L’essence de Dieu est-elle seulement d’exister ?

Joseph Mérel
Philosophy - reviewer : Pascal Ide

Que le titre ne trompe pas ! Il ne s’agit pas d’une monographie sur l’être divin, ou sur la composition être-essence, mais d’un véritable traité de métaphysique – qui, pour l’A., défendant vigoureusement son identité traditionaliste, ne peut qu’être « thomiste » (p. 8). Mais ne nous laissons pas arrêter par cette affirmation inaugurale, outrancière, l’A. étant coutumier de la provocation (la pire étant celle de la p. 10). Ce serait passer à côté d’une réflexion profonde (elle est de bout en bout hautement spéculative), cohérente (nous allons le voir), libre (bon connaisseur de la philosophie moderne et contemporaine, l’A. y puise une partie de son inspiration) et fidèle, pour une fois, à l’esprit plus qu’à la seule lettre thomasienne.

Son point de départ est la tension bien connue entre les deux interprétations thomasiennes de l’esse : dans les catégories de l’A., l’école « existentialiste » (Gilson, Sertillanges, etc.) et l’école « rationaliste-essentialiste » (Cajetan, Maritain, etc.) ; dans les catégories de Fabro, l’être comme acte (esse ut actus, « l’atto di essere ») et l’être en acte (esse in actu, « il fatto di essere »). Toujours selon notre A., leur irréconciliation, qui est le fruit des thomismes plus que de Thomas, explique partiellement l’impasse de la philosophie moderne et contemporaine, depuis Kant jusqu’à la déconstruction. Mais cette même philosophie possède aussi la ressource pour s’en sortir : la réflexion ontologique qui, certes, est reprise du néoplatonisme, mais doit être repensée par Hegel comme négation surmontée (p. 190). Tirant avec rigueur les conséquences de sa solution, l’A. propose d’éclairer l’autre grande aporie posée par la scolastique baroque et ultérieure, celle du désir naturel de Dieu : l’articulation de la nature et de la surnature s’opère, là aussi, par la négation de négation (chap. 9).

Il y a fort à parier que, à l’instar de Stepinac et de Jean-Jacques Stormay, le nom de l’auteur soit aussi un pseudonyme (cachant Jérôme Decossas, selon certains). Il livre ici les attendus métaphysiques d’une œuvre profuse (plus de 25 titres), peu connue et surtout dédiée à la politique. L’on regrettera la bravade peu dialoguante ; l’on regrettera davantage l’absence de pédagogie (les phrases trop longues, la technicité sèche et rébarbative) ; l’on regrettera surtout la méconnaissance du thomisme allemand (Siewerth, Ulrich) qui, lui aussi, s’est affronté à Hegel et a su héberger la réflexivité autant que la négativité, mais à la lumière autrement plus intégrative de l’amour. Mais on ne pourra que saluer l’originalité stimulante du propos – qui appelle la disputatio. — P.I.

newsletter


the journal


NRT is a quarterly journal published by a group of Theology professors, under the supervision of the Society of Jesus in Brussels.

contact


Nouvelle revue théologique
Boulevard Saint-Michel, 24
1040 Bruxelles, Belgium