La contemplation de Dieu. Tome 2. Lecture de cinq traités de saint Anselme du Bec sur la grâce et la liberté
Michel CorbinHistory of thought - reviewer : Matthieu Bernard
Cet ouvrage est le 2e d’un triptyque commentant les œuvres d’Anselme : 1) le Monologion et le Proslogion (Cerf, 2017) ; 2) les traités Sur la Vérité, Sur la Liberté de choix et Sur la chute du diable, la Lettre sur l’Incarnation du Verbe et les questions Sur l’accord de prescience, de la prédestination et de la grâce de Dieu avec le libre choix de l’homme ; 3) le Cur Deus homo et d’autres écrits théologiques (en projet). Ce triptyque suit partiellement l’ordre de rédaction, car Anselme « s’acheminait lentement vers l’intelligence de cette geste de fol amour » du mystère pascal (p. 162), pour saisir enfin « l’union suréminente de la justice et de la miséricorde » (p. 24s) sur laquelle butait le Proslogion. Mais l’ordonnancement est surtout théologique, présentant successivement les partenaires de l’Alliance : 1) Dieu ; 2) la créature raisonnable ; 3) le Christ – constituant une « somme de la foi » que l’introduction met en regard des Sommes de saint Thomas.
Michel Corbin procède par gloses. Le texte intégral d’Anselme est cité et commenté pas à pas, avec deux options interprétatives : mettre en évidence les références bibliques implicites, excluant ainsi tout rationalisme ; ancrer les énoncés sur le Dieu un et trine dans le mystère pascal du Verbe incarné. Ces clefs de lecture trahissent des influences barthienne et balthasarienne, ouvertement confessées par l’A. L’explicitation de l’implicite est souvent éclairante, parfois un peu forcée ; l’A. concède qu’il interprète ces traités à la lumière d’œuvres ultérieures. Par ailleurs, la distance affirmée – avec des nuances – entre Anselme et Augustin suscitera la discussion.
On retiendra qu’Anselme élabora une anthropologie du don et fut le premier, nous dit l’A., à contester l’idée d’une liberté comme simple alternative entre le mal et le bien – selon une logique d’indifférence. Car le « oui » de la liberté, adressé à l’excès du « oui » originel de Dieu, est sans commune mesure avec le défaut du « non » diabolique qui se rêve causa sui. La convenance de l’incarnation du Fils en est le signe : grâce et libre arbitre s’accordent selon une logique d’alliance.
Ce livre, de lecture exigeante, témoigne de la culture théologique et de la profondeur spirituelle de son A. Il suppose une certaine familiarité avec la théologie d’Anselme.