La maternité et la catholicité de l’Église-famille de Dieu : un apport de Henri de Lubac à l’ecclésiologie africaine
Alexandre UwizeyeTheology - reviewer : Pascal Ide
Publiée de manière confidentielle par une maison d’édition rwandaise, la thèse d’Alexandre Uwizeye, prêtre du diocèse de Kabgayi qui en dirige aujourd’hui l’école de la foi, gagne à être connue. Dirigée par le père Denis Dupont-Fauville, dont on sait la connaissance d’Henri de Lubac, elle cherche à éclairer et évaluer l’ecclésiologie africaine (l’A. a pris le temps d’étudier de près l’Église au Burkina Faso et les communautés ecclésiales de base de son pays) à partir des travaux de l’illustre jésuite sur l’Église. En effet, d’un côté, le premier synode sur l’Afrique, celui de 1994, a fait de l’expression scripturaire « famille de Dieu » (Ep 2,19 et passim. Cf. p. 290-302), ce qui exprime au mieux le propre de l’Église en Afrique ; ce titre fut confirmé par le second Synode, celui de 2009 (n. 7). De l’autre, Henri de Lubac a fait de la maternité, qui est un lien parental, la caractéristique principale de l’Église.
Après un parcours suggestif des trois grandes étapes de l’évangélisation en Afrique et l’étude du sens de l’image de l’Église-Famille de Dieu dans les deux exhortations apostoliques post-synodales de Jean-Paul ii et Benoît xvi, l’A. analyse d’abord le concept de famille propre à l’Afrique qu’est la famille élargie ou grande famille (vs la famille nucléaire centrée sur les parents et les enfants), puis les caractéristiques de la maternité ecclésiale de Lubac, dont les actes principaux sont au nombre de trois : l’Église engendre les enfants de Dieu par le baptême, les nourrit par l’Eucharistie et les éduque par la Parole de Dieu. Dans la 3e et dernière partie, l’A. applique ce raisonnement plus théorique aux Communautés chrétiennes de base qu’il a étudiées sur le terrain et où il trouve la meilleure illustration de la maternité ecclésiale, donc de l’Église-Famille de Dieu. Il montre qu’en elle se vivent les tensions paradoxales constitutives de l’existence chrétienne : entre la vie divine et la vie humaine, entre la communion la plus forte et l’ouverture la plus grande, entre l’autorité la plus effective et la personnalisation la plus libérante. Comment ne pas saluer la clarté très pédagogique du propos, la grande rigueur de l’analyse et peut-être, plus encore, la lucidité courageuse des pages que le chap. 7 consacre aux risques de cette image de la famille qui, même élargie, est tentée par le repli sur soi, l’exclusion et l’autoritarisme aliénant ? Permettons-nous deux suggestions : éclairer les actes spécifiques de la maternité (et donc de la famille) à partir des trois munera (de fait, le munus regendi est trop peu valorisé) ; équilibrer l’image de la famille (qui est en continuité avec celle du corps) par celle, tout aussi scripturaire, d’Épouse, qui manifeste mieux sa personnalité dans son altérité face au Christ-Époux. — P.I.