Reconciliation with the Church in the Sacrament of Forgiveness

Pierre Tidjani
In the sacrament of penance, is it by means of reconciliation with the Church that the sinner is reconciled with God? Or else is the sinner reconciled with the Church because he or she is first reconciled with God? The notion of res et sacramentum has been used to answer this question. This article takes stock of the situation by going through the data of the Magisterium, the practice of the ancient Church and the reflection of some theologians.

Au cours du siècle dernier, le renouveau des études bibliques, patristiques, liturgiques et ecclésiologiques a profondément transformé la théologie sacramentaire. D’une interprétation qui ne voyait dans les sacrements que les moyens de salut pour les fidèles, on est venu à souligner tout ce qui en fait des sacrements de l’Église : en tant qu’ils sont l’actualisation de l’événement unique et définitif du salut en Jésus-Christ, ils édifient l’Église comme communauté de foi. Ce point de vue ecclésial concerne la doctrine de la pénitence :

La réintroduction de la dimension ecclésiale a été un des développements les plus frappants dans la théologie de la pénitence. Elle trouva son expression la plus parfaite en proposant que la réconciliation avec l’Église soit considérée comme la res et sacramentum de ce sacrement2.

Le concept de res et sacramentum est cependant absent des textes de Vatican ii. Il a été développé par les scolastiques pour expliquer le dynamisme interne des sacrements. La res et sacramentum désigne une sorte d’effet intermédiaire entre le signe sacramentel (sacramentum tantum) et l’effet ultime et plénier de la grâce (res sacramenti). Ce moyen terme doit participer aussi bien à l’effet de la grâce qu’à la visibilité du signe, mais d’une façon intermédiaire, de sorte que la res et sacramentum ne soit identique à aucun des deux3.

Dans le sacrement de pénitence, en quoi consiste la réconciliation avec l’Église ? Est-ce par le moyen de la réconciliation avec l’Église que le pécheur est réconcilié avec Dieu ? Ou bien le pécheur est-il réconcilié avec l’Église parce qu’il est d’abord réconcilié avec Dieu ? Faut-il voir là deux effets concomitants ? Le second est-il consécutif au premier ou le précède-t-il, de sorte que la réconciliation avec Dieu passe par lui ?

Ces questions débattues entre les théologiens attendent encore aujourd’hui des réponses précises tant pour les pasteurs que pour les fidèles car elles ont des incidences sur la vie spirituelle. Pour y répondre, la notion de res et sacramentum peut aider. Nous tenterons pour notre part de répondre en nous appuyant sur les données du Magistère, sur la pratique de l’Église ancienne et la réflexion de quelques théologiens.

I Les apports de Lumen gentium pour le sacrement de la réconciliation

À Vatican ii, pour la première fois, le Magistère rattache la pénitence à l’Église de façon explicite, en Lumen gentium 11 :

Ceux qui s’approchent du sacrement de pénitence obtiennent de la miséricorde de Dieu le pardon de l’offense qu’ils lui ont faite, et en même temps (simul) sont réconciliés avec l’Église, qu’ils ont blessée par leur péché, et qui, par sa charité, son exemple, sa prière, collabore à leur conversion.

Le Cardinal Garrone écrira que ce paragraphe est l’un des textes les plus importants du Concile concernant la pénitence ; il manifeste en effet la façon dont la pénitence est un fait d’Église4. Nous nous proposons de voir les étapes de son élaboration.

1 La rédaction de Lumen gentium 11

Le chapitre ii de Lumen gentium est intitulé « Le peuple de Dieu ». Ce chapitre, dans l’économie de la Constitution, suit celui qui est consacré au mystère de l’Église et vient avant celui qui présente la constitution hiérarchique de l’Église, en particulier l’épiscopat. LG 11 développe l’exercice du sacerdoce commun des fidèles dans les sacrements. Mais le schéma primitif, présenté au cours de la xxxviie Congrégation générale (30 sep. 1963), ne mentionnait pas tous les sacrements : étaient ignorés notamment la pénitence, l’onction des malades et l’ordre.

Une telle omission suscita une forte réaction parmi un grand nombre de Pères conciliaires. Parmi eux, au cours de la lie Congrégation générale (18 oct. 1963), il y eut l’intervention très remarquée du Cardinal De Barros Camara, archevêque de Rio de Janeiro qui, au nom de 91 évêques brésiliens, fit observer que si les sacrements doivent être considérés comme ayant un rôle essentiel dans la vie de l’Église et dans l’exercice du ministère sacerdotal, il importait que tous les sacrements trouvent leur place dans ce document5.

En guise d’amendement au texte, De Barros Camara proposait de souligner le lien explicite entre la pénitence et l’onction des malades, en insistant sur l’élément communautaire6. Le même jour, Mgr Joseph Schröffer (Eichstädt), parlant au nom des 69 Pères de langue allemande, appellait également à l’inclusion des sacrements oubliés, fondant ses remarques sur la dimension ecclésiologique et communautaire des sacrements et sur l’orientation de tous les sacrements à l’Eucharistie :

Il semble qu’il faille traiter non seulement des sacrements qui ont été énumérés ici, mais aussi de tous les autres ; ce qui a été d’ailleurs déjà prévu. De plus, il faudrait en traiter de manière plus ample et plus approfondie, en raison de leur importance pastorale éminente qui concerne cet aspect ecclésiologique ou communautaire (aspect communautaire des sacrements)7.

En effet, le document conciliaire avait déjà pris une nouvelle direction, avec un fascicule proposé par le Cardinal Suenens et distribué aux Pères lors de la xlive Congrégation générale (9 oct. 1963). Ce fascicule intitulé « Emendationes a Concilii Patribus scripto exhibitae super schema Constitutionis dogmaticae De Ecclesia, Pars ii » se trouve parmi les Actes de la xxxviie Congrégation générale (30 sep. 1963) et se révèle décisif pour l’orientation de l’objet de la pénitence dans le texte. Suenens y souligne la nécessité d’ajouter la référence aux sacrements qui n’étaient pas nommés dans le texte primitif. Il propose la déclaration suivante comme objet de discussion sur la pénitence : « Les fidèles s’approchant du sacrement de pénitence obtiennent du prêtre la réconciliation avec la communauté (Église) et de la miséricorde de Dieu le pardon, jusqu’à ce que cette communauté travaille à leur conversion8. »

Ce texte constitue le fondement de la déclaration de Lumen gentium sur la réconciliation avec l’Église. Tel qu’il est ici, dans une forme non révisée, il préconise clairement la réconciliation avec l’Église comme l’effet immédiat de ce sacrement : en témoigne l’ordre dans lequel les effets sont énumérés et l’accent mis sur la dimension communautaire du processus pénitentiel. Or tous les théologiens ne se trouvaient pas en accord avec une telle affirmation.

La Commission théologique élabora alors un nouveau texte (Textus emendatus) pour intégrer tous les éléments proposés par Suenens, mais en inversant l’ordre des effets et en affirmant leur simultanéité par l’introduction de la particule « simul ». C’est ce texte qui sera soumis aux Pères lors de la lxxxe Congrégation générale (15 sep. 1964). Nous y lisons :

Ceux qui s’approchent du sacrement de pénitence reçoivent de la miséricorde de Dieu le pardon et en même temps sont réconciliés avec l’Église qui, par la charité, l’exemple, les prières, travaille à leur conversion9.

L’explication apportée par la Commission lève toute équivoque sur le nouveau texte : « Pour le sacrement de pénitence, la Commission a voulu insister sur l’aspect de la communauté sans résoudre la controverse10. » Mgr Gérard Philips, secrétaire de cette Commission, commente :

Le Concile n’a donc pas apposé son sceau sur une thèse théologique, combien attrayante, mais encore insuffisamment connue. Pour dire vrai, nous devrions parler avec le p. K. Rahner d’une théorie « oubliée ». Cette vérité établit en résumé que la paix restaurée avec l’Église est le chemin qui conduit à la réconciliation avec Dieu, réconciliation méritée par le Christ et appliquée actuellement au pécheur baptisé sous la direction de la hiérarchie11.

Au cours de la cxiiie Congrégation générale (30 oct. 1964), une dernière révision du texte apporte deux ajouts pour exprimer plus clairement pourquoi le sacrement de pénitence a un double effet, de pardon accordé par Dieu et de réconciliation avec l’Église. La nature du péché le fait reconnaître en effet à la fois comme « offense » faite à Dieu et comme « blessure » causée à l’Église12. Cette addition est acceptée sans difficulté par les Pères conciliaires13. On aboutit au texte définitif publié en nov. 1964 et qui deviendra LG 11 :

Ceux qui s’approchent du sacrement de pénitence obtiennent de la miséricorde de Dieu le pardon de l’offense qu’ils lui ont faite, et en même temps (simul) sont réconciliés avec l’Église, qu’ils ont blessée par leur péché, et qui par sa charité, son exemple, sa prière, collabore à leur conversion.

2 La nouveauté de Vatican ii : la réconciliation avec l’Église

Par rapport au décret du Concile de Trente sur la pénitence14, ce texte marque un véritable progrès au sens où il reconnaît désormais deux effets au sacrement de la réconciliation, à savoir la réconciliation avec Dieu par la rémission de l’offense et la réconciliation avec l’Église15, effets associés au moyen de la particule simul. Le terme « réconciliation avec l’Église » est vraiment nouveau. Le texte semble suggérer que celle-ci s’accomplit en même temps que la rémission des péchés. Il souligne ainsi la dimension sociale et ecclésiale du péché car ce dernier blesse l’Église. En parlant de pardon des offenses et de réconciliation avec l’Église, le Concile met en évidence une idée qui s’inspirait de la compréhension et de la pratique de la pénitence dans l’Église antique. Vatican ii approfondit cette vision en désignant Dieu comme auteur de la réconciliation et en élargissant le processus de réconciliation à la communauté ecclésiale qui porte le pénitent et qui est concernée par ses actes.

II La thèse de la réconciliation avec l’Église

L’avancée de Vatican ii semble s’enraciner dans la thèse selon laquelle la réconciliation avec l’Église est la res et sacramentum du sacrement de la pénitence. Cette thèse prend appui sur les travaux sur l’Eucharistie du Père Maurice de La Taille16, professeur à la Grégorienne, développant la notion d’une dette contractée envers l’Église par le pécheur. La Taille voit l’extinction de la dette envers l’Église comme la res et sacramentum du sacrement de pénitence17, ce qui ensuite causerait le pardon de la dette envers Dieu. Autrement dit, le prêtre, représentant l’Église, en prononçant l’absolution, procède à la remise d’une dette envers l’Église (res et sacramentum de la pénitence) qui engendrerait ensuite la remise de la dette envers Dieu. Mais La Taille laissa le soin de défendre cette idée à son élève, le carme catalan Bartolomé-Maria Xiberta.

1 La thèse du Père Xiberta

Dans sa dissertation doctorale (juin 1921) intitulée Clavis Ecclesiae. De ordine absolutionis sacramentalis ad reconciliationem cum Ecclesia (Les clés de l’Église. Du rapport de l’absolution sacramentelle à la réconciliation avec l’Église18), Xiberta affirme que la réconciliation avec l’Église constitue le sacramentum et res du processus sacramentel, c’est-à-dire à la fois son signe visible et son premier mode de réalisation. L’union intérieure avec Dieu et la communion ecclésiale sont intimement liées, au point que l’une ne peut de droit exister sans l’autre. La réconciliation avec l’Église ne peut donc pas être séparée des effets du sacrement, mais constitue un premier fruit de l’absolution sacramentelle : « La réconciliation avec l’Église est le fruit propre et immédiat de l’absolution sacramentelle. » Pour fonder sa thèse, il utilise la méthode néo-scolastique : une preuve à partir de l’Écriture19, une preuve à partir de la Tradition ancienne20 et une preuve à partir des docteurs scolastiques. Saint Thomas d’Aquin fait partie des docteurs rapidement étudiés par Xiberta. Il rassemble des passages de l’Aquinate où ressort l’idée d’un pécheur réconcilié avec l’Église. Cependant, il ne cite aucun texte de Thomas s’intéressant à la res et sacramentum dans le sacrement de pénitence ou à propos de la paenitentia interior21. Xiberta ne pouvait donc pas prétendre s’appuyer sur saint Thomas comme grand défenseur de sa thèse.

2 Les partisans de la thèse de Xiberta

La thèse xibertienne était assez révolutionnaire pour l’époque et suscita des débats. Elle avait ses partisans22. Pour certains, le pénitent obtient le pardon de Dieu par la réconciliation sacramentelle marquée par le retour à la pleine communion ecclésiale. Autrement dit, le pénitent redevient d’abord membre vivant de l’Église avant de recevoir la grâce et l’amitié de Dieu. Soutenant son élève, le Père de La Taille souligne que « le sacrement de pénitence, dont le but et l’effet est de réconcilier le pécheur avec Dieu, y procède moyennant une réconciliation préalable avec l’Église, laquelle consiste en son fond dans la réadmission authentique et plénière à la libre et intégrale jouissance des droits du baptisé sur l’Eucharistie23 ».

B. Poschmann suggère aussi de reconnaître la res et sacramentum de la pénitence dans la réconciliation avec l’Église. Il entend la réconciliation dans le sens d’une participation à nouveau effective du pécheur, membre du Corps du Christ, avec le Père par le Fils dans l’Esprit Saint, et non pas simple réintégration sociale et visible24.

Dans le même sens, Rahner écrit : « c’est la réconciliation opérée entre le pécheur et l’Église qui est “res et sacramentum”25 » de la pénitence. Il souligne le fait qu’un chrétien individuel, en péchant, pèche contre l’Église. Il établit alors une comparaison entre la réconciliation opérée entre le pécheur et l’Église et le sacrement du baptême :

Dans le baptême aussi, on considère comme terme moyen le caractère qui incorpore à l’Église. (…) Parallèlement, l’homme, en réparant ses relations avec l’Église (sacramentum : délier sur terre) est réintégré dans l’état de réconciliation parfaite avec la Communauté sainte (res et sacramentum : pax et communio cum Ecclesia) ; de la sorte, il acquiert nécessairement une participation nouvelle ou plus profonde à l’Esprit de l’Église qui pardonne et justifie devant Dieu (res sacramenti : la paix avec Dieu)26.

Rahner appuie son exposé en ayant recours au texte de Mt 18,18. Il montre que la pratique ancienne de la pénitence publique a compris ce verset comme une succession dans le temps : l’Église liait le pécheur en le soumettant à la pénitence publique et en le confinant dans l’ordre des pénitents. Puis, la pénitence accomplie, elle le « déliait » par la réconciliation et la réintégration au banquet eucharistique27. Le rôle de l’Église dans la réconciliation du pécheur avec Dieu est ainsi mis en lumière : lorsque l’Église « délie » le pénitent sur la terre, lorsqu’elle se le réconcilie, alors elle le délie au ciel. Il est donc réconcilié avec Dieu. La réconciliation avec l’Église est à la fois le moyen d’obtenir la paix avec Dieu et le résultat final de tout le processus.

Paul Anciaux précise, quant à lui :

L’absolution sacramentelle est le signe de réconciliation avec l’Église : en tout cas, le pécheur, qui s’est confessé humblement et sincèrement, peut s’approcher des sacrements. Il peut prendre part aux actions spécifiques de la communauté chrétienne. La réconciliation avec l’Église est l’autorisation publique de participer à l’Eucharistie28.

Il conclut :

La soumission à la pénitence ecclésiale est sacramentum tantum, signe sacramentel. La réconciliation plénière avec Dieu est res sacramenti. L’achèvement de la pénitence intérieure par la soumission à la pénitence extérieure, sous la conduite et avec l’aide de l’Église, est le moyen sacramentel de la rémission des péchés29.

3 Les opposants à la thèse de Xiberta

La thèse de Xiberta n’a pas manqué de s’attirer des opposants farouches qui faisaient remarquer que le péché consiste fondamentalement à se détourner de Dieu et que l’Église ne peut, en pardonnant, remplir qu’un rôle de médiateur. Par exemple, Zoltan Alszeghy récuse l’expression de « réconciliation avec l’Église » parce que la pénitence doit toujours être théocentrique. L’Église réconcilie non avec elle-même, mais avec Dieu présent sous le signe qu’elle constitue30.

D’autres théologiens31 qui ne manquaient pas d’autorité rejetèrent le travail de Xiberta. Pour ceux-ci, le pénitent est réconcilié avec l’Église parce qu’il est d’abord réconcilié avec Dieu. Ils prennent appui sur Thomas d’Aquin. En effet, l’Aquinate situe le sacramentum tantum de la pénitence dans les actes extérieurs posés à la fois par le pécheur pénitent (contrition, aveu et satisfaction) et par le prêtre qui donne l’absolution32. L’effet à la fois immédiat et médiat du sacrement (res et sacramentum) est dès lors la contrition intérieure (paenitentia interior, le repentir) que produit l’absolution sacramentelle, laquelle conduit à la res du sacrement, à savoir la rémission des péchés et la réconciliation avec Dieu. Thomas reconnaît au sacrement de pénitence un effet de réconciliation avec l’Église, mais cette réconciliation ne semble pas exercer chez lui une grande influence sur le processus qui conduit au pardon des péchés. Elle apparaît plutôt pour lui comme un effet postérieur à la réconciliation avec Dieu ou, plus techniquement, elle fait partie de la res tantum :

Par les sacrements, l’homme n’est pas seulement réconcilié avec Dieu, mais il faut qu’il soit également réconcilié avec l’Église. Or il ne peut être réconcilié avec l’Église que si la sanctification de l’Église parvient à lui (…) Mais dans la pénitence, la sanctification de l’Église ne parvient pas autrement à l’homme que par le ministre (…) Il n’est pas réconcilié avec l’Église, de manière qu’on doive l’admettre aux sacrements, avant d’avoir été absous par le prêtre33.

En définitive, la thèse de Xiberta, au-delà de la discussion théologique, semble être surtout fondée sur une pratique du sacrement. C’est pourquoi nous allons remonter le temps en voyant si la pratique et la compréhension de la réconciliation au cours des premiers siècles de l’Église correspondent à la thèse de Xiberta.

III La pratique du sacrement de la réconciliation dans l’Église ancienne

1 La période de la pénitence canonique

L’Église a reçu le pouvoir de remettre les péchés. Ce pouvoir lui a été confié en la personne de Pierre et des Douze par le Seigneur. Le rite où ce pouvoir s’exerce est celui de la pénitence publique. Le chrétien des premiers siècles qui s’était rendu coupable d’une faute grave devait en faire l’aveu en secret à l’évêque ou à son représentant. La parole de celui-ci, ce que saint Augustin appelle la correptio, portait la lumière de l’Évangile sur l’action commise et conviait le pénitent à une pleine conversion. Pour les chrétiens qui péchaient publiquement sans faire la pénitence, la correptio devait en quelque sorte aller les chercher pour les inviter à la pénitence. Puis le pécheur qui avouait sa faute était mis au rang des pénitents. Si l’aveu était fait en privé à l’évêque, il est à noter que tout le processus pénitentiel était public et que la pénitence que le pécheur devait accomplir était préalable à la réconciliation, à l’absolution. Voici les grandes étapes du rite de la réconciliation.

a L’exclusion des coupables

Les coupables de péchés graves sont tout d’abord retranchés de la communauté, ils ne peuvent plus prendre part à l’Eucharistie. Ils appartiennent à une catégorie spéciale, un ordo paenitentium caractérisé par leur situation par rapport à l’Eucharistie et à l’assemblée liturgique. Les coupables sont incorporés par l’évêque à l’ordo paenitentium par un rite liturgique, dont l’essentiel consiste dans une imposition des mains. La portée de ce geste n’est rien d’autre que d’attirer la bénédiction de Dieu sur les exercices pénitentiels que doivent faire désormais les coupables.

b L’accomplissement de la pénitence

Mis ainsi à part, les pécheurs sont soumis à de rudes mortifications, celles-ci sont prescrites par l’évêque, chef de l’Église locale et présentées à Dieu par l’intercession de la communauté. Les pénitents s’adonnent à des œuvres variées d’expiation, proportionnées à leur condition. Ils doivent renoncer à l’usage du mariage et aux affaires du monde. Devant la communauté réunie, la principale humiliation est de se voir mis à part, et d’être donc reconnus de tous comme des pécheurs graves. Dans ce long et laborieux accomplissement de la pénitence, les pénitents ne sont pas seuls, ils sont aidés par l’Église de deux façons : la première est qu’à chaque messe, les pénitents doivent recevoir l’imposition des mains de l’évêque qui dit sur eux une prière implorant ainsi la grâce de la miséricorde de Dieu pour hâter leur purification. La seconde est que la communauté entière prie pour eux dans l’oratio fidelium qui revêt deux formes : soit la forme litanique, soit celle d’oraisons solennelles. Toute la communauté ecclésiale prie avec eux et pour eux, et fait ainsi pénitence pour leur venir en aide34. Cette intercession de l’Église entière pour les pénitents est omniprésente dans la prédication des Pères. Voici ce que dit l’auteur de la Didascalie des Apôtres : « Évêque, (…) impose la main au pécheur pendant que toute l’assemblée prie pour lui, et ensuite autorise-le à pénétrer dans l’église et reçois-le dans votre communauté35. »

c La réconciliation proprement dite

Lorsque l’évêque juge que cette pénitence laborieuse a suffisamment duré, il réconcilie les pécheurs, c’est-à-dire qu’il les réintègre dans la communauté. Le rite, qui se déroule en présence de toute la communauté chrétienne, commence par une démarche du diacre. Au nom des pénitents prosternés à terre, il exprime à l’évêque leur repentir et lui demande de les réconcilier. Après la longue postulatio du diacre, l’évêque, ou un prêtre désigné par lui, exhorte les pénitents à se garder désormais du péché. Vient enfin le rite même de la réconciliation, qui comporte essentiellement la prière de l’évêque, implorant pour les pénitents le pardon de Dieu, et une imposition des mains sur chacun d’eux36. Par elle est réalisé le sacramentum reconciliationis. Ce rite était considéré comme correspondant à la purification baptismale. Il était aussi le signe que l’évêque accordait aux pénitents « la paix avec l’Église ».

En résumé, trois moments marquent l’action de l’Église dans le processus de la pénitence publique : elle lie d’abord ; puis elle prie pour le pécheur et l’aide ; et enfin elle délie et le réconcilie. Dans ce processus pénitentiel, la conviction profonde de l’Église est qu’à mesure que le pénitent accomplit sa pénitence, son péché est pardonné par Dieu. Et la réconciliation finale en est la manifestation visible. Cette réconciliation est d’abord une réconciliation avec Dieu par l’obtention de son pardon. Ce pardon divin se « sacramentalise » par la réintégration des pénitents dans la communauté ecclésiale avec le droit de participer activement à l’Eucharistie. La réconciliation avec l’Église est ainsi liée à la réception de l’Eucharistie. Les pénitents sont déliés de l’état de séparation où l’Église les avait placés pour leur bien et pour celui de la communauté.

2 La réconciliation avec Dieu et la paix avec l’Église

Pour les Pères, le pardon des péchés ne peut être donné que par Dieu, cause première, et en même temps, il existe une causalité subordonnée entre les actes du pénitent se soumettant à la discipline fixée par l’Église et ceux du ministre qui communique le pardon. L’épisode de la résurrection de Lazare commenté par saint Augustin révèle sans aucune ambiguïté le rôle de l’Église dans la démarche pénitentielle. Pour lui, la libération du pécheur est à la fois l’œuvre de Dieu et celle de l’Église :

C’est Jésus lui-même qui, par sa voix, a fait lever Lazare du sépulcre, c’est lui qui, par son cri, lui a rendu l’âme ; lui qui a soulevé la lourde masse de terre qui pesait sur l’enseveli. Et celui-ci s’est avancé, mais encore lié (de bandelettes), et donc non pas en faisant usage de ses jambes, mais par la vertu de celui qui l’appelait au jour. C’est la même chose qui se passe dans le cœur du pénitent. Vous entendez dire qu’un tel fait pénitence de ses péchés, à ce moment-là il a déjà repris vie. Vous entendez dire qu’un tel, par sa confession, a manifesté sa conscience, à ce moment-là il est déjà tiré du sépulcre. Mais il n’est point encore délié. Quand donc l’est-il, et par qui ? À coup sûr l’Église peut le délier de ses péchés ; mais le mort lui-même ne peut être ressuscité que par la voix du Seigneur qui crie dans l’intérieur de sa conscience37.

C’est donc l’Église qui délie le pécheur que le Seigneur a rendu à la vie : « Par lui-même il ressuscite (Lazare, le pécheur), par ses disciples il (le) délie38 ». Et Augustin poursuit pour souligner l’utilité de l’intervention de l’Église dans le processus pénitentiel :

Mais, dira-t-on, à quoi sert l’Église si le pécheur qui s’accuse, déjà ressuscité par la voix du Seigneur, sort de lui-même du tombeau ? De quelle utilité sera donc au coupable cette Église à qui le maître a dit : « tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel » (Mt 16,19) ? Considère Lazare lui-même ; il est sorti du tombeau mais lié par ses bandelettes ; il vivait puisqu’il confessait, mais il ne marchait pas encore librement, embarrassé par ses liens. Que fait alors l’Église à qui le maître a dit : « Tout ce que vous délierez sera délié ! » ? Ce qu’il commande aux apôtres de faire aussitôt : « Déliez-le et laissez-le aller » (Jn 11,44)39.

Les deux interventions, celle, première, du Christ et celle, subséquente, de l’Église, sont constitutives de la démarche pénitentielle. Ce que le Christ fait dans l’âme du pénitent trouve son achèvement dans le ministère de réconciliation de l’Église. Le Christ arrache le chrétien pécheur à la mort pour le remettre entre les mains de sa Mère, l’Église. Quant à l’articulation du pardon donné par Dieu avec le pardon octroyé par l’intervention des ministres de l’Église, l’explication est fournie dans une formule lapidaire attribuée à Léon le Grand qui deviendra un principe universellement reconnu :

Sans les supplications des prêtres, pas de rémission des péchés. Par la réconciliation ecclésiastique, au contraire, est obtenue la rentrée en grâce avec Dieu. Dans ce grand acte, en effet, le Christ intervient continuellement40.

Au total, les rites de réconciliation décrits plus haut et la réflexion des Pères suggèrent l’idée selon laquelle l’Église entérine la réconciliation avec Dieu manifestée par la cérémonie solennelle qui a lieu soit le Jeudi saint soit le Vendredi saint. Pour eux, la réconciliation avec Dieu et la réconciliation avec l’Église étaient intimement liées.

IV La sacramentalité de l’Église et ses conséquences sur la réconciliation

La pratique de l’Église ancienne nous révèle que la pénitence est d’abord et avant tout ecclésiale. Elle nous révèle aussi que la réconciliation avec Dieu précède la réconciliation avec l’Église même si elles sont intimement liées.

On comprend alors le risque que comporte la thèse de Xiberta : considérer la réconciliation avec l’Église comme un stade intermédiaire de la réconciliation avec Dieu. Or l’Église est plus qu’un « intermédiaire », elle est un « sacrement ». Cette notion-clé de Vatican ii41 est employée de façon analogique et non dans le même sens que pour les sept sacrements par lesquels l’Esprit Saint répand la grâce du Christ42.

La sacramentalité de l’Église est constituée par tous les sacrements au moyen desquels l’Église accomplit sa mission de sanctification. Mais s’il y a un Ursakrament43, c’est le Christ, Tête de l’Église. C’est lui le médiateur de toute grâce. C’est pourquoi la sacramentalité de l’Église et du septénaire sacramentel dérivent de lui, et non l’un de l’autre, et sont en relation circulaire44. L’Église et les sacrements jaillissent ensemble, d’un même flux « du côté du Christ endormi sur la croix45 ». L’Église est sacrement de Jésus-Christ comme Jésus-Christ est sacrement du Père. C’est pourquoi il est important de reprendre notre problématique en partant du Christ et non de l’Église pour comprendre la relation existant entre l’Église et le sacrement de pénitence. De même que c’est l’adoption filiale en Jésus-Christ qui agrège à l’Église lors du baptême, marquée d’un sceau qui est le caractère baptismal, ainsi, le sacrement de pénitence réconcilie avec le Christ, ce qui a pour conséquence immédiate de réconcilier avec le Corps du Christ, l’Église. C’est l’union avec le Christ qui fait grandir l’unité de son Corps. Mais le Corps est l’instrument par lequel le Christ guérit et restaure cette unité blessée par le péché. La réconciliation avec l’Église n’est pas un « intermédiaire », elle est l’instrument de la réconciliation, et est concernée par l’effet ultime de cette réconciliation.

En LG 11, texte dont nous avons présenté l’origine plus haut, force est de constater que la réconciliation avec Dieu vient avant la réconciliation avec l’Église. Essayons de comprendre pourquoi. LG 11 rappelle la dimension sociale du péché ainsi que la dimension ecclésiale du sacrement. Le pécheur est réconcilié non seulement avec Dieu, mais aussi avec toute l’Église qu’il a blessée, et l’Église entière œuvre « par sa charité, son exemple et sa prière » à sa conversion et à sa réconciliation. Le pardon divin et la réconciliation avec l’Église sont donc ensemble l’effet dernier du sacrement. Par la particule simul, le Concile ouvre ainsi la voie à plusieurs interprétations sans en privilégier une, mais « quelle que soit la signification de ce “en même temps”, il est certain qu’il attire l’attention sur la parenté indissociable de ces deux aspects46 ».

L’Ordo Paenitentiae de 1974, fidèle à l’enseignement de LG 11, affirme que le péché est à la fois une offense à Dieu et un dommage causé aux frères. Le nouveau rituel souligne l’expression « réconciliation avec Dieu et réconciliation avec l’Église47 », mais n’articule pas rigoureusement les deux réconciliations. Le Rituel dit seulement, citant LG 11, que dans le sacrement de pénitence, les fidèles reçoivent le pardon de Dieu « et simul reconciliantur cum Ecclesia, quam peccando vulneraverunt ».

L’Exhortation apostolique Reconciliatio et Paenitentia du pape Jean-Paul ii (2 déc. 1984) est totalement consacrée aux questions théologiques et pastorales soulevées par la célébration du sacrement du pardon, notamment aux formes diverses que peut prendre cette célébration. La section sur le sacrement de pénitence (nos 28-31) donne une présentation claire de la doctrine, reprise du Concile de Trente. En soulignant quelques convictions importantes, le Pape insiste sur la contrition qui est l’acte essentiel de la pénitence de la part du sujet. Quant à l’effet de la pénitence (au singulier, nous le soulignons), Jean-Paul ii affirme :

Le fruit le plus précieux du pardon obtenu dans le sacrement de pénitence consiste dans la réconciliation avec Dieu : celle-ci se produit dans le secret du cœur du fils prodigue et retrouvé qu’est chaque pénitent. (…) Il faut évidemment ajouter que cette réconciliation avec Dieu a pour ainsi dire comme conséquences d’autres réconciliations, qui portent remède à autant de ruptures causées par le péché : le pénitent pardonné se réconcilie avec lui-même dans les profondeurs de son être, où il retrouve sa vérité intérieure ; il se réconcilie avec ses frères, agressés et lésés par lui en quelque sorte ; il se réconcilie avec l’Église ; il se réconcilie avec toute la création48.

Le Pape ne suit pas ici les traces de ceux qui voient dans la réconciliation avec l’Église la res et sacramentum et par suite, dans son ordre, le signe et la cause de la réconciliation avec Dieu. Au contraire, c’est la réconciliation avec Dieu qui a pour conséquence la réconciliation avec l’Église.

Le Catéchisme de l’Église catholique affirme que « la réconciliation avec l’Église est inséparable de la réconciliation avec Dieu. (…) Le pardon des péchés réconcilie avec Dieu mais aussi avec l’Église49 ». Cette manière de parler par mode d’adjonction signifie que la réconciliation avec l’Église se surajoute au pardon de Dieu. Citant les effets de ce sacrement, le Catéchisme dit : « Le but et l’effet de ce sacrement sont donc la réconciliation avec Dieu. (…) Ce sacrement nous réconcilie avec l’Église50. » Et le Catéchisme de citer longuement Reconciliatio et Paenitentia 31 que nous venons de rappeler. La réconciliation avec l’Église est ainsi perçue comme une conséquence de la réconciliation avec Dieu. La justification nous est donnée par l’un des membres de la Commission chargée de la rédaction du Catéchisme : « la Commission se montra très sourcilleuse pour éviter, dans l’élaboration des textes, toute allégeance à l’égard de l’une ou l’autre des écoles de théologie ou des systèmes récents d’exégèse51 ». En clair, le Catéchisme a voulu, d’une part, se tenir à distance des positions prises par les diverses écoles théologiques, et, d’autre part, rester dans la droite ligne tracée par Vatican ii. Pour Jean-Paul ii et le Catéchisme, la réconciliation avec l’Église apparaît comme un effet postérieur à la réconciliation avec Dieu ; mieux, la réconciliation avec l’Église fait partie de l’effet dernier du sacrement, de la res tantum.

Conclusion

Quelle est la res et sacramentum de la pénitence si la réconciliation avec l’Église ne peut la désigner ? La tendance la plus récente des théologiens est de reprendre la position thomassienne : c’est la contrition. C’est ainsi qu’en 1990, le Père Lopez-Gonzalez, dans son livre intitulé Penitencia y reconciliación, a essayé de retrouver l’origine de l’expression res et sacramentum, son apparition dans l’école de Laon, son application à la pénitence et comment elle fut comprise par les scolastiques et réinterprétée par des maîtres thomistes. Il a aussi montré la fortune de l’opinion de Xiberta. Il souligne, d’une part, la nécessité de clarifier les concepts, et désigne clairement, d’autre part, la réconciliation avec l’Église comme res tantum52. P.-M. Gy prône de façon subtile un retour à la doctrine classique et remet en cause la position de Rahner53. Pour sa part, Gilles Emery articule avec saint Thomas la contrition et la réconciliation avec l’Église :

La pensée de Thomas est donc résolument marquée par la prise en compte de la démarche personnelle du pénitent dans toute son épaisseur, pour procurer efficacement, avec l’action du ministre, la rémission des péchés, et par celle-ci le retour à l’amitié divine au sein de l’Église. De cette unique pénitence chrétienne, la contrition, suscitée par la charité, est le cœur : la pénitence est une conversion d’amour, une transformation intérieure, et la réconciliation est un don d’amour. Dans la démarche sacramentelle, la personne du pénitent et la médiation ecclésiale apparaissent alors dans une profonde unité. Tels sont, chez Thomas d’Aquin, les enjeux de la pénitence intérieure comme res et sacramentum54.

Quant à la res, c’est la réconciliation avec Dieu et la réconciliation avec l’Église. Il faut aussitôt ajouter que les deux sont inséparables. On ne saurait donc dire qu’il y a une priorité de l’une par rapport à l’autre. Il est incontestable que la thèse de Xiberta a fait bouger les lignes et ouvert une nouvelle voie dans la réflexion théologique sur le sacrement de la réconciliation au xxe siècle. Elle aura eu le mérite de révéler non seulement la richesse de la pénitence antique, mais aussi le fait que la pénitence sacramentelle a deux effets, à savoir la réconciliation avec Dieu et la réconciliation avec l’Église. Aucun traité sur le sacrement de la pénitence au xxie siècle ne peut donc plus occulter cette vérité essentielle de la réconciliation avec l’Église.

Aujourd’hui, il est important que les pasteurs, à travers la prédication et la catéchèse, enseignent au peuple de Dieu l’existence de ce second effet de la pénitence qu’est la réconciliation avec l’Église.

Concluons en en reprenant les éléments essentiels. Par réconciliation avec l’Église, il faut entendre :

  • la réintroduction dans l’Église comme membre actif à la pleine communion de vie avec le Père par le Fils dans l’Esprit Saint. En effet, lorsqu’un chrétien commet un péché mortel, il reste dans l’Église, mais comme un membre inerte, inanimé, un rameau desséché. Il demeure attaché au tronc de la vigne mystique, mais n’en reçoit plus la sève. Le péché est une rupture de communication suspendant les échanges vitaux entre le chrétien et l’Église. Pour que ces échanges reprennent, il faut que le pécheur rentre dans la vie de l’Église. Celle-ci va le faire participer de nouveau à la sainteté de Dieu, en le réintégrant dans le milieu de grâce et de charité qu’est le Corps mystique et hiérarchique du Christ ;

  • le droit de recevoir l’Eucharistie. La réconciliation avec l’Église est l’élimination de la peine ecclésiastique qui interdit de s’approcher de l’Eucharistie sans s’être confessé. Cette réconciliation est donc l’autorisation publique de participer à nouveau à l’Eucharistie. Par la foi et le repentir, le pénitent est uni intérieurement au Christ ; par le sacrement, il l’est extérieurement et corporellement, c’est-à-dire dans un geste visible et communautaire, qui le réintroduit dans le corps ecclésial et lui permet de participer à la communion eucharistique.

Notes de bas de page

  • 1 L’auteur, prêtre de l’archidiocèse de Cotonou au Bénin, a soutenu sa thèse de doctorat à la Faculté Notre-Dame de Paris en jan. 2014 sur le thème : Le sacrement de la réconciliation : évaluation théologique et culturelle du rôle de la communauté à partir de l’aire Goun de Porto-Novo (Bénin).

  • 2 C. E. O’Neill, « Les sacrements », dans R. Vander Gucht, H. Vorgrimler (éd.), Bilan de la théologie au xxe siècle, t. ii, Tournai - Paris, Casterman, 1970, p. 495.

  • 3 Dans le baptême, la res et sacramentum est le caractère imprimé dans l’âme ; dans l’Eucharistie, c’est la présence du Christ immolé ; dans le mariage, c’est l’union indissoluble des deux époux.

  • 4 Cf. G.-M. Garrone, « Le sacrement de pénitence et le Concile », Seminarium 25 (1973), p. 565.

  • 5 Acta Synodalia Sacrosancti Concilii Vaticani ii, 259 (dorénavant AS) ii-iii, 55.

  • 6 Ibid.

  • 7 AS ii-iii, 71.

  • 8 AS ii-i, 326 ; cf. ii-iii, 408.

  • 9 AS iii-i, 184-185.

  • 10 AS iii-i, 197.

  • 11 G. Philips, « La genèse de Lumen gentium. Esquisse historique », dans L’Église et son Mystère au deuxième concile du Vatican, t. i, Paris, Desclée, 1967, p. 160.

  • 12 AS iii-vi, 96.

  • 13 AS iii-vi, 103-105.

  • 14 Pour le sacrement de pénitence, le Concile de Trente n’indique qu’un effet essentiel, la réconciliation avec Dieu : « Pour ce qui concerne la vertu et l’efficacité du sacrement, sa réalité et son effet sont la réconciliation avec Dieu. Assez souvent, chez les personnes pieuses qui le reçoivent avec dévotion, elle est suivie de la paix et de la tranquillité de la conscience, qu’accompagne une forte consolation spirituelle » (DZ 1674).

  • 15 Exposant les diverses activités inhérentes au ministère sacerdotal dans le Décret sur le ministère et la vie des prêtres, Vatican ii dit encore : « Par le sacrement de pénitence, ils [les prêtres] réconcilient les pécheurs avec Dieu et avec l’Église » (PO 5).

  • 16 Le Père de La Taille a voulu rendre compte de la res et sacramentum comme moyen terme entre le signe et la grâce par la figure d’un caractère ecclésial particulier. Pour lui, les sacrements font non seulement participer l’homme à la grâce offerte à l’Église mais aussi l’intègrent à la vie de l’Église. C’est pourquoi le premier effet d’un sacrement serait l’insertion dans l’Église. C’est en partant de ce principe que La Taille va essayer de déterminer la res et sacramentum de chaque sacrement. Cf. M. de La Taille, Mysterium Fidei de augustissimo Corporis et Sanguinis Christi, sacrificio atque sacramento, Paris, 1931.

  • 17 Il s’exprime ainsi au sujet de la pénitence : « In paenitentia (…) res et sacramentum est exstinctio debiti erga Ecclesiam » (ibid., p. 581. Nous soulignons).

  • 18 Rome, 1922. Le travail de Xiberta a été publié à nouveau dans Analecta Sacra Tarraconensia 45/2 (1972), p. 241-341.

  • 19 Xiberta se fonde surtout sur les textes de Mt 16,18-19 ; 18,17-18 et Jn 20,21-23. Il affirme que ces textes mettent nettement en lumière l’intime relation entre la rémission des péchés et le pouvoir de juridiction établi par le Christ.

  • 20 L’étude de la doctrine pénitentielle des Pères de l’Église constitue le point d’appui principal de la thèse. Pour Xiberta, les Pères enseignaient déjà que dans la pénitence, la réconciliation avec l’Église est le moyen par lequel le croyant est réconcilié avec Dieu.

  • 21 La paenitentia interior (pénitence intérieure) chez l’Aquinate est le repentir du pécheur, c’est la contrition du cœur. Cette contrition cause déjà la rémission des péchés, pourvu qu’elle porte en elle-même le vœu de s’achever dans la démarche proprement sacramentelle. Celui qui se repent de ses péchés, tout en ayant le vœu de se confesser et de recevoir l’absolution, vit déjà du pardon de Dieu. Son repentir est déjà porté par la grâce du sacrement. En d’autres termes, le sacrement n’agit pas seulement dans l’acte où il est administré, il agit anticipativement en vertu du pouvoir des clefs sur celui qui a l’intention de le recevoir dès qu’il le pourra.

  • 22 Dans la version allemande de ses Écrits théologiques, K. Rahner en donne une liste (Schriften Zur Theologie, t. viii, 1967, p. 449-450).

  • 23 M. de La Taille, « Bulletin de théologie historique », Gregorianum 4 (1923), p. 592.

  • 24 Cf. B. Poschmann, « Die innere Struktur des Bussakramentes », Münchener Theologische Zeitschrift 1 (1950), p. 12-30.

  • 25 K. Rahner, « Vérités oubliées concernant le sacrement de pénitence », Écrits théologiques, ii, Paris, Desclée de Brouwer, 1960, p. 191.

  • 26 Ibid.

  • 27 Ibid., p. 155-170.

  • 28 P. Anciaux, Le sacrement de la pénitence, Louvain - Paris, Béatrice Nauwelaerts, 1960, p. 211.

  • 29 Ibid., p. 217-218.

  • 30 Z. Alszeghy, « Carità ecclesiale nella penitenza cristiana », Gregorianum 44 (1963), p. 5-31.

  • 31 P. ex. J. d’Alès ; J. Stufler ; P. Galtier ; E. Doronzo ; J. Grotz ; S. Gonzalez.

  • 32 Thomas, ST IIIa, q. 84, a. 1, ad 3.

  • 33 Id., In IV Sent. d. 17, q. 3, a. 3, qla 2, ad 3. Bonaventure reconnaît aussi la contrition comme res et sacramentum de la pénitence et déclare que la réconciliation avec l’Église intervient dans la res tantum, en même temps que la réconciliation avec Dieu. Le sacrement réconcilie le pénitent à la fois avec Dieu et avec l’Église. Pour saint Thomas, la réconciliation avec l’Église, qui est au terme du processus pénitentiel, est étroitement liée à l’admission aux sacrements et particulièrement à la réception de l’Eucharistie. Celui qui est en état de péché mortel ne doit donc pas recevoir l’Eucharistie car, dit-il, « quiconque prend ce sacrement [de l’Eucharistie], signifie par là même qu’il est uni au Christ et incorporé à ses membres, ce qui se fait par la foi formée [par la charité], et cela est incompatible avec le péché mortel » (ST IIIa, q. 80, a. 4).

  • 34 Cf. P.-M. Gy, « Histoire liturgique du sacrement de pénitence », LMD 56 (1958), p. 8.

  • 35 Didascalie des apôtres 11, 12.

  • 36 Ce rite de l’imposition des mains est attesté tant en Occident qu’en Orient dès le iiie siècle. Tertullien le souligne en prenant pour appui la référence scripturaire de 1 Tm 5,22 (cf. J. Ysebaert, « L’imposition des mains, rite de réconciliation », LMD 90, 1950, p. 90-102). En Orient, une onction accompagnait l’imposition des mains (cf. K. Rahner, « La doctrine d’Origène sur la pénitence », RSR 37, 1950, p. 424).

  • 37 Augustin, En. Psalm. 101, 2, 3.

  • 38 Id., S. 295, 2 : « Per se excitavit, per discipulos solvit ».

  • 39 Id., S. 67, 3.

  • 40 Decretum Gratiani 1, c. 49 de paen. Cf. léon le Grand, Epist. 108, 2.

  • 41 Cf. LG 1 ; 9 ; 48 ; 59 (même si le mot Église n’apparaît pas dans ce numéro, il n’en est pas moins évident que c’est de l’Église qu’il est question comme sacramentum, « mystère » du salut des hommes) ; SC 5 ; 26 ; GS 42 ; 45 ; AG 1 ; 5.

  • 42 Cf. Jean-Paul ii, « La sacramentalité de l’Église », Doc. cath.1837 (3 oct. 1982), p. 864-865 ; Dominum et Vivificantem 64. Voir aussi Commission théologique internationale, « Thèmes choisis d’ecclésiologie à l’occasion du vingtième anniversaire de la clôture du concile Vatican ii (1984) », dans Textes et documents (1969-1985), Paris, Cerf, p. 354.

  • 43 Otto Semmelroth, en appliquant l’expression Ursakrament à l’Église, l’entendait par rapport aux sept sacrements en particulier. Prise absolument, elle ferait attribuer à l’Église une valeur d’origine qui appartient spécifiquement au Christ. C’est pourquoi beaucoup de théologiens ont hésité à l’adopter. Semmelroth a été obligé de remplacer cette expression par celle de Wurzelsakrament (sacrement radical). C’est le Christ qui est Ursakrament, sacrement-source du salut. Rahner aussi est venu à réserver Ursakrament au Christ et à dénommer l’Église Grundsakrament. Cf. Y. Congar, Un peuple messianique, Paris, Cerf, 1975, p. 32-33.

  • 44 P. Sicard, « La sacramentalité de l’Église et la sacramentalité dans l’Église. Note d’histoire doctrinale contemporaine », dans Théologies victorines, Paris, Parole et Silence, 2008, p. 145-223.

  • 45 SC 5.

  • 46 C. Schönborn, « Évangélisation, célébration et sacrement », Communio 3/5 (1978), p. 35.

  • 47 Rituel francophone 7 ; Rituel romain 5.

  • 48 Jean-Paul ii, Reconciliatio et paenitentia 31.

  • 49 CEC 1445 ; 1462.

  • 50 CEC 1468 ; 1469.

  • 51 J. Honoré, « Le Catéchisme de l’Église catholique, genèse et profil », NRT 115 (1993), p. 7.

  • 52 P. Lopez-Gonzalez, Penitencia y reconciliación. Estudio historico-teologico de la « res et sacramentum », coll. Teologica 64, Pamplona, eunsa, 1990, p. 335.

  • 53 P.-M. Gy, « La documentation sacramentaire de Thomas d’Aquin », RSPT 80 (1996), p. 428.

  • 54 G. Emery, « La réconciliation avec l’Église et la pénitence intérieure : l’apport de Thomas d’Aquin sur la question du res et sacramentum de la pénitence », dans Praedicando et docendo : Mélanges offerts à Liam Walsh, Fribourg, éd. universitaires, 1998, p. 46-47.

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