Introduction au Traité théologico-politique de Spinoza

Henri Laux s.j.
Philosophy - reviewer : Marie-Jeanne Coutagne

Prof. de philosophie émérite aux Facultés Loyola Paris et spécialiste de Spinoza, Henri Laux s.j. aborde aujourd’hui, après son Spinoza et le christianisme (2022), l’épineuse question exégétique posée avec audace en 1670 par le philosophe d’Amsterdam (1632-1677) dont on connaît les difficultés avec sa communauté juive d’origine. Le Traité Théologico-politique (TTP) ne pouvait que les aggraver puisqu’il renforce contre lui les soupçons de panthéisme voire d’athéisme. 8 chap. tentent de faire le point sur un texte difficile dont on a dit qu’il avait été « forgé en enfer » ! Il s’agit ici d’introduire, au-delà de la considération des circonstances historiques (chap. i), au projet du texte qui fait signe vers la liberté, comme à ses enjeux : « rendre le lecteur sensible à l’intelligence qui l’anime » (p. 10). Contrairement à ce que certains commentateurs ont voulu voir, il ne s’agit peut-être pas d’un texte qui entend « sortir » de la religion. Le TTP en effet laisse apparaître les traces d’une dynamique des passions ouverte à l’activité et à l’universalité à partir de l’amour de Dieu et celui du prochain (chap. iii). Sans doute le « désir de philosophie » traverse tout le livre, respectant tout un procès (un processus) qui est le sens même de la philosophie à l’œuvre (chap. iv). Tenant compte de plusieurs niveaux de lecture du texte (chap. v), on peut entrevoir une certaine convenance entre religion et raison. L’amour de Dieu est en effet le cœur de ce texte qui entend lire de près l’évangile de Jean (p. 84s). Aussi la charité constitue-t-elle une modalité éthique et politique expressive de la divinité (p. 97). Cependant cela n’élude ni la considération de la question politique de l’autorité, ni celle de la place du Christ en politique (chap. vi). Liberté et justice y découvrent la plénitude de leur sens.

On comprend mieux la puissance du TTP : elle est restée intacte à travers les siècles. Les lecteurs d’aujourd’hui seront aussi intéressés que ceux d’hier, qu’ils soient étudiants, chercheurs et spécialistes du xviie s. philosophique ou simplement citoyens inquiets de la résurgence actuelle du théologico-politique. Aussi l’A. précise-t-il que la question de la liberté et plus encore de sa « conversion » – au sens naturel du terme – en amour de la liberté, apparaît comme ce qui permet de penser l’unité de la philosophie de Spinoza (p. 184). Mais aussi et surtout sa brûlante actualité. — M.-J.C.

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