The Routledge Handbook of Buddhist-Christian Studies
(éd.) Carol S. Anderson (éd.) Thomas CattoiReligioni - reviewer : Jacques Scheuer s.j.
Depuis un bon demi-siècle, on observe le développement de contacts nourris entre bouddhistes et chrétiens, non seulement en Asie mais en Occident et dans une moindre mesure en d’autres régions du monde. Cela tient d’une part à la diffusion du bouddhisme (notamment japonais et tibétain) vers de nouveaux espaces géographiques et culturels, d’autre part à l’évolution positive de l’attitude de nombreux chrétiens à l’égard d’autres voies spirituelles (Vatican ii, Nostra Ætate ainsi que des déclarations comparables issues du Conseil œcuménique des Églises). Sans avoir la prétention d’être une encyclopédie, cet imposant « manuel » offre, en grand format et petits caractères, une quarantaine d’études substantielles. Beaucoup sont signées de membres, bouddhistes et chrétiens, occidentaux et asiatiques, de la « Society for Buddhist-Christian Studies » nord-américaine ainsi que du « European Network for Buddhist-Christian Studies », deux associations qui promeuvent la recherche scientifique et universitaire dans une perspective comparative en même temps que dans un esprit de rencontre et d’échange.
L’ensemble s’organise en 5 sections. La 1re déploie la problématique et aborde les questions de méthode : la diversité des types de rencontres, la relation entre dialogue, pratique spirituelle et engagement dans la société, la méthode comparative (éclairée en particulier par l’analyse « fractale »), les enjeux d’une éventuelle « double appartenance ». Sont ensuite évoqués quelques moments significatifs de l’histoire plus ancienne des contacts entre bouddhistes et chrétiens, en particulier en Chine, au Vietnam, au Tibet, au Sri Lanka. Ces histoires singulières illustrent la diversité des traditions au sein du bouddhisme (du Theravâda au Grand Véhicule et aux courants tantriques) aussi bien que du côté chrétien (notamment la contribution, trop souvent passée sous silence, des Églises d’Orient).
Intitulée « Conversations contemporaines », la 3e section, quelque peu composite, aborde des formes plus récentes de rencontre ainsi que quelques figures marquantes du siècle dernier. La contribution des moines (et moniales) est mise en relief, ce qui ne surprendra pas si l’on se rappelle à quel point l’ordre monastique chez les bouddhistes, plus encore que chez les chrétiens, constitue la colonne vertébrale de la communauté ; à ce propos, il est notamment question de Thich Nhat Hanh et de Thomas Merton. Signalons un chap. sur l’enrichissement que peuvent s’apporter mutuellement la pratique du Zen et celle des ES d’Ignace de Loyola. La 4e section est consacrée plus directement aux questions de société : justice sociale, enjeux écologiques, apprentissage et formation à l’accompagnement, voix des minorités culturelles ou sexuelles, rôle de l’expression artistique…
La 5e et dernière section, la plus volumineuse, propose une bonne douzaine de « réflexions constructives » qui sont autant d’essais comparatifs fournissant ample matière au travail théologique. Un bon nombre d’entre elles procèdent par rapprochement entre penseurs ou courants de pensée des deux traditions : Buddhaghosa et Jean de la Croix, Grégoire de Nysse et l’école Gelugpa, Thomas d’Aquin et Dölpopa, Eckhart et Dôgen, Shinran et la lecture des épîtres pauliniennes par Heidegger, Lonergan et le Sûtra du Lotus, les relations de penseurs chrétiens japonais avec l’École de Kyoto… Parmi les thèmes examinés : le progrès spirituel et la purification, l’oubli de soi et la conversion, la réciprocité des relations entre l’être humain et le divin, la notion de sainteté, la christologie et les corps de Bouddha, la mort de Jésus et celle du Bouddha.
Par la diversité des contributeurs et des perspectives, ce bel ensemble propose à la fois un état des lieux, des analyses critiques et des orientations de recherche ; il marque une étape dans l’étude des relations entre bouddhisme et christianisme, entre chrétiens et bouddhistes. — J.S.