De quelques vertus méconnues. De l’humilité à la magnanimité

Philippe-Marie Margelidon Maximilien Le Fébure du Bus
Morality and law - reviewer : Paul Gilbert s.j.

La pauvreté du langage que nous utilisons aujourd’hui dans nos espaces sociaux est proprement alarmante. L’ouvrage ici présenté, dont le 1er auteur est frère prêcheur à Toulouse et le 2chanoine de Lagrasse, sera bien utile pour enrichir nos lexiques de nuances qui expriment les multiples faces de nos relations à autrui. L’humilité est-elle enrichissante ou appauvrissante dans nos relations ? La modestie n’est-elle pas le signe d’une défiance envers soi-même ? Qu’est-ce que l’eutrapélie ? Quelle est la différence entre la magnificence et la magnanimité ? La panoplie lexicale des attitudes vécues révèle la diversité de nos affections. Des auteurs anciens en avaient pris conscience., la ST II-II de Thomas d’Aquin s’appuie principalement sur Aristote, mais aussi sur des latins comme Sénèque ou Cicéron, ainsi évidemment sur des Pères de l’Église comme Augustin et d’autres encore. Viennent aussi nos papes récents, Jean-Paul ii, Benoît xvi, François.

Ces vertus « méconnues » s’entrecroisent dans l’unité de nos existences, s’y influençant les unes les autres. Parfois, le discours devient paradoxal. P. ex., à propos du jeûne, « boire de l’eau pour se désaltérer quand on a soif avant de communier […] est une faute, mais boire […] pour le bien du corps et pour la digestion est vertu et ne rompt pas le jeûne » (p. 66, n. 1). L’aristotélisme de l’ouvrage affirme que la nature est équilibrée, et voilà pourquoi la raison naturelle est médiatrice entre un « trop » et un « pas assez », poussant ainsi nos intentions vers leur équilibre. Cela va jusqu’à justifier la vengeance, forme de la vertu de force qui corrige un mal subi injustement. Dans l’ouvrage, on ne parle pas beaucoup de pardon, les A. ne semblent guère apprécier les phénoménologies du gratuit. « Dans une société organique d’ordres, et non pas de classes, la dimension vindicative des peines et leur exemplarité sont beaucoup plus fortes et consenties que dans les sociétés démocratiques modernes. La vengeance est un droit et un devoir » (p. 182). Voilà qui est bien humain, mais que les constitutions démocratiques organisées pour médiatiser nos sociétés peuvent mener, sans même le vouloir explicitement, vers un amour chrétien plus clair. — P. Gilbert s.j.

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