comment une perspective théologique chrétienne (ici, protestante) est-elle interpellée par ces usages ?

Après un chap. 1 qui situe la question, le chap. 2 retrace l’histoire de ce terme, en montrant comment on en est arrivé aux emplois contemporains ; il relève notamment que « spiritualité » signale le contraste entre un champ d’expérience et un autre. Le chap. 3 décrit 3 contextes dans lesquels le terme est employé : c’est un mot du langage quotidien qui renvoie à la manière dont une personne singulière exprime ses préoccupations ultimes (cf. Tillich) ; dans des institutions ou des dynamiques de pouvoir, c’est un signifiant vide qui mesure désormais la pertinence de la contribution des communautés religieuses à la société ; dans le langage scientifique, c’est un terme qui est situé de différentes façons (comme une dimension de l’existence humaine, ou comme un rapport complexe au phénomène religieux).

Examinant 6 réflexions protestantes sur la spiritualité, le chap. 4 dégage 3 constantes : la primauté accordée à l’action de Dieu (même si l’A. relativise à bon droit l’opposition entre activité et passivité), la relation entre l’action de l’Esprit, perçue individuellement et jamais limitée, et la Parole sur le Christ avec sa dimension objective, et enfin l’expérience d’un tournant (plutôt que d’une rupture) dans l’existence.

Le chap. 5 en vient alors à une définition de la spiritualité : « Le mot “spiritualité” désigne les pratiques par lesquelles une personne advient à elle-même et à autrui par l’exploration de son expérience de l’ultime et par les interprétations de cette expérience » (p. 103). Les pages qui suivent mettent en valeur le rôle d’un tiers dans cette expérience, la transformation que provoque dans une institution la prise en compte de la spiritualité conçue ainsi, et la manière dont l’expérience de l’ultime peut être interprétée : toujours de façon indirecte, et dans un récit d’ordre finalement fictionnel.

Le chap. 6 explore alors comment une théologie protestante peut s’articuler avec cette définition qui fait du christianisme une « ressource » pour nos sociétés, modifiant notre rapport à la vérité donnée non comme fondement mais comme advenue, et reconduisant l’interprétation à la confrontation avec le récit pascal. — F.O.

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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