La Bible des festins. La louange par le banquet
Claude DemissyHoly Scripture - reviewer : Pascal Ide
Docteur en théologie et pasteur franco-suisse, Claude Demissy se fait connaître par de petits ouvrages pédagogiques où il explore bibliquement certains thèmes ou certaines figures. Cet opuscule, au titre trop restrictif, sonde la signification, matérielle et plus encore spirituelle, de la nourriture dans les Saintes Écritures. Son intention est de sortir d’une vision pessimiste, doloriste ou seulement utilitaire pour montrer que la place importante, mais méconnue, de cette thématique atteste que le Dieu révélé est le Dieu de la relation, de la gratuité, de la joie. Centrés sur l’AT, les 4 premiers chap. considèrent successivement la culture du festin, ses conditions que sont l’aliment, don divin (chap. 2) et la cuisine, travail humain (chap. 4), et, dans le chap. 3, central, qui est aussi le plus original, sa symbolique que sont les deux régimes alimentaires, ouvrant à deux utopies opposées, celle de la liberté, correspondant à un régime carnivore centré sur la vie nomade, et celle de la paix, correspondant à un régime végétarien (qui a, manifestement, la préférence de l’A.) centré sur la vie sédentaire. Considérant la pratique alimentaire du Christ, le dernier chap. s’oppose à la doxa pour défendre qu’il n’a pas jeûné et a prôné une spiritualité sans privations.
Le lecteur saluera ce désir de dépoussiérer notre vision de Dieu à la lumière du festin. Il sera peut-être tenté de se préparer le menu biblique qui lui est proposé (p. 60-61) ! En revanche, même si l’intention apologétique est louable, on interrogera cette élimination systématique de tout vocabulaire sacrificiel (p. 19-20, 23-24, 26-27) ou la négation du jeûne qui ouvre le ministère public du Christ (p. 69). La physiologie explique la parole « il eut faim » (Mt 4,2) par le fait que c’est à partir de quarante jours que le jeûne menace notre équilibre métabolique. Enfin, Paul Beauchamp voyait plus juste quand il faisait du changement de régime alimentaire, de végétarien à carnivore, un signe de notre condition postlapsaire et l’accompagnement divin de notre violence. — P. Ide