La collection « Arpenter le sacré » aux éd. Desclée de Brouwer propose à des auteurs contemporains de rendre compte de leurs pérégrinations aussi bien géographiques que spirituelles. Loin des sentiers battus, ils donnent sens à leurs voyages qui sont autant de découvertes de l’autre que de soi. Richard Collasse, homme d’affaires dans le luxe et profondément amoureux du Japon narre ainsi sa rencontre si particulière avec ce pays énigmatique. À la fois récit intime, culturel et littéraire, l’A., grâce à sa maîtrise de la langue nippone, livre ainsi au lecteur ébahi un portrait décalé du Japon dans ce qu’il ne montre pas au tourisme ordinaire condamné à rester à la surface des choses. Convaincu que le sacré n’émerge qu’avec une conscience aiguisée de la crainte, l’A. nous entraîne pas à pas dans une légèreté profonde et dense jusqu’au cœur mystique du Japon qu’est le shintoïsme et « ses huit millions de déités » (p. 32), aux oratoires implantés en dépit de toute logique humaine. À lire l’A., on songe à d’autres tentatives du même ordre comme l’ouvrage de Sébastien Ortiz, Dans un temple zen (Arléa, 2017) qui a pour cadre l’île de Taïwan et où l’auteur, diplomate, à la suite d’une déception amoureuse de jeunesse, décide de s’enfermer dans un temple chan. Le peintre d’éventail d’Hubert Haddad n’est pas non plus très loin, ouvrage d’initiation magnifique qui a pour cadre un jardin-monde hors du temps, dans un Japon intemporel. Le lecteur ressent dans cette littérature une ouverture d’esprit peu commune qui sort de la banalité, en cherchant à approfondir ce qui se cache derrière l’apparence des choses, même si cette curiosité vive reste au seuil d’une véritable démarche spirituelle structurée et assumée. Il convient de se laisser conduire par une écriture fluide au fil de la douceur des intrigues narratives proposées. On retrouvera au final une forme de sagesse qui fait dire à l’A. « qu’il a le sentiment parfois d’avoir gâché sa vie en futilités, par exemple à travailler en croyant que c’était pour la gagner alors que c’était pour la perdre » (p. 217). Le lecteur croyant, sensible aux infiltrations de l’invisible, y verra un clin d’œil à un autre sage, le Qohelet de l’Ecclésiaste. — T.L.G.