Jonah. Is It Good for You to Be Angry?
(éd.) Olivier-Thomas Venard o.p. (éd.) Łukasz Popko o.p.Holy Scripture - reviewer : Didier Luciani
L’ambitieux programme lancé par l’École Biblique et archéologique française de Jérusalem – La Bible en ses traditions [voir O.T. Venard, Dieu a parlé une fois, deux fois j’ai entendu, NRT 139 (2017) p. 479-480 et <www.bibletraditions.org>] – poursuit tranquillement son petit bonhomme de chemin en publiant, soit en anglais, soit en français, environ un volume tous les deux ans. Il faut toutefois préciser d’emblée que ce format papier n’est qu’un appendice à la version électronique, collaborative et évolutive, du projet du même nom (<https://scribe.bibletraditions.org/>). Le volume sur Jonas, fruit de la coopération d’une douzaine d’auteurs, est le 5e livre de la série et le 2e (après Osée en 2017) à être publié sur l’AT. Comme les précédents, il est composé d’une « Introduction » (p. 1-22), indispensable pour comprendre les options méthodologiques des promoteurs du projet et pour s’initier au maniement de l’ouvrage et à ses différentes rubriques (texte, contexte, réception). Cette introduction est suivie d’une « Traduction » (p. 23-31). Ici, en l’occurrence, une quadruple traduction anglaise met en parallèle le Texte hébreu massorétique, la Septante, la Vulgate et la Peshitta, ce qui permet de se faire une première idée des divergences entre les versions anciennes. Vient ensuite le cœur de l’ouvrage, les « Annotated Pericopes » (p. 33-114) qui, à la façon d’une page de Talmud ou des gloses médiévales, présentent le texte biblique entouré de toute une série d’annotations concernant la critique textuelle, le vocabulaire, la grammaire, les procédés et les genres littéraires, le contexte historique, géographique et culturel, et surtout la très large et très féconde histoire de la réception (comparaison des versions, intertextualité biblique, littérature intertestamentaire, liturgie, traditions juives, traditions chrétiennes, mystique, Islam, philosophie, littérature, musique, arts graphiques, cinéma, etc.). Pour ne donner qu’une petite idée de l’ampleur du chantier, les notes se rapportant aux 3 premiers versets du livre (Jon 1,1-3) occupent plus de 12 pages A4 en petits caractères. Le tout est complété par quelques « notes synthétiques » (p. 115-122), une bibliographie raisonnée (p. 123-148) et un index biblique (p. 149-159). Quels que soient l’intérêt et la richesse informative d’un tel ouvrage, deux simples remarques peuvent être faites. D’une part, une fois qu’il se sera familiarisé avec un système de référencement, d’abréviations et de renvois assez complexe (d’ailleurs différent de celui des volumes en français), le lecteur francophone qui ne connaît pas les langues originales (hébreu, grec, latin, syriaque) devra passer par le filtre supplémentaire de l’anglais et les choix forcément subjectifs des auteurs pour accéder aux subtilités du sens des versets bibliques. D’autre part, jusqu’ici, les promoteurs du projet se sont un peu facilité la tâche en choisissant de publier sur des livres ou des passages bibliques assez brefs : Épître aux Philippiens (4 ch. et 104 v.), Osée (14 ch. et 197 v.), Jonas (4 ch. et 48 v.), Passion selon Matthieu (3 ch. et 161 v.). Or, malgré ce choix, le double volume sur la Passion compte déjà plus de 1100 p. Qu’en sera-t-il lorsqu’il faudra, par exemple, aborder, selon les mêmes principes, le livre de Jérémie (52 ch. et 1364 v.) ? Non seulement, la tâche est immense, mais les volumes papiers – s’ils existent un jour – ne risquent-ils pas de devenir de moins en moins manipulables ? — D.L.