Femmes et Église. Sortir des malentendus de l’Histoire

Gilbert Clavel
History of thought - reviewer : Gonzague de Longcamp c.s.j.

Après avoir fermé le vol. précédent, on ne pouvait que se réjouir que Gilbert Clavel propose dans un autre opuscule une voie pour « sortir des malentendus ». La perspective est avant tout anthropologique. Il s’agit d’abord de prendre la mesure de la révolution anthropologique qui s’est opérée au xxe s. Puis, l’A. invite l’Église et la pensée chrétienne à sortir d’une dynamique de méfiance pour « évangéliser l’anthropologie moderne », en acceptant de relire l’Écriture et la Tradition avec un regard neuf. On pourra alors, selon l’A., ouvrir « des perspectives théologiques et ecclésiales au regard de l’anthropologie moderne », en écoutant la voix des femmes. Le programme se tient et paraît offrir de belles perspectives.

Le 1er chap. esquisse une histoire de l’émancipation de la femme, mais l’A. se contente de quelques traits un peu caricaturaux, en ne consacrant que 4 pages à 20 siècles d’histoire. L’A. veut ensuite montrer le contenu social et philosophique de cette révolution dans un chap. fort intéressant, avant d’envisager les différentes résistances à cette révolution – chap. dans lequel il fait la part belle aux résistances magistérielles du xixe s. à Vatican ii.

Dans une 2de part. un peu hétéroclite, l’A. propose une relecture de la Genèse avant de se livrer à une critique radicale du cléricalisme pour pouvoir, selon ses dires, « écrire une autre histoire ». Cette part. n’est pas dénuée d’intérêt, mais elle manque d’équilibre. Dans chaque part., l’A. ne s’appuie majoritairement que sur un seul chercheur. Sa lecture de l’Écriture ne fait pas droit à des recherches suggestives comme celles de Wenin, p. ex. Enfin, on regrettera qu’il accorde parfois moins d’une page à de grands auteurs comme Thomas ou Augustin dont la critique aurait gagné à être plus étayée. Pour « écrire une autre histoire », l’A. relit l’évangile et aborde quelques belles figures féminines. Même si l’on est heureux du processus, on regrette que cette relecture ne soit pas sans parti pris.

Dans la 3ème part. l’A. cherche à tirer un profit théologique et ecclésial de l’ensemble du parcours qu’il a entamé dans le vol. précédent. Il invite à une sortie du patriarcat pour entrer dans une autre dynamique qui soit synodale. Fidèle à sa méthodologie, l’A. commence par une ouverture aux autres sphères géographiques et religieuses qui permet un élargissement de perspective bienvenu. Dans le chap. suivant, il montre comment la « sédimentation d’éléments » comme la question de l’impureté peut empêcher la dynamique de sortie du patriarcat. Il ouvre enfin une double perspective en appelant à remettre au cœur de la vie ecclésiale l’appel à la sainteté et la démarche synodale.

Au terme de ce long parcours, on ne peut qu’adhérer au programme que l’A. propose pour « sortir des malentendus », sans pour autant souscrire à certaines affirmations qui nous semblent fondées sur trop de partis pris et un manque de patience dans l’analyse des textes et des situations. — G.L.

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