Vers un paradis urbain. Approche littéraire de la ville dans la Bible, préf. de Géry Leloutre

Claude Lichtert
Sacra Scrittura - reviewer : Didier Luciani

Claude Lichtert, exégète très urbain, prêtre du diocèse de Bruxelles, s’intéresse à la ville dans la Bible. Son approche n’est ni historique, ni archéologique, mais comme le sous-titre l’indique, elle se veut littéraire. Elle est aussi anthropologique et théologique. Il s’agit de « dénicher les extraits signifiants où le mot [ville] apparaît, mais surtout à choisir les textes majeurs où se joue un enjeu théologique important à partir ou à propos de la ville et des humains qui l’habitent, l’édifient, la défendent, la combattent ou la traversent » (p. 16-17). Cet ample parcours qui explore tout le canon chrétien (1. Pentateuque ; 2. Livres historiques ; 3. Livres poétiques et sapientiaux ; 4. Livres des Prophètes ; 5. De l’un à l’autre Testament ; 6. Nouveau Testament) est foisonnant et a le mérite d’être original même s’il ne m’a pas paru toujours convaincant. Pour le dire de façon trop lapidaire et donc sans rendre justice aux nombreuses observations pertinentes de son propos, je relève trois points. Tout d’abord, on a parfois l’impression que l’A. lit davantage la Bible en fonction d’une précompréhension rigide de ce que doit être la ville – il se réfère souvent (p. 36, 40, 138, 153, etc.) aux trois dimensions constitutives du fait urbain (le monument, la machine et le réseau) de Marcel Hénaff (La ville qui vient, L’Herne, 2008) – plutôt qu’il ne cherche à comprendre en quoi la Bible éclaire et interroge nos pratiques et modes de vie. Ensuite, dans ce cadre trop contraint, il surinterprète certaines données. Dans la Bible, en effet, la ville ne joue pas toujours le rôle d’un « personnage » littéraire – elle le fait parfois (Jr 4,31 : « La fille de Sion suffoque et tend les mains ») –, mais elle sert souvent, tout simplement, de cadre pour asseoir la crédibilité du récit. Ainsi dans les propos suivants : « Ce va-et-vient entre l’installation des Israélites et celle des Philistins laisse deviner le mouvement qui saisit les villes au cours des épisodes qui s’enchaînent au long des deux livres de Samuel […] : on monte de la ville […], on y descend […], on y va et vient […], on en sort […], on y court […] » (p. 103). Or, contrairement à ce qu’affirme ici l’A., dans tous ces cas, les villes ne « font » rien. Ce sont les acteurs humains qui bougent et, par conséquent, il n’y a sans doute pas grand-chose à tirer de ces indications géographiques, sinon, peut-être, une opposition symbolique et assez lâche entre le dedans et le dehors. Enfin, les observations éparses sur Jérusalem (voir surtout, p. 168-178) mériteraient sans doute d’être quelque peu approfondies.

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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